31 mai 2016

Athènes en mai, avant Cythère

 

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Nous avons toujours une appréhension en atterrissant à Athènes : état des lieux, température du climat social,  ambiance, tension ou apathie... Si janvier avait tout du naufrage, en mai on sauve les meubles et les apparences pour la saison touristique ; les migrants ont été déplacés de la place Victoria vers les camps de rétention et les manifestations se font plus rares. Les derniers soubresauts d'une opposition à la politique imposée par la Troïka engendrent des grèves sporadiques des transports et c'est à peu près tout (suffisamment pour annuler même d'importants concerts à la dernière minute, comme celui prévu au Pirée le 26 mai avec Haris Alexiou, auquel nous avons dû renoncer, bus et métro répondant aux abonnés absents). Le passage en force des 7500 pages des énièmes élucubrations délirantes de Bruxelles, adoptées sans broncher par le Parlement, a fini par assommer définitivement les Grecs : "Τι θα κάνουμε ;" est certainement la vaine interrogation que nous entendrons le plus durant ce séjour.

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Alors, nous avons beaucoup déambulé, arpenté nos quartiers de prédilection, traîné dans les librairies, humé le printemps athénien en fleurs, bariolé de tags corrosifs : sans le vouloir ou presque, nos balades nous ramenaient sans cesse vers Exarchia (qui est, sans aucun doute, mon quartier athénien de prédilection, même si, comme le souligne la banderole de la photo... ), des placettes ombragées jusqu'à la rue piétonne de Methonis, en bas de la colline de Strefi, miraculeusement silencieuse dans le tumulte de la ville. La descente vers Monastiraki en passant par les Halles n'en est que plus brutale, lorsque l'on se jette dans le tintamarre, le trafic délirant et des odeurs à vous lever le cœur (pour la végétarienne que je suis, les effluves du pavillon des viandes par 28° vers midi est une épreuve).

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Pour s'en remettre, le meilleur moyen est de descendre se mettre au frais dans un rade du quartier, au Diporto Agoras, à l'angle de Sokratous et de Theatrou. Pas de porte mais une trappe dans le trottoir qui descend dans une cave sommairement aménagée (voir la liste des restos, remise à jour, ici). Au-delà du bon repas pour pas cher que vous y dégusterez, c'est une atmosphère, une ambiance, une parenthèse chaleureuse, que vous vous offrirez. Le temps semble s'être arrêté dans ce petit lieu tapissé de tonneaux (où les habitués vont carrément se servir, d'ailleurs). Lors de notre dernier déjeuner athénien, nous étions les seuls touristes, entourés de Grecs de tous âges venus partager ensemble bien plus qu'une assiette de poix chiches et des sardines grillées ; une tablée de musiciens, une fois les fourchettes reposées, joueront doucement en sourdine des chansons populaires, juste pour le plaisir de l'instant. C'est dans ces moments suspendus que je sais que je suis là où je dois être, que ces séjours réguliers à Athènes ont un sens et que l'on pense déjà à revenir, en fredonnant avec les autres convives, Τίποτα δεν πάει χαμένο...

 

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02 mars 2016

Athènes, année zéro

Sur ce blog, les billets d’humeur se font très rares – pas envie ni besoin d’étaler mes états d’âme.

Pourtant, la décision de Bruxelles de lever aujourd’hui 300 000 000 d’euros en 24 heures pour la Grèce (en court-circuitant totalement le Parlement !) mesure la panique qui règne en haut lieu. Imaginer un seul instant qu’il s’agisse d’une largesse faite la main sur le cœur serait bien naïf : Bruxelles vient de ratifier la « mutation » d’un pays européen en gigantesque camp de réfugiés. C’est officiel, c’est gravé. Tsipras est prié de garder les « indésirables » chez lui et on dégaine pour cela le chéquier, comme on a tenté de le faire avec Erdogan (avec les résultats que l’on sait). L’Europe admet qu’elle a minimisé la crise, que 2016 va être très compliquée et que faute de mieux, elle sacrifie un pays de l’Union Européenne.

Les expats, les blogueurs, les amis qui vivent avec au moins un pied en Grèce, tous nous racontent depuis un an une tragédie annoncée. Nous l’avons vu lors de nos propres voyages (Lesbos en mai dernier, ce n’était déjà pas de tout repos pour les locaux) et revu (Athènes se couvre de migrants, ce n’est pas un fantasme, j’en parlais dans ce post de janvier). Que Merkel (qui n’est, à ce que je sache, pas Présidente de l’Europe) ait besoin d’une main d’œuvre bon marché est une chose. Qu’elle allume le feu en demandant ensuite aux Grecs de l’éteindre en est une autre. Ce que Schaüble avant commencé, la chancelière l’a terminé. Je n’ai aucune idée du devenir de la Grèce ni comment elle va pouvoir gérer sur le long terme la fermeture des frontières du Nord. Mais qu’on s’essuie encore une fois les pieds sur ce pays est insupportable. Et le rendre responsable de ne pas savoir garder les frontières extérieures de l’Europe (comme on l’entend beaucoup à Bruxelles) confine à la malhonnêteté la plus crasse. Évidemment, il faut venir et revenir en Grèce, qui ne doit pas, en plus, perdre la seule ressource qui lui reste.

 

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23 janvier 2016

Athènes avant la Laconie - un petit coin de ciel bleu en janvier, qui pourrait virer au noir...

Rebelote, les bons auspices, les jours alcyoniens (rappel de la légende, ici) furent de nouveau de la partie, comme il y a deux ans, en Grèce en ce début janvier. Tout le monde nous prédisait du froid, de la pluie et du vent dans le Magne ; que nenni, la parenthèse de beau temps, inespérée en janvier, s'est ouverte le 08, pour se clore le samedi 16, il est vrai. Et Athènes, par trois petits degrés, éteinte sous un ciel cendreux, parcourue de violentes rafales de vent, c'est tout de suite beaucoup moins agréable.

Petite info pour les lecteurs gays qui passeraient par ici ; si vous cherchez LA librairie gay d'Athènes, il faut aller au 6 Antoniadou, station de métro ligne verte Victoria, chez Polychromos Planitis. Nous sommes allés chercher en ce lieu un exemplaire du scénario de Strella, film de Pános Koútras dont nous sommes de grands fans (Koútras et Yorgos Lánthimos sont d'incroyables réalisateurs du cinéma grec actuel / si vous tombez sur le Canine de Lánthimos, n'hésitez pas mais accrochez-vous !). Il ne s'agit en fait pas d'une boutique mais d'un appartement planqué, transformé en librairie, à la sonnette très discrète. Je ne croyais pas les grecs aussi culs-serrés... y'a encore du chemin à faire au pays de Sapho et de Cavafy.

