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Tous les lecteurs des Chroniques de San Francisco, et de son sixième tome Bye-bye Barbary Lane, connaissent Molyvos, où du moins la perception qu'en avait Armistead Maupin dans les années 1980, c'est-à-dire une vision très personnelle et très orientée. On ne retrouve rien aujourd'hui des provocations de l'écrivain dans l'attitude des visiteurs et des locaux, mais les descriptions de la beauté de Molyvos restent toujours respectueuses de la réalité.

Je peste fréquemment contre les restaurations de villages trop léchées, trop jolies, qui transforment le lieu en un décor factice qui hurle son artifice (exemple type de Mesta, à Chios). Or, Molyvos a beau avoir été entièrement retapé par un riche mécène dans les années 1960, le village dégage toujours une véracité palpable. Tout sonne juste parce que tout est beau. De loin, on aperçoit d'abord sa forteresse byzantine bâtie au sommet d'une colline, d'où dégringolent des maisons de pierre coiffées de tuiles, serrées les unes contre les autres. Si on reste en bas, par la route qui longe la mer, on arrive sur le petit port, croquignolet, absolument irrésistible : une vraie carte postale.

Molivos 

Molivos

Les marins de Molyvos sont des pirates...

Au XIVe siècle, les Gênois débaptiseront le village, qui répondait alors au nom de "Mithymna" pour lui donner celui de "Molyvos", qui serait la contraction du français "Mont d'Olives". Les deux noms sont utilisés depuis cette époque, même si à compter du rattachement de Lesbos à la Grèce en 1912, c'est officiellement l'appellation Mithymna qui fait foi (sur le dépliant touristique de la ville, le nom de Molyvos n'a pas droit de cité).

Si vous souhaitez rapporter des souvenirs, des objets, des douceurs, des herbes de Lesbos, délaissez les boutiques des venelles hautes, au profit de la Coopérative agricole des femmes, qui se trouve en bas de la ville, sur la rue qui mène au port. La qualité n'en sera que meilleure (leurs petits gâteaux sont absolument délicieux), et vous soutiendrez une jolie initiative. Pas de belle plage à Molyvos (oserais-je dire, pas de vraies belles plages de sable fin et blond à Lesbos ? Ben oui.), nous nous sommes donc rabattus sur Anaxos, à une dizaine de kilomètres à l'ouest ; une taverne et quelques cafés bordent une étroite plage de sable rugueux passable, mais comme nous n'y venons que pour nous baigner, nous n'en demandons pas plus.

Les habitants ont manifestement compris qu'il ne fallait rien dénaturer pour ne pas se vendre au tourisme de masse et aucune place n'est faite pour des constructions nouvelles. On se sent à Molyvos comme dans un écrin de pierre, protégé, un peu hors du temps – si vous êtes autant que moi sensible à son charme, bien entendu. Le village est piéton, on flâne le nez en l'air, l'œil captivé par mille détails (portes, ornements, fontaines, fleurs), à l'abri sous la glycine qui couvre les ruelles escarpées. Évidemment, il y a bien les marchands du temple sur le tracé principal, qui tentent d'attirer le chaland, mais en mai, ça reste très supportable. Il suffit de toute façon de monter plus haut, toujours plus haut et de profiter du panorama qui se dessine. On peut ensuite pousser jusqu'au kastro bien trapu, qui protégeait la passe étroite entre Lesbos et l'Asie mineure. Sa visite ne vous laissera pas un souvenir mémorable, mais la vue plongeante est fabuleuse. Cette forteresse en ruine a aussi été rafraîchie en 2007 et on peut se balader sur son chemin de ronde, entre de puissantes tours. Les Byzantins, les Gênois, les Turcs ensuite l'ont préservée, agrandie, améliorée. Le soir, elle s'illumine et semble veiller sur les habitants du lieu. Molyvos réussit le tour de force d'offrir une enclave harmonieuse, esthétique, polie sans être fade, cohérente sans être ennuyeuse, car elle mêle la rudesse et la force de la pierre séculaire aux variations douces de la mer et aux possibilités du large...

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Molivos