30 août 2015

De la querelle des anciens et des modernes pour un opéra monté en version XVIIIe.

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Hippolyte et Aricie (1733)

Jean-Philippe Rameau - Enregistré à l'opéra Garnier 2012 (Création au Capitole en 2009) / DVD 2014

Á un an d'écart, Glyndebourne et Paris ont proposé deux versions du premier opéra de Rameau, aux antipodes l'une de l'autre. Là où les Anglais ramènent l'œuvre vers un univers contemporain, loufoque, décapant, avec de vrais choix scéniques et dramatiques tranchés, le metteur en scène Yvan Alexandre choisit de rester dans l'univers et le siècle du compositeur : éclairage feutré, décor de toiles peintes rouge éteint, costumes fabuleusement travaillés, danses, gestes et poses tout droit venus d'une autre époque, machinerie fantastique... L'habillage est somptueux, raffiné, élégant, mais aussi hélas, un peu compassé, raide, statique, corseté dans une tradition qui n'a aujourd'hui plus cours. Bref, ça manque de souffle et de vie.

Yvan Alexandre s'est longuement expliqué sur sa mise en scène dans une interview qui laisse un peu perplexe ; Il s'étend amplement sur la forme "caduque" (sic) de cet opéra, au prétexte que Rameau mêle tragédie et divertissement, Racine et les "rossignols amoureux", Phèdre et les "bondissants moutons". Sa proposition, "pour à la fois déployer les fastes propres à la tragédie lyrique, sans y perdre le souffle et le théâtre, et pour ouvrir largement la voie à la danse et aux divertissements sans mettre en péril la tension", se limite à remonter dans le temps. D'abord, faire demi-tour en 1733 est une gageure car nul ne sait à quoi ressemblait une représentation de cet opéra, mais je n'arrive pas bien à cerner l'intérêt de cette régression que rien ne justifie. Il y aurait donc "un ailleurs, qui n'est ni Lully, ni Gluck, ni Berlioz, ni Wagner, qui se nomme Rameau, et qui a plein de choses à nous dire dans sa langue, dans son théâtre. Allons voir !" Serait-il inévitable, inéluctable, de monter des opéras à l'heure de leur création pour les bien comprendre et s'en émerveiller ? Le monsieur n'aurait-il pas tout simplement choisit la facilité, par - au mieux - humilité, - au pire - paresse ? Un tel manque d'audace, de risque, de lecture personnelle et novatrice est un peu décevant. Va-t-on à l'opéra (surtout au tarif prohibitif actuel) pour remettre de la poussière sur le tapis ?

De nombreux spectateurs se sont gaussés des postures rigides, stoïques, frontales au public, des personnages censés échanger entre eux. D'aucuns ont bien tenté de défendre le "style" pour masquer l'absence de direction d'acteurs, voire un certain "hiératisme" qui collerait bien avec le sujet mais difficile de prétendre respecter le théâtre quand on isole et fige des personnages. Yvan Alexandre donne là encore une explication aberrante. Le couple d'amoureux contrariés par Phèdre, Hippolyte et Aricie, ne croise jamais leur regard. Selon le metteur en scène, "si vous laissez les chanteurs se regarder dans les yeux, si vous laissez le psychologisme (diantre !) s'emparer des vers, les alexandrins prennent tout de suite une couleur "conversation à la Coupole" qui sort du cadre". Comme si donc un livret écrit en langue classique générait par nature une situation, une temporalité, des gestes particuliers, auxquels il serait sacrilège de toucher. Nous sommes donc bien dans une mise en scène de musée où Rameau sent la naphtaline.

S'il est vrai que cette "version" bénéficie au moins d'une parfaite synthèse d'un certain "rêve baroque" où tous les éléments du spectacle se répondent en harmonie, est-ce suffisant pour en faire un spectacle du XXIe siècle qui fasse sens, qui ait pour nous une autre résonance qu'une simple émotion esthétique, qu'un vague évocation d'un XVIIIe fantasmé ? Un spectateur a qualifié sur un forum le spectacle "d'ennui luxueux", où la production flatte l'œil au détriment de toute vie sur scène. La formule est assez pertinente, car la débauche de moyens ne comble pas notre attente d'énergie, de mouvements, de sentiments si tragiques soient-ils, d'émotions, de théâtre, en somme. Car si la partition est, elle, gravée dans le marbre, la mise en scène est l'unique possibilité d'éclairer un texte vieux de plusieurs siècles, d'en extraire la substantifique moelle tout en nous le rendant accessible, intelligible, compréhensible. J'ai longuement ronchonné contre le Cadmus et Hermione et son épouvantable reconstitution de carton-pâte à la bougie, plombé par la diction à l'ancienne, aussi laide qu'insupportable. Sans tomber dans des travers aussi manifestes, cette version d'Hippolyte et Aricie nous donne l'impression d'un rendez-vous manqué, d'un "tout cela pour cela", où les rares hardiesses de mise en scène (comme l'acte II dans les enfers de Pluton) sont étouffées sous le poids des conventions imposées sans raison.

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Cette chape qui pèse sur les relations entre les personnages empêche les chanteurs d'ouvrir les vannes et la voix. Sarah Conolly est une Phèdre baîllonée, sous-exploitée, qui ruse comme elle peut pour livrer un peu de tragédie et de passion ; ce muselage revendiqué, Yvan Alexandre s'en explique par une remarque surréaliste : "Phèdre est un corset qui craque, un volcan qui fume. Si j'abandonne l'interprète à sa seule spontanéité, elle risque de pencher vers Elektra, ou vers la Blanche du Tramway de Tennessee Williams". Ben voyons ! Hormis Stéphane Degout et Jaël Azzaretti (mais l'acte des Enfers, un peu en décalage dans l'œuvre, permet à Thésée de lâcher un tantinet les chevaux, quand le personnage de l'Amour est aussi le seul à amener de la vie dans cette "continence" de bon ton), tous les chanteurs chantent en retenue. Les projections sont flottantes, le vibrato d'Anne-Catherine Gillet trop sage, le pauvre Hippolyte de Topi Lehtipuu disparait derrière la gestuelle édictée et se perd littéralement sur la plateau, quant à François Lis (Pluton) relégué en fond de scène, il peine à être audible.