D'ailleurs, comment va-t-elle Athènes, lorsqu'elle n'est plus sous les feux de l'actualité ? Pas très bien. Elle a beau garder ses décorations de Noël encore allumées pour donner un air de fêtes et de légèreté à ses rues, peine perdue, ça craque de partout.

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Toujours plus de sans abris, de rideaux baissés, d'immeubles désertés aux fenêtres définitivement closes ; passé la place Iroon, Psiri est devenue une zone fantôme, silencieuse, qui a déclaré forfait. Le quartier d'Omonia n'était déjà pas bien folichon, mais la capitulation est désormais bien palpable. Grève des bus le week-end de notre retour, manifestation d'agriculteurs et routes bloquées hier vendredi, le train de réformes délirantes et contreproductives imposées par les technocrates de Bruxelles entraîne encore la colère des Grecs mais quelque chose s'est éteint et cela se ressent. La gestion des migrants, abandonnée aux mains des Grecs sans qu'aucune aide ne leur soit apportée (sinon une bordée de reproches de ne pas savoir garder les frontières de l'Europe - sic !), laisse une lourde empreinte sur la ville ; d'Omonia à Victoria, donc dans le centre ville d'Athènes, les réfugiés s'entassent. Si la Macédoine décide de fermer sa frontière, la Grèce va-t-elle se transformer en un gigantesque camp de réfugiés sans moyens ? C'est la double peine pour Athènes, qu'on a saignée à blanc avant de lui refiler un problème sans solution. Si cet afflux continu commence à tailler des croupières à la seule ressource qui reste à la Grèce, le tourisme, c'est le chaos qui guette le pays. À se demander si tout cela n'est pas fait intentionnellement...

Je remonte, pour un peu de légèreté, le post vieux de deux ans sur les restos grecs, mis à jour. Car le fait de revenir sans cesse à Athènes permet d'être plus curieux gustativement et de laisser les incontournables Palia Taverna tou Psara et autres Scholarchio Ouzeri Kouklis pour de nouvelles rencontres.

To Kafenio, Epicharmou 1 Plaka

Tout à côté du Scholarchio, dans un quartier très touristique, table moyenne qui doit beaucoup à son emplacement calme et à sa jolie salle. Cuisine toute simple mais inégale (choisir les plats annoncés "maison" plutôt que les classiques beignets de courgettes ou croquettes de légumes, clairement industriels). Féta étonnamment caoutchouteuse. Préférez clairement le Scholarchio.

Evcharis, Adrianou 49 Monastiraki

Testé au déjeuner et au dîner. De l'ambiance, vu l'importante fréquentation. La salle du fond sous verrière est bien engageante avec sa jolie déco, musique le soir. Très bon agneau au four en papillote (arvaki), salades très fraîches. Beaucoup plus de Grecs que de touristes malgré l'adresse.

Dia Tafta, Adrianou 37 Monastiraki

Dans la même rue que le précédent, un peu plus loin lorsque l'on va vers la station Thissio. Malgré des chaises de paille inconfortables au possible, bon repas de taverne, sans surprise mais réconfortant. Assiettes généreuses, trois mezzés sont suffisants pour rassasier le soir deux estomacs.

Ciccus, Andrianou 31 Monastiraki

Ciccus est le lieu où nous prenons souvent un verre (pas sur sa terrasse très fréquentée mais à l'intérieur, sous sa verrière, pour la déco), ouzo pour J-P, Aperol Spritz pour moi. Coincés un soir de fin septembre par un temps exécrable, nous y avons dîné, faute de pouvoir mettre un pied dehors sans être immédiatement douchés. La carte est plus "moderne" que les tavernes habituelles et nous avons été assez étonnés de la qualité des plats, et surtout par la carte des vins (attention, l'addition peut très vite s'envoler). Un plan B (effectué de nouveau en janvier, par grosse flemme) qui s'est révélé plus que convenable.

To Steki tou Ilia, Eptahalkou 5 Thissio

Pas facile à trouver, cette psistaria ! Prendre à droite, dans le chemin sous les arbres, juste après la station de métro, ne surtout pas remonter Apostolou. Vous ferez un saut dans le temps et l'espace. L'établissement semble ne pas avoir bougé depuis des décennies, avec ses nappes à carreaux, ses murs couverts de lambris et ses tonneaux en hauteur. C'est Grec de chez Grec, ça parle haut, ça fume beaucoup et ça boit sec. Courte carte, les locaux viennent pour les païdakia de haute volée. J'en connais un qui s'en lèche encore les doigts... Deux merveilles trouvées dans la traduction très poétique des plats en français : Tirokafteri devient trempette dans le fromage épicé et les Païdakia,  lait de brebis... le repas n'a pas commencé mais vous êtes déjà de bien belle humeur... 

Nikitas, Agion Anargyron 19 Psiri

Ne cherchez plus To Zidoron, juste à côté, remplacé désormais par un café

Bonne cantine de déjeuner, blindée à partir de 14h30 par les employés du coin. Plats du jour à la craie sur l'ardoise murale, pas toujours faciles à déchiffrer. Le plus simple, aller en cuisine et choisir sur place. Service souriant. Bœuf mijoté à la tomate et aux petites pâtes (kokkinisto me kritharaki) goûteux. 

To Krassopoulio tou Kokkora, Esopou 4 Psiri

Voilà le genre d'endroit comme on les aime, où on se sent bien sans savoir pourquoi, où l'on revient sans se poser de question. Un lieu vite familier, où l'on a l'impression de dîner depuis des lustres, comme en famille. Très belle déco de chineur bien chargée (transistors collector, vieilles horloges, gravures de mode, affiches d'époque - en tout cas pas de la nôtre -, photos des années cinquante, certaines un peu coquines mais il faut s'approcher de très près pour les voir), bref, plus une place sur les murs. Produits d'excellente qualité (tourte à la courgette succulente, poulet au yaourt et au miel fondant, plats aux saveurs de l'Asie Mineure, desserts maison) et vin chaud à la cannelle en pousse-café. Propriétaire avenant qui aime papoter avec les étrangers et éclairer la crise grecque de ses réflexions toutes personnelles. Gay friendly aussi.