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C'est tout de même effrayant qu'une mise en scène fossilisée et des choix très douteux torpillent la partition de Rameau, dirigée de plus un peu mollement par Emmanuelle Haïm. Ce soir, Arte retransmettait le concert d'inauguration de la Philharmonie mené tambour battant par un William Christie farceur, espiègle, inspiré ; son Rameau des Indes Galantes (chantées de plus par Danielle de Niese) avaient une autre sonorité, une autre cadence, une tout autre tenue et cela fait du bien !

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12 août 2015

Lesbos - Plomari

Dernier post consacré à un coup de foudre fortuit et assez surprenant pour Plomari et ses abords. Logés sur la côte Sud, à Agios Isidoros, un peu dépourvu d’intérêt et de taverne, mais formidablement bien situé les pieds dans la grande bleue, nous avons dû passer par la case Plomari pour nous caler l’estomac. Pourtant, le tout premier contact matinal n’avait provoqué aucune béguin, tant la route qui longe le port ne casse pas des briques ; des bâtiments modernes, une grande place mal fichue, ultra-bruyante, un trafic horripilant et un port tartignole. Descendant de Molyvos, bien décidée à étriller tous les villages qui s’écarteraient du charme très addictif de notre premier point de chute, j’avais trouvé matière à raillerie. 

Parti-pris consternant. Car Plomari, le vrai Plomari, se découvre à l’arrière du front de mer, de part et d’autre du cours de la rivière Sedounda* qui trace un large ravin. La ville date de 1842, lorsque les habitants du village de Megalohori, situé à 10 kilomètres sur les hauteurs, descendirent vers la mer, après trois années consécutives d’incendies destructeurs. Ils bâtirent une ville en amphithéâtre, développèrent des chantiers navals sur le port, et Plomari devint un carrefour commercial et industriel florissant, densément peuplé, comptant un nombre impressionnant de pressoirs à olives, de savonneries, d’usines de talc, de moulins, et de fabriques d’ouzo. L’interruption des échanges commerciaux avec l’Asie mineure dans les années vingt sonna la fin de cette prospérité.

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Mais aujourd’hui, on lit encore le tissu urbain de la ville à l’aune de cet essor économique, car l’architecture civile et industrielle est restée intacte : les maisons simples des ouvriers des chantiers navals et des pêcheurs dans le quartier de Tarsanas, les demeures anciennes « orientalisées » dans le vieux quartier d’Aghios Nikolaos. Le long de la Sedounda, les maisons de maître néoclassiques des propriétaires des huileries et savonneries ; plus haut, sur les deux rives, celles des employés des usines, et plus haut encore, quelques vieilles fermes très usées, toujours en activité. Suivre la rivière est une très jolie balade dans le temps, car toutes les usines, les tanneries, les savonneries, certes désaffectées, sont toujours debout. Elles en imposent encore avec leurs belles constructions altières et leur matériel intact qui dort sagement dans leur ventre.

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Oui, les habitants de Plomari se garent et roulent DANS la rivière...

Attention, si comme nous vous avez des envies de forcer un peu les portes, c’est à vos risques et périls, car certains planchers sont souvent à bout de course.

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On peut facilement passer une matinée entière à explorer ces bâtiments vieillissants, à grimper des escaliers dérobés, à suivre des ruelles si étroites qu’on n’y passe pas à deux de front, à admirer les vieilles portes ornementées, les balcons travaillés, les structures de pierre et de bois, les premiers étages tarabiscotés qui s’avancent en saillie…

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Maison de maître

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Maison d'ouvrier

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Ferme toujours en activité, si si !

On peut redescendre par le quartier des artisans, où subsistent de très vieux ateliers, des manufactures de cuir, des ébénisteries, de minuscules distilleries d’ouzo (qui embaument à trois rues), avant d’arriver dans le vieux quartier, dit Platanos (l’arbre séculaire aurait été planté là en 1813…), ombragé et calme, repère de tavernes désuètes mais savoureuses. 

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Nous avons rapidement pris nos habitudes sur la πλατεια Βενιαμιν ο Λεσβιος **, bordée d’archaïques kafenio figés dans un autre temps. Pas une femme dans les parages, juste des παππουδες sirotant leur café, humant l’air du jour ou jouant au tavli. Le Kafeneio Koytzamani possède une petite terrasse pour profiter du spectacle de la place vers 20h, lorsque l’activité de l’après-midi bat son plein : les habitants viennent faire leurs courses dans le quartier, s’interpellent, braillent, vocifèrent dans leur portable, s’asticotent pour mieux se taper sur l’épaule ensuite, se garent n’importe où… On ne se lasse pas de cette ambiance tonique et un brin sonore. On vient pour le café du matin (excellente boulangerie à deux pas), pour la Fix en fin de matinée et pour l’apéro du soir. Avec deux trois mots de grec, on se fait vite adopter par les consommateurs hors d’âge locaux, qui cherchent loin dans leur mémoire leurs rudiments de français : ambiance conviviale assurée. À l’étage, on trouve le musée folklorique de Plomari, fermé par défaut, sauf si vous demandez très gentiment la clef au propriétaire du café. Le lieu regorge de vêtements, d’objets, de livres, de photos d’une ville  qui construisait son futur industriel. Pas incontournable mais intéressant.

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En rentrant de Plomari vers Agios Isidoros, la route longe l’ancienne savonnerie Xypteras haute de trois étages, éclairée de nuit intra-muros.  Bien sûr, nous avons foncé découvrir de l’intérieur le bâtiment (encore une fois, rien n’est sécurisé, prudence donc si vous enjambez la planche censée fermer l’entrée) et nous avons découvert un espace magnifique, digne d’un décor d’opéra, peuplé uniquement d’oiseaux qui se sont envolés à notre arrivée. Quelle idée formidable de mettre ainsi en valeur à coût réduit la mémoire de la ville !