Pour prendre un verre, avant ou après, The Party, plus haut en remontant Karaiskaki.

Oineas, Esopou 9 Psiri

Dans la même rue que le précédent. Resto fréquenté par les Grecs et par les touristes. Belle déco chinée à l'intérieur et carte très sympa, qui propose de bonnes salades (boulgour, lentilles, tomates séchées), de la féta au miel, des légumes grillés et des plats de viandes savoureux ; ça ne désemplit pas jusqu'à très tard et pourtant le service reste sympa et souriant (patronne un peu portée sur la boisson qui peut devenir collante...)

Psistaria Achilléas, Valtetsiou 62 Exarchia

Taverne de quartier, fréquentée par les habitués et ce jour-là par quelques prof's de fac. Service un peu bourru mais l'assiette de briam nettoyée en cinq minutes mettra le sourire aux lèvres du serveur. Bons mezze. Sans surprise mais couleurs locales assurées.

Diporto Agoras, à l'angle de Théatrou et de Sokratou Omonia

Taverne à l'ancienne, en sous-sol, non indiquée donc, ouvrez l'oeil, les deux trappes sont marrons. Pas de carte, le patron débite les 5 plats du jour (ou vous demandera de le suivre derrière les fourneaux et vous renverra à votre table avec un "κάτσε" bien claquant !) Deux plats de légumes, deux de viande, une salade et des sardines. Simple, copieux, pas cher, mais on descend surtout pour un joli voyage dans le temps. Salle tapissée de tonneaux, ambiance typiquement athénienne, bonnes ondes, atmosphère détendue. Vous aurez du mal à remonter à la surface ensuite !

Athinaïkon, Thémistokléous 2 Omonia

Vieille taverne fondée en 1932, où l'on croise touristes et locaux. Bon assortiment de mezze, plats copieux, bonnes ondes, on en redemande et on y retourne.

O Andreas, Themistokléous 18 Omonia

Toute petite ouzeri cachée dans une ruelle qui coupe Themistokléous sur sa gauche, lorsque l'on descend d'Exarchia vers Omonia. On y vient pour sa longue carte d'ouzo, ses produits de la mer très frais (sardines, poulpes, calmars...) et son atmosphère vraiment grecque (pas un seul touriste à chacun de nos passages). Une bonne taverne de quartier où il fait bon se poser aussi sous l'auvent, quand la pluie tombe à pleins baquets.

Klimataria, Platia Theatrou 2 Omonia

Taverne traditionnelle à laquelle on s'attache vite ; décor sympa, vigne qui dégringole et barriques de vin, musique à partir de 22h certains soirs, fréquentée bien davantage par les Athéniens que par les touristes. Les plats mijotés cuisent des heures sous des espèces de grosses cloches pour un fondant et une saveur délicate. Selon mon carnivore, leur agneau talonne de très près celui d'Amorgos, pour le moment jamais égalé. Pour les mangeurs de verdure, très bon ragoût de légumes aux herbes et au citron. Cuisine sans chichi mais qui ouvre l'estomac et vous met de bonne humeur. Service enjoué et souriant.

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Karamanlidika, au croisement de Sokratous et d'Evripidou Omonia

Épicerie de quartier aux saveurs d'Asie mineure, où l'on déguste les produits phares, les fromages et la charcuterie. C'est brut, bien envoyé, on est à Omonia, que diable ! Comme les noms des produits étaient pour nous un peu nébuleux, on a laissé le garçon choisir à notre place ; assiette de fromages et de pastrami et deux sortes de saucisses de Cappadoce. Goûtez, picorez et on laisse loin derrière la moussaka et le tzatziki, pour d'autres saveurs, et des goûts plus épicés et marqués. Vraiment traditionnel, et super ambiance.

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Paradosiako Oinomageirio, Voulis 44A Syndagma/Plaka

Á deux pas de la flopée d'hôtels des rues Apollonos et Mitropoléos, toute petite taverne familiale sympathique, grecque à l'heure du déjeuner, fréquentée par les touristes le soir. Plats simples de taverne, poissons du jour, pas chers et copieux. Mais un peu bruyant car situé en angle de deux rues très fréquentées.

O Tzitzikas kai o Mermygas, Mitropoleos 12-14 Syndagma

Changement d'ambiance avec un resto plus jeune dans sa déco design et ses plats plus originaux. Salade d'épinards bien troussée, mille feuilles de légumes entre deux fromages de mastelo, feuilles de vigne fines et parfumées, riches d'herbes et de feta, une cuisine moderne et légère. Tsipouro avant le dîner, liqueur de mastic à la sortie. Desserts au poil !

The Greco's Project, Nikis 9 Syndagma

Si votre ferry arrive au Pirée vers 15h30, que vous avez huit heures de traversée à jeun dans les jambes et que votre petit-déjeuner pris à 6h00 vous semble bien loin, où grignoter dans le quartier de Syndagma vers 17h, après vous être dessalés sous la douche à votre hôtel ? Trop tard pour un vrai déjeuner, bien trop tôt pour un dîner, pas envie de sucre à la pâtisserie du coin, nous avons donc tenté ce nouveau lieu à l'angle de Mitropoléos et de Nikis. Un peu branchouille, mais l'assiette, sans être transcendante, s'est révélée honnête et pas chère. 

Sardelles, Persephonis 15 Gazi

Comme son nom l'indique, taverne de poissons de bonne tenue dont les prix varient selon le produit de la mer que vous choisissez. Il y en a pour tous les goûts, toutes les bourses, selon l'arrivage du jour (poissons frais, mais aussi salés ou fumés). Pour les viandards, alternative carnée avec Butcher Shop à côté, appartenant au même proprio.

Kanella, Konstantinoupoléos 70 Gazi

Resto découvert par hasard en arpentant le quartier. Rien à voir avec une taverne, il s'agit d'un lieu lumineux à la déco tout à la fois simple mais tendance. La carte est imaginative et propose des assiettes plus originales que la sempiternelle horiatiki et autres tiropites ; très bons plats de pâtes, viandes sautées relevées, salades sympas, saveurs méditerranéennes bien marquées en bouche, c'est vif et bien troussé. Service jeune et souriant.

 

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30 septembre 2015

Entrée et dessert à Athènes 2015

Impossible de partir à la découverte de nouvelles îles sans un petit séjour athénien, préambule pour se replonger dans l’ambiance et postface consolante avant le vol du retour. Nous y reprenons nos marques, évaluons l’avancée des travaux du quartier (je désespère de voir un jour la cathédrale déshabillée de ses échafaudages), arpentons nos rues de prédilection, allons saluer le barbier, l’antiquaire et le glacier. Ensuite, visite de courtoisie pour Psiri, Exarchia, les librairies de l’université, le marché d’Omonia… le temps file sans s’en apercevoir. La liste des restos d’Athènes - post de janvier 2014 - a été remise à jour (ici), puisque nous avons ajouté un Gazi nocturne à nos mises en jambe athéniennes.

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Ce quartier est construit autour de l’ancienne usine à gaz réhabilitée : elle abrite désormais un musée, pour raconter ce patrimoine industriel qui a fourni énergie et éclairage dans Athènes au sens large, pendant 130 ans. Si les bâtiments se visitent de jour, le site reste accessible et illuminé la nuit. Tout Gazi en fait s’allume au crépuscule (alors qu’en journée, c’est morne plaine… ) pour accueillir la jeunesse dorée d’Athènes.

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Á partir de 22h00, la station Keramikos déverse des wagons de jeunes vêtus à la dernière mode (et quelques excentriques), qui exhibent les signes d’une richesse en rien entamée par la crise économique ;  on y vient, on  s’y fait voir, c’est branché, tendance, bruyant et ultra cher - mais l’ambiance vaut le coup d’œil. Fuyez un lieu recommandé par le Routard, le Gazarte, librairie au rez-de-chaussée, salle de concert et bar à cocktails / resto sur le toit. Alors certes, la vue sur l’Acropole, au travers des bâtiments de l’usine flamboyant de jaune et de rouge, est fort jolie mais ce qu’il y a dans les verres est en qualité inversement proportionnel au montant de l’addition : deux doigts d’ouzo et un mojito où j’ai cherché le rhum, 17 euros… le prix et la crapulerie de Santorin, en fait.

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Le lundi 21, le ciel a copieusement arrosé toute la Grèce, Crète comprise. Nous étions sur le ferry du retour, partis aux aurores de Koufonissia pour le Pirée. Le Blue Star Ferry égrène les petites Cyclades avant de rejoindre Naxos, puis Paros jusqu'au port d'arrivée. Á l'escale d'Iraklia, de bien vilains nuages sombres s'accrochaient aux collines de l'île, ne présageant rien de bon.

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Calme plat jusqu'à Paros, mais ensuite... un orage aussi soudain que violent a chambardé le bateau tout entier. Le pont supérieur où nous nous trouvions était alternativement douché de côté par les trombes d'eau de pluie, les embruns des déferlantes et les fuites du toit de fortune du pont, juste pensé pour atténuer le soleil. Le mot "trempé" me semble bien léger pour décrire notre état, nous donnions l'impression de sortir d'une machine à laver qui aurait omis le programme essorage. Á notre condition de dégoulinants grelottants de froid, il faut ajouter le boucan des crises de panique des jeunes Anglaises, l'hystérie des Allemandes et les capacités vomitives sans limites des Asiatiques. Et les Grecs, comment ont-ils géré le déchaînement des cieux ? En bons fils de Poséidon, ils ont donné à tous les touristes une leçon d'indifférence totale au tumulte des flots. Une famille au sens large, montée à Naxos, de retour apparemment d'un mariage - les dragées passaient de main en main -, s'est très vite réfugiée près du bar, à l'abri des plus gros baquets d'eau. L'ouzo, le vin blanc, des vivres, ont surgi des paniers des mamans, toute la tablée a opposé au chaos sa bonne humeur, ses blagues... et la musique. Car dans ses bagages, la noce ramenait un joueur de bouzouki, qui sût apaiser la colère olympienne. Il faut dire que le Κανείς εδώ δεν τραγουδά* repris à plein poumon, avait de quoi calmer à la fois les cieux et les passagers paniqués. Une heure de concert improvisé, de belle énergie, de chaleur, d'enthousiasme communicatif nous remit d'aplomb et transforma une situation "inconfortable" en très beau souvenir.

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  Photo prise avant l'orage, of course !

* première piste de l'album Chansons Nomades - Angélique Ionatos

 

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01 août 2015

Karaghiozis… si vous en voulez un peu plus.

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Karaghiozis – en turc Karagöz, occidentalisé-romanisé en Karagheuz ou Caragueuz ; étymologiquement, l’homme « à l’œil noir ».

Figure centrale du théâtre d’ombres et de marionnettes, Karagheuz a été naturalisé Grec au milieu du XIXè siècle, pour donner même par suite son nom au genre. Si, linguistiquement parlant, son origine turque ne saurait être mise en doute, sa transmission historique reste, et depuis plus d’un lustre, l’objet de houleux débats.

Il faut dire que les voyageurs-témoins occidentaux – écrivains-voyageurs, administrateurs, militaires... –, puis, a fortiori, les premiers historiens ou exégètes, se trouvèrent eux-mêmes fort désemparés devant ce type de spectacle, organisé primitivement, sélectivement, à l’occasion de fêtes (fin du ramadan, cérémonie de la circoncision, mariages), et devenu un spectacle populaire de rue, animant (nocturnement) les multiples cafés, puis de véritables « théâtres ».

Chacun d’en appeler alors, par simple homonymie et sans autre preuve, à des origines chinoises, en faisant à l’extrême, via la « lanterne magique », un ancêtre du cinématographe, le rattachant, à nouveau par homonymie, et sans plus de peur de l’anachronisme, au théâtre d’ombres montmartrois du Chat noir ! Bref, Karagheuz, c’était « le Punch pour l’Angleterre, Casperl pour l’Autriche, Polichinelle pour la France, Pulcinella pour les Napolitains... », “à une différence près”, furent tout de même contraints de souligner, unaniment, tous les commentateurs. Mais donc laquelle ? que l’on n’ose même plus souligner aujourd’hui.

Karagheuz, c’était l’ « anarchiste absolu », au sens où l’entendra Alfred Jarry en créant son père Ubu, défiant tous les pouvoirs, toutes les conventions, défenseur des pauvres contre les riches, et n’hésitant pas à descendre jusque dans la simple vie quotidienne pour y dénoncer la moindre inégalité. Cela, originellement, armé d’une seule arme, « la chose qui gêne », un hénaurme phallus. Les Grecs purent alors rattraper leur “retard épistémologique”, rappelant leur antique culte de Priape, pour la bouffonnerie, les comédies d’Aristophane, voire, pour la mise en scène, la caverne de Platon.