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Il y a de belles balades à faire en suivant les gorges de la rivière Sedounda qui creusent une région montagneuse : la nature y est luxuriante, riche de sources, mélange d’oliviers, de hauts  cyprès et de platanes ; le vert omniprésent n’est troublé que du gris des petits ponts de bois, des pierres des moulins à olives, des chapelles oubliées, des petites maisons basses délabrées... un paysage assez éloigné de ceux que l’on imagine quand on pense à la Grèce, mais peu touché encore par l’homme et indubitablement authentique.

 

* Plomari s’est d’abord appelé Potamos (ο ποταμος = la rivière).

** Benjamin de Lesbos est un moine, érudit et professeur, né sur les hauteurs de l’actuelle Plomari en 1759 ou 1762.

 

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01 août 2015

Karaghiozis… si vous en voulez un peu plus.

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Karaghiozis – en turc Karagöz, occidentalisé-romanisé en Karagheuz ou Caragueuz ; étymologiquement, l’homme « à l’œil noir ».

Figure centrale du théâtre d’ombres et de marionnettes, Karagheuz a été naturalisé Grec au milieu du XIXè siècle, pour donner même par suite son nom au genre. Si, linguistiquement parlant, son origine turque ne saurait être mise en doute, sa transmission historique reste, et depuis plus d’un lustre, l’objet de houleux débats.

Il faut dire que les voyageurs-témoins occidentaux – écrivains-voyageurs, administrateurs, militaires... –, puis, a fortiori, les premiers historiens ou exégètes, se trouvèrent eux-mêmes fort désemparés devant ce type de spectacle, organisé primitivement, sélectivement, à l’occasion de fêtes (fin du ramadan, cérémonie de la circoncision, mariages), et devenu un spectacle populaire de rue, animant (nocturnement) les multiples cafés, puis de véritables « théâtres ».

Chacun d’en appeler alors, par simple homonymie et sans autre preuve, à des origines chinoises, en faisant à l’extrême, via la « lanterne magique », un ancêtre du cinématographe, le rattachant, à nouveau par homonymie, et sans plus de peur de l’anachronisme, au théâtre d’ombres montmartrois du Chat noir ! Bref, Karagheuz, c’était « le Punch pour l’Angleterre, Casperl pour l’Autriche, Polichinelle pour la France, Pulcinella pour les Napolitains... », “à une différence près”, furent tout de même contraints de souligner, unaniment, tous les commentateurs. Mais donc laquelle ? que l’on n’ose même plus souligner aujourd’hui.

Karagheuz, c’était l’ « anarchiste absolu », au sens où l’entendra Alfred Jarry en créant son père Ubu, défiant tous les pouvoirs, toutes les conventions, défenseur des pauvres contre les riches, et n’hésitant pas à descendre jusque dans la simple vie quotidienne pour y dénoncer la moindre inégalité. Cela, originellement, armé d’une seule arme, « la chose qui gêne », un hénaurme phallus. Les Grecs purent alors rattraper leur “retard épistémologique”, rappelant leur antique culte de Priape, pour la bouffonnerie, les comédies d’Aristophane, voire, pour la mise en scène, la caverne de Platon.

Du karaghiosis grec avant le début du XXe siècle, nous ne savons de fait que peu de choses : des mémoires plus que tardives, des textes censurés... L’homme « à l’œil noir » semble apparu à Ioannina, en Épire / Albanie, alors sous domination turque, au tournant du XVIIIe-XIXe siècle. On l’aurait repéré ensuite à Nauplie en 1841, à Athènes - à Plaka - en 1852, à Patras en 1890. La mémoire a surtout conservé les noms des plus importants « καραγκιοζοπαίκτης » (montreur de marionnettes) : Γιάννης B/Μπράχαλης / Iannis Brakhalis, arrivé de Turquie à Nauplie début 1840, puis s’illustrant au Pirée ; et Δημήτριος Σαρδούνης / Dimitrios Sardounis (1859-1912), qui prit le pseudonyme de Μίμαρος / Mimaros, installé à Patras, retenu comme celui qui a “hellénisé” Karagheuz, c’est-à-dire qui, anticipant sur toute censure, a gommé tous ses “débordements”, pour en faire un spectacle disant viser « tout public » – lors même, soulignons-le, que femmes et enfants, au grand dam des moralistes, y étaient antérieurement, amplement présents... Fini donc le phallus ; on ne trouve plus à sa place qu’un bras démesuré, accompagné éventuellement d’un pâle gourdin.

Nombre de montreurs se sont néanmoins depuis illustrés, et bon gré mal gré, – malgré le cinéma, malgré la télévision –, « le spectacle continue » : nous en avons retrouvé plus que trace, et par les affiches, à Paros, à Mytilène... Athènes recèle même deux petits « trésors » ou merveilles : les archives accumulées par la génération Spatharis [Sotiris S. (1892-1974), Eugenios S. (1924-2009)], très officiellement léguées à la municipalité de Maroussi en 1995, mais qui, depuis la mort de leur donateur, restent obstinément fermées au public ; celles de la génération Charidimos [Christos Ch. (1895-1970), Giorgios Ch. [1924-1996], léguées à la ville d’Athènes et abritées au « Centre Mélina [Mercouri] », ouvert gratuitement au public, entretenues activement par le dernier descendant, Sotiris.

J-P, le complice des expéditions

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26 juillet 2015

Karaghiozis pour les néophytes ou les curieux - le Melina Culturel Center d'Athènes

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Le personnage incontournable du théâtre turc et grec n'est pas le premier rendez-vous prévu lorsque l'on se rend à Athènes, c'est un fait. L'Acropole, les musées, l'agora, Plaka, le Lycabette, les îles saroniques toutes proches, Nauplie à un saut de bus... les jours défilent vite, surtout lors d'une première visite. Même lorsque l'on devient familiers des lieux, on se surprend à faire et à refaire les mêmes parcours, comme on viendrait rendre visite à un ami pour connaître son humeur du moment : en somme, on fait le tour du propriétaire, en fulminant si nos repères et nos habitudes sont bousculés (comme le bâchage tout vilain et inopiné de la Tour des Vents de l'agora romaine, - passage obligé sur le chemin de chaque premier apéro athénien sur Adrianou -, qui nous a laissé bien perplexes et  chiffonnés).

Mais on fait aussi la danse de la joie quand on tombe sur un endroit encore inexploré, surtout lorsqu'il satisfait une de nos marottes. Entre Thissio et Gazi, une ancienne fabrique de chapeaux abrite le Melina Culturel Center, qui consacre son rez-de-chaussée au théâtre d'ombres et de marionnettes. Plus mal balisé, on ne fait pas, aucun panneau ne l'indique lorsque l'on arrive de la station de métro Keramikos ; heureusement que les gens du coin sont bien urbains.

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Ma moitié visite en familier les théâtres d'ombres d'ici et d'ailleurs, pille sur le sujet les rayons de la librairie Politeia* à chaque voyage et m'entraîne à sa suite dans tous les lieux qui pourraient éclairer ses lanternes sur le Karaghiozis, à la fois personnage et genre à part entière. Il arrive que nous fassions chou blanc (musée ou théâtre privé fermé) mais aussi que la grâce nous tombe dessus. C'est un peu ce qui c'est passé quand nous avons poussé les portes du Melina Culturel Center à la recherche de la figure emblématique du "Guignol" grec ;  la famille Charidimos a légué au centre tout son matériel de conception, de création, de représentation de ce théâtre populaire très insolent, qui fait rire tous les Grecs, du bambin aux têtes chenues. Les figurines plates, articulées, sont manipulées derrière un écran éclairé par un "montreur d'ombres", avec grand renfort de bruitages variés et de textes improvisés. Les histoires s'inspirent autant de la mythologie, de la vie quotidienne des Grecs que de l'actualité politique et sociale. Si Karaghiozis reste un pauvre bougre toujours affamé, lesté d'enfants, manœuvrant avec habilité et fourberie pour triompher des puissants, il est aussi un infatigable vecteur de résistance à toutes les oppressions ; ce qui, vu les occupants de la Grèce, d'hier et d'aujourd'hui, explique sans doute son irréductible popularité.

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La famille Charidimos** met donc sous le regard des visiteurs un fond de 900 pièces, autour du travail des trois membres actifs du clan, outils, matériaux (papier, carton, cuir, métal....), décors peints sur toile, techniques (pantins ciselés ou peints) mais aussi une kyrielle de personnages, de photos, d'images d'archives. Les deux demoiselles qui vous accueillent tout sourire, vous aident (en anglais) à mieux appréhender cette profusion et à vous y retrouver dans l'évolution des procédés et du métier en lui-même.

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Au moment de quitter le musée, nous sommes tombés nez-à-nez avec Sotiris Charidimos en personne, dernier "dessinateur/graphiste" de personnages du théâtre d'ombres. L'homme est très accessible, avenant, accueillant, jusqu'à nous ouvrir son espace privé de travail. Nous resterons sidérés devant cette bienveillance et une simplicité manifeste. Nous aurons même droit à un découpage original d'un Karaghiozis à main levée, effectué avec une virtuosité prodigieuse.

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Ce lieu est entièrement libre d'accès, pour garder l'esprit du théâtre populaire, ouvert à tous. La ville d'Athènes ne voit pas cette gratuité d'un bon œil et n'aide en rien le musée à se faire connaître, puisqu'il ne rapporte pas grand' chose, au seul point de vue pécuniaire. C'est bien dommage.  Si vous passez par Athènes, si vous êtes blogueur, fidèle des réseaux sociaux, prof, journaliste ou simple curieux, donnez un petit coup de main au musée en faisant de lui le nouvel endroit incontournable d'Athènes, pour cerner un peu mieux l'âme grecque par son théâtre d'ombres. Le quartier de Gazi, branché et fêtard vaut déjà le détour ; il aura désormais son alibi culturel.

Melina Culturel Center, à l'angle de Heraklidon et de Thessalonikis, station Keramikos / Ouvert du mardi au samedi de 10h à 20h, 14h le samedi. Le Routard le mentionne enfin...

* librairie sur Asklipiou, à côté d'Akadimias (station Panepistimio)

** Sotiris Charidimos, toujours bien vaillant (né en 1941) est le fils du "montreur d'ombres" du Pirée Christos Charidimos (1895 - 1970) et frère de Giorgos Charidimos (1924 - 1996), lui aussi "montreur d'ombres".

 

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19 juillet 2015

Lesbos - un peu plus à l’Est

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C’est peu dire que nous n’avons pas du tout accroché avec Mytilène-ville. Pourtant, on ne peut pas nier qu’elle abrite de bien jolies maisons néoclassiques, une belle lumière quand tombe le jour, un port plein de vie, de remarquables mosaïques au nouveau musée archéologique, mais non, rien à faire, cette cité de 30 000 habitants est horripilante : trop grande, excessivement bruyante, mal pensée, pas pratique, brouillonne, décousue. En voiture, c’est un cauchemar, à pied, une purge ! Des voitures dans tous les sens, des scooters téméraires, voire inconséquents, des taxis psychopathes qui ignorent tout du code de la route, cette ville est le règne des dangereux sans-gêne sur roues. Impossible de flâner, de prendre son temps, de lever le museau, le tintamarre des klaxons vous accompagne partout. Seule solution, sortir de la ville jusqu’au kastro et l’ancien port, pour respirer un peu et mettre ses tympans au repos.