Du karaghiosis grec avant le début du XXe siècle, nous ne savons de fait que peu de choses : des mémoires plus que tardives, des textes censurés... L’homme « à l’œil noir » semble apparu à Ioannina, en Épire / Albanie, alors sous domination turque, au tournant du XVIIIe-XIXe siècle. On l’aurait repéré ensuite à Nauplie en 1841, à Athènes - à Plaka - en 1852, à Patras en 1890. La mémoire a surtout conservé les noms des plus importants « καραγκιοζοπαίκτης » (montreur de marionnettes) : Γιάννης B/Μπράχαλης / Iannis Brakhalis, arrivé de Turquie à Nauplie début 1840, puis s’illustrant au Pirée ; et Δημήτριος Σαρδούνης / Dimitrios Sardounis (1859-1912), qui prit le pseudonyme de Μίμαρος / Mimaros, installé à Patras, retenu comme celui qui a “hellénisé” Karagheuz, c’est-à-dire qui, anticipant sur toute censure, a gommé tous ses “débordements”, pour en faire un spectacle disant viser « tout public » – lors même, soulignons-le, que femmes et enfants, au grand dam des moralistes, y étaient antérieurement, amplement présents... Fini donc le phallus ; on ne trouve plus à sa place qu’un bras démesuré, accompagné éventuellement d’un pâle gourdin.

Nombre de montreurs se sont néanmoins depuis illustrés, et bon gré mal gré, – malgré le cinéma, malgré la télévision –, « le spectacle continue » : nous en avons retrouvé plus que trace, et par les affiches, à Paros, à Mytilène... Athènes recèle même deux petits « trésors » ou merveilles : les archives accumulées par la génération Spatharis [Sotiris S. (1892-1974), Eugenios S. (1924-2009)], très officiellement léguées à la municipalité de Maroussi en 1995, mais qui, depuis la mort de leur donateur, restent obstinément fermées au public ; celles de la génération Charidimos [Christos Ch. (1895-1970), Giorgios Ch. [1924-1996], léguées à la ville d’Athènes et abritées au « Centre Mélina [Mercouri] », ouvert gratuitement au public, entretenues activement par le dernier descendant, Sotiris.

J-P, le complice des expéditions

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26 juillet 2015

Karaghiozis pour les néophytes ou les curieux - le Melina Culturel Center d'Athènes

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Le personnage incontournable du théâtre turc et grec n'est pas le premier rendez-vous prévu lorsque l'on se rend à Athènes, c'est un fait. L'Acropole, les musées, l'agora, Plaka, le Lycabette, les îles saroniques toutes proches, Nauplie à un saut de bus... les jours défilent vite, surtout lors d'une première visite. Même lorsque l'on devient familiers des lieux, on se surprend à faire et à refaire les mêmes parcours, comme on viendrait rendre visite à un ami pour connaître son humeur du moment : en somme, on fait le tour du propriétaire, en fulminant si nos repères et nos habitudes sont bousculés (comme le bâchage tout vilain et inopiné de la Tour des Vents de l'agora romaine, - passage obligé sur le chemin de chaque premier apéro athénien sur Adrianou -, qui nous a laissé bien perplexes et  chiffonnés).

Mais on fait aussi la danse de la joie quand on tombe sur un endroit encore inexploré, surtout lorsqu'il satisfait une de nos marottes. Entre Thissio et Gazi, une ancienne fabrique de chapeaux abrite le Melina Culturel Center, qui consacre son rez-de-chaussée au théâtre d'ombres et de marionnettes. Plus mal balisé, on ne fait pas, aucun panneau ne l'indique lorsque l'on arrive de la station de métro Keramikos ; heureusement que les gens du coin sont bien urbains.

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Ma moitié visite en familier les théâtres d'ombres d'ici et d'ailleurs, pille sur le sujet les rayons de la librairie Politeia* à chaque voyage et m'entraîne à sa suite dans tous les lieux qui pourraient éclairer ses lanternes sur le Karaghiozis, à la fois personnage et genre à part entière. Il arrive que nous fassions chou blanc (musée ou théâtre privé fermé) mais aussi que la grâce nous tombe dessus. C'est un peu ce qui c'est passé quand nous avons poussé les portes du Melina Culturel Center à la recherche de la figure emblématique du "Guignol" grec ;  la famille Charidimos a légué au centre tout son matériel de conception, de création, de représentation de ce théâtre populaire très insolent, qui fait rire tous les Grecs, du bambin aux têtes chenues. Les figurines plates, articulées, sont manipulées derrière un écran éclairé par un "montreur d'ombres", avec grand renfort de bruitages variés et de textes improvisés. Les histoires s'inspirent autant de la mythologie, de la vie quotidienne des Grecs que de l'actualité politique et sociale. Si Karaghiozis reste un pauvre bougre toujours affamé, lesté d'enfants, manœuvrant avec habilité et fourberie pour triompher des puissants, il est aussi un infatigable vecteur de résistance à toutes les oppressions ; ce qui, vu les occupants de la Grèce, d'hier et d'aujourd'hui, explique sans doute son irréductible popularité.

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La famille Charidimos** met donc sous le regard des visiteurs un fond de 900 pièces, autour du travail des trois membres actifs du clan, outils, matériaux (papier, carton, cuir, métal....), décors peints sur toile, techniques (pantins ciselés ou peints) mais aussi une kyrielle de personnages, de photos, d'images d'archives. Les deux demoiselles qui vous accueillent tout sourire, vous aident (en anglais) à mieux appréhender cette profusion et à vous y retrouver dans l'évolution des procédés et du métier en lui-même.

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Au moment de quitter le musée, nous sommes tombés nez-à-nez avec Sotiris Charidimos en personne, dernier "dessinateur/graphiste" de personnages du théâtre d'ombres. L'homme est très accessible, avenant, accueillant, jusqu'à nous ouvrir son espace privé de travail. Nous resterons sidérés devant cette bienveillance et une simplicité manifeste. Nous aurons même droit à un découpage original d'un Karaghiozis à main levée, effectué avec une virtuosité prodigieuse.