Nous avons donc totalement délaissé Mytilène-ville et ses alentours, pour suivre immédiatement la route de la côte qui remonte jusqu’à Mandamatos. Premier arrêt pour Moria, dont le seul nom fait rêver tous les familiers de la Terre du Milieu. Nulles mines pourtant à la sortie du petit village tranquille, nuls nains armés de hache, mais un très bel aqueduc romain (bâti entre le II et le IIIe pour alimenter la cité de Mytilène), qui enjambe une vallée d’oliviers et de lauriers-roses. L’ouvrage, conçu pour une importante quantité d’eau qui dévalait depuis le Mont Olymbos (source proche d’Agiassos), est encore debout sur 170 mètres. Une seule ouverture entre deux colonnes possède encore ses trois arches empilées mais l’ouvrage, en restauration, a encore vraiment fière allure. Haut de 27 mètres, construit en marbre gris, il reste imposant, presque majestueux dans le silence absolu du site.

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Plus loin, toujours en longeant la mer, on tombe sur Thermi, un ensemble de trois villages (Pyrgi Thermis, Paralia Thermis et Loutropoli Thermis), qui demande une bonne demi-journée de visite : le vieux village de Pyrgi doit son nom aux demeures fortifiées construites par les Turcs et les riches habitants de Mytilène-ville, des "tours-habitations" dotées de murs de pierre et de balcons. Très peu sont aujourd'hui visibles, alors nous avons doucement poussé le portail d'une maison privée bien restaurée pour en admirer l'architecture, sans que son propriétaire nous cherche des noises.

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Thermi abrite aussi un site archéologique fouillé dans les années 1930 par une Américaine, Winifred Lamb, qui mit au jour les preuves de cinq implantations successives, entre 3200 et 2400 av J.-C. Le lieu fut abandonné vers 1200 av J.-C. après un gigantesque incendie. Les excavations en strates, les poteries, les foyers,  les outils, les matériaux, relient les différentes couches avec les trois civilisations de l'âge de bronze : civilisation d'abord cycladique, minoenne puis enfin mycénienne. Si les vestiges sont aujourd'hui peu lisibles, on comprend mieux l'enchaînement des constructions grâce au film pédagogique que l'on peut voir à l'entrée du site. Pourquoi cette présence humaine ininterrompue sur une si longue période ? 

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Les inscriptions retrouvées, les éléments architecturaux, les bâtiments religieux dispersés tout autour du lieu témoignent de l'importance de cette ville plusieurs fois reconstruite comme centre religieux et thérapeutique. La présence d'un temple dédié à Artémis, protectrice des sources, n'est pas une coïncidence à... Thermi. La région regorge de sources thermales riches d'une eau chargée en fer, souveraine pour une palanquée de maux. Si beaucoup de bains sont aujourd'hui fermés, on tombe presque sans le vouloir sur des restes d'anciennes installations, des citernes, de vieilles canalisations, dès que l'on tourne la tête.

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Nous avons surtout passé un long moment à fureter dans l’ancien hôtel Sarlitza Pallas de Loutropoli Thermis, vieux complexe de cure construit en 1909, aujourd’hui agonisant dans une nature qui a repris ses droits. Imaginez le Grand Hôtel des Bains du Lido pour le standing et le prestige, expirant, érodé et déliquescent. Le nom du palace est turc, comme l’était son premier propriétaire (sari = jaune, litza = eau curative) - on remarque en effet que les bassins où l’on faisait trempette ont gardé des traces jaunes orangées des eaux chaudes ferrugineuses. Pendant une trentaine d’années, l’hôtel, passé dans des mains grecques, attire les riches curistes européens (têtes couronnées, prélats, célébrités…) jusqu’aux prémices de la Seconde Guerre mondiale, qui renvoient tout ce beau monde à d’autres priorités. Définitivement fermé en 1970, le Sarlitza Pallas devait bénéficier de travaux de réhabilitation, avant que le pays ne soit asphyxié par les plans de relance. 

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Les jardins, les bâtiments de cure, l’hôtel en lui-même sont laissés en l’état (ne surtout pas rentrer dans la construction principale avec des enfants, les parquets sont croulants, les escaliers brinquebalants…) et on se balade dans cette splendeur déchue avec un brin de nostalgie, une sorte de mélancolie diffuse pour ce qui n’est plus mais qui a fait les grandes heures de l’île de Lesbos.

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08 juillet 2015

Lesbos - La boucle du Sud, carrément frustrante.

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Le triangle méridional de l’île est étranglé à son sommet par deux golfes aux eaux placides, qui délimitent une région sereine, tranquille, autour du Mont Olymbos.  L’Est du golfe de Kalloni abrite des marais salants et une réserve ornithologique classée Natura 2000, qui drainent en ce début mai une foule de connaisseurs, armés de leurs seuls téléobjectifs. C’est une des rares îles visitées qui bénéficie d’un tourisme vert, respectueux des sites naturels, où l’on dédaigne la bronzette au profit de longues heures passées à scruter les bêtes à plumes. Nous croiserons souvent dans les tavernes du Sud ces groupes de Hollandais et d’Allemands enthousiastes, toqués d’oiseaux, drapés de vert, encombrés d’un lourd matériel.

De Kalloni, nous sommes descendus vers Agiassos, village traditionnel vanté par tous les guides, construit en amphithéâtre sur un des versant d’Olymbos : maisons imbriquées, serrées pour se tenir d’aplomb, toits de tuiles rouges, façades colorées, ruelles pavées escarpées, impasses soudaines, escaliers raides, inclinaison très marquée, Agiassos semble vraiment dégringoler sur toute la pente. Mon sens de l’orientation en coma dépassé, m’a amenée à tourner en rond durant 20 minutes dans ce labyrinthe, avant de me résoudre à demander mon chemin (pendant que J-P, plus doué pour se repérer par rapport au soleil, m’attendait goguenard devant un ouzo bien frais). Surtout, ne commettez pas l’erreur de vouloir vous engager dans ces étroits boyaux qui servent de rues avec votre voiture, traquenard dédaléen à sens unique assuré.