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Ce lieu est entièrement libre d'accès, pour garder l'esprit du théâtre populaire, ouvert à tous. La ville d'Athènes ne voit pas cette gratuité d'un bon œil et n'aide en rien le musée à se faire connaître, puisqu'il ne rapporte pas grand' chose, au seul point de vue pécuniaire. C'est bien dommage.  Si vous passez par Athènes, si vous êtes blogueur, fidèle des réseaux sociaux, prof, journaliste ou simple curieux, donnez un petit coup de main au musée en faisant de lui le nouvel endroit incontournable d'Athènes, pour cerner un peu mieux l'âme grecque par son théâtre d'ombres. Le quartier de Gazi, branché et fêtard vaut déjà le détour ; il aura désormais son alibi culturel.

Melina Culturel Center, à l'angle de Heraklidon et de Thessalonikis, station Keramikos / Ouvert du mardi au samedi de 10h à 20h, 14h le samedi. Le Routard le mentionne enfin...

* librairie sur Asklipiou, à côté d'Akadimias (station Panepistimio)

** Sotiris Charidimos, toujours bien vaillant (né en 1941) est le fils du "montreur d'ombres" du Pirée Christos Charidimos (1895 - 1970) et frère de Giorgos Charidimos (1924 - 1996), lui aussi "montreur d'ombres".

 

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26 septembre 2014

Septembre 2014 en Grèce

Après la douche corfiote (dans les deux sens du terme), quelles aventures allait nous réserver ce nouveau périple grec ? Nous sommes cette année partis en septembre et non en juin, à l’arrache, le projet initial tombé à l’eau pour cause de copieux merdier administratif kafkaïen (merci aux proches qui ont suivi la chose de m’avoir supportée). Plutôt que de passer les deux semaines dans deux îles différentes - comme c’est notre usage en été -, faute de temps pour bien combiner les ferries moins nombreux en septembre, nous avons fractionné nos 16 jours en sauts de puce, privilégiant des lieux certifiés ravissement prévu, avant de découvrir en fin de séjour une nouvelle Cyclade.

Le programme fut donc le suivant :

-         Athènes (deux jours)

-         Santorin (quatre jours)

-         Paros (quatre jours)

-         Folégandros (cinq jours prévus, quatre en réalité suite à un souci de ferry)

-         Athènes (un jour prévu, deux jours en fait)

Athènes, c’est comme un parfum qui agresse à l’ouverture du flacon, on trouve ses fragrances trop fortes, trop marquées, difficilement respirables ; pourtant, on y revient d’abord de loin, parce qu’on a jamais rien senti de pareil, on se familiarise avec son mélange de déliquescence et d’énergie, et sans s’en rendre compte, on est addict, pris dans ses rets. L’aversion première est devenue attirance, affinité, fascination. Si fort que j’aime les îles, si nombreuses et intenses sont les émotions que je peux y ressentir, Athènes demeure une source de profonde exaltation. Alors nous y passons de plus en plus de temps, ébahis par son bouillonnement permanant de vitalité contagieuse. Athènes a pour moi cette capacité à me remettre d’aplomb, à m’inoculer immédiatement enthousiasme et belle humeur. Peu de villes d’Europe peuvent prétendre à ce potentiel.

Cette mise en bouche athénienne devait donc ouvrir la voie à un festival perpétuel d’allégresse, heureux que nous étions de notre emploi du temps à venir, que l’on pourrait à posteriori cependant résumer ainsi :

-         revoir Santorin et s’enfuir (loin, mais alors très loin...)

-         revoir Paros et ne plus vouloir en partir

-         voir Folégandros et mourir

Deux sur trois, c’est plutôt un bon bilan. Je consacrerai à chaque île les pages qui lui sont dues, aux tonalités bien évidemment très différentes ; rouge colère pour Santorin, bleu azur pour Paros et toutes les nuances de l’amour pour Folégandros, qui a su détrôner Amorgos, juchée depuis de nombreuses années sur la première place des plus belles îles de Grèce, selon ma sensibilité toute personnelle. Et si cela ce n’est pas un tour de force…

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 Kouros du musée du cimetière du Céramique... n'est-il pas magnifique ?

 

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18 juin 2014

Athènes après Corfou... comme on se sent tout de suite mieux !

C’est bien beau de décider sur un coup de tête qu’une île décevante ne vaut pas qu’on y reste, surtout sous le vent et les averses, encore faut-il avoir un plan B… si avancer un vol se fait sans trop de dommage pécuniaire avec les nouveaux billets « flex » d’Aegean, trouver un hôtel à Athènes du matin pour trois soirs, en plein mois de mai, ressemble au parcours du combattant. Tous nos points de chute habituels s’affichaient archi-bondés, même en s’éloignant du centre. Il a fallu ouvrir la bourse et accepter les tarifs exorbitants de l’hôtel Herodion, situé derrière le musée de l’Acropole (4 odos Rovertou Galli, Koukaki), un quatre étoiles qu’il faut fuir comme le choléra (piaule minuscule en RDC, vue sur un mur, accolée au climatiseur de l’hôtel qui ronronne toute la nuit… j’ai fini par agresser, à quatre heures du matin, en petite tenue, les cheveux en pétard, la bave aux crocs, le staff de nuit pour obtenir une chambre où il était possible enfin de dormir. Miracle, il y avait des chambres inoccupées dans les étages ! Le personnel de jour tentera bien de nous renvoyer en bas au matin mais, peine perdue, mes cordes vocales utilisées à plein volume devant des touristes anglais un peu coincés, produiront l’effet escompté.)

Hormis ce souci de gîte, quel soupir de soulagement en remontant la rue Vyronos pour une première Mythos chez Diogène, en bas de Plaka, là ou commence tout séjour athénien ! Il fait grand bleu, pas trop chaud, on se recale les grandes balades classiques autour de l’Acropole, un saut à Sounion pour comparer la lumière de janvier à celle de mai, les musées qu’on aime, Exarchia dans tous les sens, un bout de Kolonaki pour le Lycabette, la halte crème glacée de 19h, dans la petite rue qui croise Ermou à la hauteur de l’église de la Kapnikréa, et les cantines préférées, To Steki tou Ilia pour l'un, To Krassopoulio tou Kokkora, pour l'autre.

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Comme tous les touristes, on revient régulièrement saluer le Musée de l’Acropole, le Musée national (qui reste mon préféré, et pas seulement pour le point de vue imprenable sur les fesses des Kouroi… malgré ce qu’en dit perfidement mademoiselle I.G. sourire119), et admirer les figurines du Musée d’Art cycladique. Mais si vous avez des enfants que lassent ces grands espaces un peu froids, n’hésitez pas à les emmener dans des plus petits endroits, comme le Musée grec d’Art populaire de Plaka, où sont exposés des costumes traditionnels, des tenues de fêtes excentriques, ainsi qu’une jolie exposition sur la manière de vivre dans l’île de Karpathos (et pour J-P qui est resté un grand gamin, quelques panneaux consacrés au Théâtre d’Ombres).

Si vous traînez dans Monastiraki le soir, avant ou après dîner, voilà deux adresses où nous avons nos habitudes :

- Ciccus, sur Adrianou au numéro 31, le long de la voie ferrée, là où s’enchaîne une longue succession de bars et de restos. Ne pas rester en terrasse, bondée et bruyante mais rentrer, aller au fond, sous une sorte de verrière assez haute qui abrite un jardin intérieur. Excellents cocktails et très bonne programmation musicale, ciblée trentenaires.    

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- Θεσις 7, agios Filippou, que l’on prend en venant de Psiri. Organise certains soirs des concerts live. Ce fut le cas le 14 mai avec un trio formidable (voix + instruments à vent), mélange de créations du groupe et de chansons traditionnelles grecques que le public reprend en chœur. Convivial, chaleureux, on est vite intégré dans l’ambiance, sans voir le temps défiler. Venir vers 23h les soirs de concert.

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Et pour se faire beau quand on est un garçon, pour ceux qui crèchent entre Syndagma et la place Mitropolis, allez tenter l’expérience du barbier-coiffeur à l’ancienne, sur Apollonos. Il fallait au moins cela pour récupérer les abominables échelles que j’avais infligées à la nuque de ma moitié. Ambiance délicieusement surannée avec ces deux barbiers qui ont largement dépassé les 70 printemps, mais un coup de ciseau magistral, un beau résultat assez moderne (pas une coupe de papy) et une franche jubilation du Figaro local, devant le carnage effectué par mes soins : « don’t touch him anymore, hair cut is a job » - message reçu !

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En passant un soir très tard dans Mitropoléos (il devait être pas loin d’une heure et demie), nous avons aperçu, sur le parvis de la basilique, un jeune couple qui valsait, dans la nuit silencieuse. Pas de musique, juste leurs pas glissants sur le sol. Cette vision de deux silhouettes légères tournant sans bruit dans la nuit avait quelque chose d’irréel et d’éminemment gracieux…

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14 février 2014

Nauplie sous la pluie - Nafplio sous la flotte

Deux heures trente de bus (au départ du terminal A – Kifissou) séparent Athènes de Nauplie. Si en nous levant, le ciel affichait pour la première fois plus de gris que de bleu, nous étions loin d’imaginer la quantité d’eau qui allait nous accompagner toute la journée en Argolide. Le soir, au retour, c’est Athènes qui s’imbibera sous la rincée et comme d’habitude, la pluie en Grèce fait rarement semblant. Nous prenons d’ordinaire le bus jusqu’à Patras pour gagner les îles ioniennes mais cette fois-ci, passé l’isthme de Corinthe qui fait toujours son petit effet, nous bifurquons sur la gauche vers Nauplie, via Argos. Visiblement, cette région est un vaste verger d’agrumes ; durant une bonne demi-heure, le bus traverse des orangeraies chargées de fruits bien mûrs (la récolte ne devait plus tarder)  - lorsque l’on voit cette profusion, on se demande pourquoi le prix du jus d’oranges frais est aussi cher…

Tous les Guides parlent de Nauplie avec un vibrato dans la plume : « plus jolie cité du Péloponnèse », « authentique carte postale », « ruelles chaudement colorées par le soleil couchant »… j’étais venue ici lors d’un voyage d’étudiants il y a, approximativement, environ, à peu près deux décennies, et force est de constater que mes souvenirs manquaient, malgré ces louanges extasiées, de netteté. C’est devant le musée du Komboloï que la lumière s’est rallumée, me renvoyant en effet à des déambulations folâtres sous le soleil, à une bruyante euphorie juvénile et à des dégustations de glaces : après les visites studieuses d’Épidaure et de Mycènes, musarder dans Nauplie nous avait ravigotés !

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L’intérêt de revenir à Nauplie en hiver, sous un ciel brouillé qui se répand abondamment en pluie continue, c’est que vous êtes quasi les seuls à déambuler. Passée l’heure de la sortie du lycée, 14h, les rues se vident, le silence s’installe, la ville se fige. Une brève accalmie nous a permis de passer le museau hors de la capuche pour goûter l’évidente beauté de Nauplie, mélange architectural harmonieux qui fait cohabiter des bâtiments d’époques et d’influences variées, sans discordances. Les Byzantins, les Francs, les Vénitiens (par deux fois), les Ottomans (par deux fois itou) mirent successivement la main sur la cité, carrefour commercial entre l’Orient et l’Occident, capitale du Péloponnèse puis brève capitale de la Grèce (1829 - 1834). L’ancienne mosquée côtoie l’arsenal vénitien, le Lion des Bavarois* cohabite avec celui de la Sérénissime, l’église catholique des Francs est bâtie sur l’emplacement d’une mosquée qui avait déjà pris la place d’un monastère vénitien… avec ses balcons, ses fontaines, ses ruelles étroites, ses façades aux couleurs chaudes, ses toits de tuiles, la ville basse possède une saveur et une douceur très italiennes. Mais le fort Bourtzi construit sur l’îlot en 1473 à l’entrée du port rappelle très vite que Nauplie tient une situation stratégique au fond du Golfe Argolique et que la ville est restée durant des siècles une citadelle, bien à l’abri de ses murs d’enceinte.

L’Akronauplie est la plus ancienne partie fortifiée de la ville, dès l’Antiquité jusqu’au XVe siècle, sur les hauteurs de la presqu’île : les Francs construisirent deux enceintes, séparant le centre militaire et les habitations des Francs, du quartier grec, qui bénéficiait déjà d’un rempart dès l’époque byzantine. En 1470, les Vénitiens qui se savaient sous la menace ottomane prolongèrent les fortifications et ajoutèrent au « Castello dei Franchi » et au « Castello dei Greci », une nouvelle enceinte plus à l’Est, le « Castello di Toro ». Enfin, en 1706, après la première parenthèse ottomane, les Vénitiens bâtirent en 1706 le dernier bastion, dit « Grimani », qui n’empêcha pas les Turques de reprendre la cité en 1815. On grimpe à l’Akronauplie facilement en suivant les escaliers qui partent de la ville basse. Il suffit ensuite de se balader sur les hauteurs des fortifications, austères, dépouillées, pour découvrir un panorama de toute beauté, même avec un ciel bouché. N’ayant plus un poil de sec, j’ai déclaré forfait devant le fort Palamède à la rectitude tout militaire, (857 marches à gravir sous le déluge, même un canard aurait décliné), déjà bien impressionnant vu de l’Akronauplie, tel un vaisseau fantôme de pierre se révélant fugitivement dans un brouillard dense. Construite entre 1711 et 1714, c’est la pièce maîtresse de la défense de la cité, composée de huit bastions que l’on atteint après un long escalier zigzagant.