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Au bas du village, se regroupent les cafés, les tavernes, les boutiques de bois sculptées, un petit marché. Nous avons été absolument hermétiques au charme frelaté du lieu, beaucoup trop attrape-nigauds pour nous (Poulaki mou trouvera bizarre de rester insensible au charme d’Agiassos quand je pare Molyvos, beaucoup plus touristique, de toutes les vertus, mais c’est ainsi). Une église du XIIè, très chargée, renferme là aussi une icone "miraculeuse", objet d’un culte toujours actif chez les locaux.

Bref, nous avons quitté Agiassos insatisfaits, un peu frustrés, rattrapant la route qui longe le golfe de Yera. Le rivage du golfe est on ne peut plus paisible, bordé de roseaux et de cyprès, ponctué de petits ports endormis où clapotent quelques barques de pêche. On continue jusqu’à Pérama, ancien centre "industriel", doté de hangars désaffectés, d’usines silencieuses et de cheminées assoupies. Rien de sinistre, les bâtiments s’effacent doucement.

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La route vire vers l’intérieur et on traverse ensuite de jolis villages tout simples, en longeant une rivière ombragée de platanes, avant d’arriver à Trygonas. De là, cap sur Agios Isidoros, à quelques kilomètres de Plomari, où nous logeons au bord d’une plage plus avenante que de coutume à Lesbos.

Agios Isodoros

Le petit village d’Agios Isidoros n’a en lui-même aucun intérêt majeur, pas même une bonne taverne ouverte en ce début de saison, si ce n’est son emplacement les pieds dans l’eau et notre lieu de villégiature "Pano sto kima". Je reviendrai longuement sur Plomari, tant ce gros bourg s’est révélé un coup de cœur, bien inattendu, de cette côte Sud.

Passé Plomari, en suivant la route de la mer, on atteint Melinda, tout petit village de poupées, caché au creux d’une crique de galets. Quelques tavernes, une poignées de chambres à louer, une mer plus nerveuse, des embruns et du vent, un lieu retiré mais en rien délaissé, où se retrouvent chaque année les mêmes amoureux du silence et de l’isolement. Rien de dénaturé, de ripoliné pour les touristes, c’est brut de décoffrage.

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La route qui quitte Melinda se perd ensuite dans la montagne, asphaltée d’abord puis simple piste, praticable à vitesse raisonnable. On ne croise pas foule sur ce versant du mont Olymbos, silencieux et rugueux. On peut ensuite, partir vers Vatera, station balnéaire pas très engageante mais dotée d’une vraie longue plage de sable, qui conviendra aux familles avec enfants. Le lieu est tout de même décentré et sans charme, plat et monotone. Nous avons tenté de remonter par Polichnitos, puis jusqu’à Nifida (la pointe la plus à l’Ouest de cette côte Sud) mais nous n’y avons rien trouvé pour nous enthousiasmer. En fait, passé Mélinda, le paysage devient étonnamment quelconque, les villages sans identité, le bord de mer piteux. Il s’agit de la seule partie de l’île qui nous semble dénuée de saveur, de consistance. Il faudra donc privilégier l’Est de cette côte Sud, qui permet aussi de rayonner vers Mytilène-ville, Moria, Thermis et les sites archéologiques de l’île. 

 

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01 juillet 2015

Lesbos - La route de l'Ouest

La boucle que nous avons effectuée vers la partie Ouest de Lesbos requiert une vraie grosse journée bien chargée, à condition de faire l’impasse sur l’étape baignade ; sinon, prévoir une halte nocturne à Sigri ou Skala Eressou.

Départ à la fraîche du port de Molyvos, arrêt pour un deuxième, voire troisième café à Pétra (il est toujours pour nous impossible de nous lancer sur les routes sans ce petit rebond caféiné, nécessaire pour s’extirper de dessous la glycine, sans trop de flemme) et direction Vatoussa, puis Antissa, villages traditionnels* de l’intérieur des terres. Le paysage change doucement, il se déshydrate, les arbres haut-perchés disparaissent au profit des broussailles, des arbustes, d’un maquis de plantes odorantes qui libèrent toute leur puissance olfactive sous la chaleur. Le vert foncé et les tapis de fleurs jaune pétant, font place à l’ocre, au vert amande, à des teintes décolorées par le soleil. Cette région de Lesbos, volcanique, pierreuse, âpre, abrite des villages séculaires au pied des « montagnes » : mêmes maisons aux tuiles rouges, même silence, même placette lovée sous les platanes, mêmes ruelles qui grimpent, mêmes mamies taiseuses, mêmes tavernes d’un autre âge, une Grèce prodigieusement éloignée des Santorins frelatés et consorts…  

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Á Antissa, on peut partir sur la droite vers Gavvathas, une des rares plages de l’île digne de ce nom. Mais nous préférons visiter le monastère d’Ypsilou, et prendre un peu de temps dans les collines rocheuses pour admirer le paysage rocailleux, qui me rappelle un peu la pointe Est de la Crète. C’est après le monastère que l’on accède à la Forêt pétrifiée, vaste étendue rêche et pelées qui aurait abrité, il y a vingt millions d’années, une forêt subtropicale. Ce patrimoine géologique rare est issu de l’intense activité volcanique de la région ; les éruptions de l’époque ont provoqué d’énormes quantités de lave et de cendres. Les troncs d’arbres pétrifiés, fossilisés, en très bon état, abondent sur un site vaste, en pente douce où il fait bon se promener. Certes, ces souches d’un autre temps sont étonnantes mais elles se ressemblent malgré tout toutes un peu. Et l’on finit par davantage apprécier la balade pour la sérénité de l’endroit, la vue magnifique, le calme et l’odeur de dictame, que pour les troncs fossilisés.

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Surtout qu’on en retrouve tout du long de la route qui mène au port de Sigri, à l’extrème pointe Ouest, petit port tranquille, parfait pour une pause déjeuner. Comme à Molyvos et Mytilène, présence d’un kastro, qui s’écroule un peu faute de moyens pour le restaurer. Nous croiserons un ancien hammam ottoman (le frère jumeau de celui de Tinos), qui, lui aussi, périclite doucement, sans que personne ne semble vouloir en prendre soin. 

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La route descend ensuite vers Eressos, puis Skala Eressou. On retrouve à Eressos les caractéristiques des villages de l’intérieur entourés de collines rocailleuses (maisons de pierre, tuiles rouges...) avant de prendre une bonne bouffée d’embruns dans ce qui serait la ville natale de Sappho. La présence de la poétesse y est fort discrète (quelques statues, toutes plus affreuses les unes que les autres), et la station balnéaire, en mai, tourne au ralenti. Mais la plage est l’une des plus belles de l’île, longue et large, malmenée par une mer tonique et turbulente, qui nous change des eaux apathiques des deux golfes. Les tavernes et les cafés colorés du front de mer alignent des balcons de bois au dessus des eaux, épousant la baie entre deux petits caps.

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Nul besoin d’être une fille qui préfère les filles pour se sentir bien à Skala Eressou ; le lieu dégage de bonnes ondes, une ambiance conviviale, cool et amicale. On s’affale sur des coussins en sirotant un bon cocktail sans voir le temps passer et l’on est tout surpris de voir déjà le soleil se coucher. En remontant vers Molyvos, on se dit qu’il faudrait revenir vers cet Ouest, car nous avons fait l’impasse sur d’autres monastères, d’autres villages, d’autres lieux certainement moins évidents, qui demandent plus d’attention, de fouille et de quête, que cette première prise de contact avec Lesbos. Le sourire béat de ma moitié en dit long ; si demain nous partons vers le Sud, nous reviendrons inévitablement ici arpenter d’autres chemins.

 

* Plusieurs villages importants de Lesbos portent les noms des enfants du roi Macarée, un Pélasgien (donc, un Grec d’avant, un préhellénique), comme Méthymne, Mytilène, Antissa ou Eressos.

 

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24 juin 2015

Anniversaires en famille...

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Merci aux habitants de la Yaute 

- pour ce joli week-end au grand air,

- pour le chocolat suisse,

- pour le fromage des alpages (déjà plus de « crayeuse », c’est la cata !),

- pour le délicieux repas au bord du lac,

- pour l’ambiance relax,

- pour les bonnes ondes des deux champions.

Bisous tout plein !!

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17 juin 2015

Lesbos - Monastères des plaines et des hauteurs

Sur une île qui s’affale copieusement sur la mer, les monastères, les kastros, les sites archéologiques et les jolies chapelles sont légion, du moins sur le papier. Á moult reprises, nous avons dû déchanter en trouvant portes closes : crise économique qui s’éternise oblige, le Ministère de la Culture n’a plus les moyens d’assurer les salaires des gardiens, d’entretenir les sites, encore moins de rénover. C’est assez rageant, surtout lorsque des guides grecs vieux d’une dizaine d’années nous mettent l’eau à la bouche et que nous faisons chou blanc.

Si nombre de chapelles dérobent désormais leurs fresques à nos regards, les monastères s’ouvrent heureusement encore aux visiteurs.

Sur la route qui traverse la région la plus sèche, les collines les plus déplumées, la végétation la plus rachitique – l’Ouest donc, volcanique et stérile –, on se heurte au mont Ordymnos, au sommet duquel, tel un nid d’aigle, se dresse le monastère d’Ypsilou (υψηλος = haut, élevé) ; ce Neuschwanstein local est une lourde citadelle de pierres et de briques, flanquée d’un mur d’enceinte avec tour carrée à créneaux, lieu idéal pour échapper aux oppresseurs de tous poils et mettre à l’abri les habitants.

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Le lieu, consacré à Ayios Ioannis Théologos Evanguélistis, aurait été fondé entre 800 et 1100, sans doute par un moine revenu de Syrie. On doit ce vide d’archives historiques à l’occupation ottomane (Lesbos est ravie aux Gênois en 1462), qui a fait table rase des manuscrits, des objets précieux et des moines. Le monastère sera reconstruit au XVIème siècle, les peintures de l’église, attribuées à un iconographe crétois, datent elles de 1684. Aujourd’hui, une poignée de moines (un peu rugueux…) vit toujours sur ces hauteurs étrillées par le vent, entretenant de jolis bâtiments bordés d’arcades. Un petit musée est ouvert, qui abrite de vieux écrits, des encycliques, des icônes, des bois peints et des vêtements liturgiques. De la terrasse au-dessus du musée, la vue jusqu’à la mer est absolument phénoménale par grand beau.

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Vers la fôret pétrifiée

 

Ce petit bastion austère, rude, esseulé – mais qui pour moi possède un charme fou –, est à l’opposé du vaste monastère Limonos (à quelques kilomètres de Kalloni), riche, puissant et même un peu arrogant. Il est confortablement posé sur une prairie (λειμων), ses bâtiments, imposants par leur taille, ceints d’un mur protecteur. Son influence déborde de cette limite car les champs qui l’entourent, sur une surface impressionnante, sont piqués de chapelles, de petits oratoires, ronds comme des champignons.

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 Agios Limonos

Le monastère a été fondé en 1526 par Saint Ignace et a abrité durant la domination ottomane un important centre de résistance culturelle. Son histoire, le culte voué au Saint, sa collection d’objets religieux d’une haute valeur (financière autant que spirituelle), sa bibliothèque, son prestige, son autorité, font de lui un des plus importants monastères grecs, toujours en activité. Il est célèbre pour la beauté de l’iconostase de son église, en bois sculpté recouvert d’or et ses fresques. Je suis incapable de vous dire si cette réputation est usurpée ou non, car il est interdit aux femmes de sortir des arcades du cloître et de pénétrer, non seulement dans l’église mais aussi dans la cour. Inutile de préciser que cette ségrégation sexiste d’un autre âge me consterne et que j’ai un peu de mal à concevoir au XXIème siècle, surtout sur l’île de Sappho, cette défiance réactionnaire envers les femmes. Ma moitié qui, lui, était le bienvenu, m’a toutefois confirmé la splendeur certaine de l’église – avec un petit sourire railleur devant mon ébullition mal contenue…

Agios Limonos

 

On visite tout le reste du domaine, des entrepôts d’huile aux cuisines (tiens, là, les femmes sont acceptées !), en passant par les cellules des moines et celle reconstituée du Saint. Les passerelles en bois, sur trois étages, sont un peu bringuebalantes, faire très attention si vous y venez avec de jeunes enfants. Les jardins sont magnifiques, il faut le reconnaître, et l’ensemble, bien entretenu, dégage une atmosphère sereine, paisible, comme ces paons qui se promènent entre les visiteurs.