Nauplie   Nauplie

Nous avons préféré nous mettre à l’abri et croquer des gâteaux aux amandes chez Glykos Peirasmos, tailler le bout de gras avec un traducteur grec quadrilingue qui nous alpaguera dans une ruelle, étonné de découvrir deux Français tout sourire malgré l’ambiance détrempée, et arpenter le quai avec le Bourtzi pour panorama, laiteux, embruiné, presque irréel, comme une Mer du nord au clair de lune sous le pinceau de Friedrich…

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* Othon de Bavière fut imposé comme souverain de la Grèce en 1833 par les puissances européennes, remplacé ensuite par un Danois en 1862…

 

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05 février 2014

Sounion sous le soleil

L’Odyssée, chant III (Voyage de Télémaque à Pylos)

« Nous naviguions ensemble, au sortir des combats,
Quand, devant Sunium, le cap sacré d’Athènes,
Phœbe-Apollon tua de ses flèches sereines
Phrontin, fils d’Onétor, nocher de Ménélas. »

Un camp de base de plusieurs jours à Athènes permet non seulement de profiter des différentes facettes de la ville mais aussi de rayonner dans les îles saroniques, en Argolide ou en Attique. Lorsque l’on arrive de Paris avec les poumons bien encrassés, on a soif de grand air, d’embruns et de larges espaces dégagés. Surtout lorsque le ciel matinal s’est peinturluré de bleu outre-mer, à peine moucheté de cotons blancs. Rendre visite au temple de Poséidon, posé au bord d’une falaise de 80 mètres, sous un chaud soleil quasi-printanier, au bout du bout du monde, du cap, de la péninsule, était alors une évidence. Les lunettes de soleil n’étaient pas de trop, on se serait même tâté de ressortir la crème solaire – d’accord, j’exagère un brin, mais nous croiserons à plusieurs reprises, en longeant la mer avec le bus, des plages bien garnies et des baigneurs batifolant dans la grande bleue.

Pour vous rendre à Sounion en transport en commun, ne suivez pas les indications du Routard, il y a beaucoup moins compliqué : le bus orange KTEL passe aussi tout prêt de Syndagma, rue Filellinon, à droite de la place quand on regarde le Parlement. Douze euros soixante pour un trajet aller-retour, qui suit une côte trop bétonnée, peu engageante et monotone. Fort heureusement, Sounion bénéficie encore d’un environnement protégé, puisque classé parmi les dix parcs nationaux de Grèce. Aucune construction anarchique, pas de marchands du temple, le site n’est troublé que par des fouilles archéologiques.

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Que le dieu de la mer possède son temple là où une terre s’achève n’a rien d’étonnant : Zeus le lui aurait accordé pour calmer sa fureur d’avoir été recalé, comme protecteur d’Athènes, au profit d’Athéna. C’est aussi de ce promontoire que le roi Égée se serait jeté dans les flots par désespoir, croyant son fils Thésée occis par le Minotaure, en distinguant les voiles noires de son navire, que l’on avait oublié de remplacer au retour par des blanches.

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Mais plus qu’un simple temple, Sounion est depuis le VIIe siècle av. J.-C. un sanctuaire archaïque, un vaste site où deux cultes étaient rendus à deux endroits distants de 500 mètres : celui de Poséidon à l’aplomb de la mer, majestueux et imposant, et celui d’Athèna, modeste, sur une colline plus au nord et dont il ne reste que peu de vestiges. Les somptueux et imposants kouroi, que l’on peut admirer au Musée Archéologique d’Athènes, datent de cette époque (615-590 av. J.-C.) ; ils étaient au total dix sept, certains haut de trois mètres, dressés dans le téménos ; ces géants de marbre devaient faire un fameux effet aux marins qui doublaient le cap… Et c’est au début du Ve siècle av. J.-C. qu’un premier temple fut construit dans l’enceinte sacrée de Poséidon : il fut détruit par les Perses en 480, avant même l’achèvement de sa construction. Un second temple fut élevé sur le même plan, entre 450 et 440, dont il ne reste aujourd’hui qu’une sorte de carcasse dégraissée. En 412, les Athéniens bâtirent la forteresse de Sounion, qui encerclait largement tout le promontoire et le temple, pour protéger leurs navires transportant le blé des agressions spartiates. Le mur de la forteresse fut ensuite renforcé au IIIe siècle av. J.-C., avec un bastion et un double mur de fortification, au dessus de l’anse où mouillaient les bateaux. Á l’époque romaine, les temples de l’Attique sont abandonnés ou déplacés dans l’Agora d’Athènes. Le temple de Poséidon perd de sa superbe sous Auguste, et est totalement abandonné dès le IIe siècle ap. J.-C.

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Aujourd’hui, si les restes du mur de la forteresse sont bien visibles, on ne peut en dire autant des propylées et des deux portiques, que l’on devine plus qu’autre chose. Mais les vestiges très diminués du téménos sont de toute façon écrasés par la silhouette altière du temple, ces longues colonnes rendues encore plus hautes par l’effet d’optique (diamètre plus large à la base qu’au sommet). On se réjouit presque que le naos pointe aux abonnés absents et que la lumière puisse jouer sur toute la rondeur du marbre. Six colonnes au Nord, neuf au Sud, leurs architraves, deux pilastres, une unique colonne du pronaos… et c’est tout. Et cela suffit pour vous laisser tout ému devant cette succession de pleins, de vides, de courbes, de creux, telle une épure, une esquisse qui griffe le bleu du ciel d’un fin pinceau blanc. On se pose alors sous son ombre, les yeux portés vers le large, effleuré par la brise, bercé par la mélancolie d’un « culte déserté, d’un dieu négligé, immergé dans l’absence ».*

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* Jean Starobinski in L’invention de la liberté, 1964

 

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