Agios Limonos  Agios Limonos

Agios Limonos  Agios Limonos

 

Enfin, près du village de Mantamados, tout à l’Est, un petit monastère qui ne paie pas de mine, se trouve être un haut lieu de pèlerinage ; le monastère des Taxiarques (des Archanges) renferme une icône de Saint Michel considérée comme "miraculeuse". Des pirates sarrasins auraient attaqué le monastère et massacré tous les moines à l’exception d’un seul novice, protégé par une vision de l’Archange Michel. Le jeune moine aurait mélangé le sang de ses condisciples à de l’argile, pour sculpter son protecteur et rendre ainsi grâce à l’intervention divine. Depuis 1776, la tête est présentée dans une vitrine ornementée, au pied de laquelle on dépose des souliers en métal, en hommage aux pas de l’archange, qui les chausse pour exaucer les prières des croyants et « se battre pour le Sauveur ». La ferveur sincère qui entoure l’icône en dit long sur la foi orthodoxe... 

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Dans ce monastère aussi, faute de preuves historiques, la date de fondation reste des plus floues : byzantin pour les uns, plus tardif pour les autres, abîmé par les ottomans, reconstruit au XVIIIème et au XIXème, le lieu n’a en lui même pas vraiment d’intérêt ; mais on y passe un agréable moment lorsque des pèlerins grecs débarquent, papotent avec le pope et échangent avec les touristes. 

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10 juin 2015

Lesbos - De part et d'autre de Molyvos...

Lorsque l’on arrive de Mytilène ville, la route intérieure rejoint la côte Nord au niveau de Pétra. Ce tout petit village couché autour d’une baie est un avant-goût de Molyvos, une mise en bouche, un amuse-gueule. Nulle forteresse byzantine sur les hauteurs mais une chapelle perchée sur un rocher, la glycine recouvre également les coquettes rues piétonnes, même plaisir de l’oisiveté et de l’indolence sur la placette où il fait bon vivre, le tout dans un mouchoir de poche. Une plage aussi, tarte, de sable grisâtre grossier, où l’on n’a aucune envie de mettre les pieds.

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Pétra tire donc son patronyme de ce rocher imposant (40 mètres) au sommet duquel est posé la Glykofiloussa Panagia (la Vierge-aux-doux-baisers), construite en 1747, sur les ruines d’une chapelle de 1609. Les 114 marches taillées dans le rocher se montent facilement et la vue dominante sur la baie est bien évidemment magnifique. L’intérieur de l’église à trois nefs n’est pas très intéressant, mais les locaux semblent rendre un véritable culte à l’icône de la Vierge, chargée d’ex-voto : selon la légende, une tempête amena dans la baie de Petra un navire ; son capitaine, qui ne se départait jamais de son icône de la Vierge, fut incapable de remettre la main sur elle. L’icône avait trouvé place en haut du rocher, où elle souhaitait demeurer. Il la ramena dans son bateau, elle disparut de nouveau. La capitaine se plia aux exigences de la Sainte et lui construisit alors une chapelle pour respecter ses vœux.

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Sur le chemin qui mène de la mignonette place centrale de Pétra à la Glykofiloussa, on passe presque sans la voir devant l’église d’Agios Nikolaos, aussi discrète que la Panagia en impose, de toute sa hauteur. Le bâtiment bas à nef unique, restauré en 2011, possède de très belles fresques, de deux époques différentes : la couche picturale antérieure daterait du XVIe siècle, la seconde couche de 1721 selon une inscription. La modestie des lieux, sa petitesse, sa pénombre perpétuelle, la rendent beaucoup attachante et plus appropriée au recueillement que sa proéminente rivale.

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Toujours en bas dans le village, sur la droite, on peut visiter la Maison Vareltzidéna, une demeure de maître (archontiko) du XVIIIe siècle, témoin de la richesse des propriétaires terriens. Le rez-de-chaussée, carrossé de pierres bien lourdes, servait à stocker vins et huiles, tandis que l’étage, léger, en encorbellement, fait de plâtre et de bois, accueillait la famille. L’influence ottomane est visible dans l’agencement des pièces autour d’une grande salle de réception, les peintures murales, les plafonds, le peu de mobilier. La maison est élégante, délicate et raffinée. Restaurée en 2000, elle est un très beau témoignage d’une architecture  que l’on retrouve dans les Balkans et en Asie Mineure.  

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Á l’opposée de Pétra, à droite de Molyvos, que l’on suive les sept kilomètres de piste le long de la mer ou la route intérieure, on arrive à Skala Sykaminias, après avoir dépassé la plage d’Eftalou, elle aussi, peu engageante. Skala Sykaminias est un port de pêche en miniature, flanqué d’une gracieuse chapelle juchée sur un écueil sorti des flots. Pas d’ostentation, de m’as-tu-vu dans ce lieu, c’est coquet, joliet, presque trop, avec cette barque peinturlurée de bleu azur. Je reste un peu hermétique à ce port de poupée, car il manque de vie et de justesse ; autant le port de Molyvos (oui, encore, je sais…) sent le sel, le poisson, le verbe haut, quelque chose de vrai et de spontané, autant Skala Sykaminias est lisse, vernis, trop bien proportionné. Pour faire simple, c’est sage, mignon et touristique en diable.

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