01 avril 2015

Gand, the last - visites en vrac

Le centre historique de Gand nécessite donc une longue journée bien remplie pour en savourer tous les charmes.  Les deux jours suivants, nous les passerons à sillonner les autres quartiers de la ville le nez en l'air, à pousser les portes de quelques musées et à nous perdre dans les ruelles, à vélo. Les petits matins de novembre, la lumière très basse des rayons du soleil joue avec la brume qui tarde à se dissiper sur la Lys, rendant fantomatiques les constructions qui la bordent. Le silence, la léthargie ambiante, l'atmosphère cotonneuse, donnent à ce séjour hivernal dans la ville de Gand une saveur très particulière.

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Nous nous sommes rendus le matin aux deux béguinages que compte la cité flamande. Le premier est situé au Nord Ouest, près de l'ancienne écluse du Rabot. Cet Oud Begijnhof (vieux béguinage de Sainte-Élisabeth) remonte au XIIIe siècle, même s'il n'offre plus du tout aujourd'hui le même visage. Le site est spacieux, ceint d'une double rangée de petites maisons basses et de demeures de briques plus imposantes, autour d'une église et de sa vaste pelouse. Le lieu est à l'abri des nuisances sonores, reposant, apaisant et hors du temps.

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Plus au Sud, le détour par le Klein Begijnhof n'est pas forcément nécessaire : construit à la même époque, il est cependant moins remarquable, moins émouvant que le vieux béguinage. Si la façade de son église baroque est délicate, les bâtiments qui existent encore datent du XVIIe et du XVIIIe, sans rien de singulier qui accroche le regard. Disons que le lieu est bien situé pour faire une petite pause en remontant du Musée des Beaux-Arts, mais il ne mérite pas un détour pour lui-même.

Au sud donc, dans ce quartier des Arts, aux côtés du STAM que nous avons tant apprécié, on trouve le MSK (Musée des Beaux-Arts) et le SMAK (musée d'Art contemporain), - ancien casino de la ville-, tous deux situés à l'orée du Citadelpark, grand espace vert de 16 hectares. Les œuvres du MSK sont exposées aujourd'hui dans un bâtiment construit en 1902, pas terrible d'extérieur mais bien agencé et très lumineux. Le musée en lui-même date de 1798, au moment où les gouvernements autrichien, puis français, confisquaient les biens des églises et des couvents. Cette collection publique est donc d'abord un reflet très riche de l'art flamand du Moyen Âge au XVIIe, avant d'être enrichie de toiles plus récentes, issues de plusieurs courants européens (symbolisme, expressionnisme, surréalisme, jusqu'à Ensor, Delvaux et Magritte). Je fais partie des gens qui saturent assez vite dans un musée, incapables d'absorber un trop plein d'œuvres et qui finissent par ne plus rien voir. J'ai donc privilégié la partie flamande, qui justifie à elle seule la venue au MSK : triptyques religieux, peintures sur bois, les Bosch, les Maerten de Vos, Breughel le jeune, Rubens, Jordaens, van Dyck..., il y a vraiment de belles choses à voir dans ce musée un peu décentré et très calme.

Si vous venez avec des enfants, ils seront sensibles à la mise en espace de la vie quotidienne à Gand au XIXe de la Maison Alijn (Het Huis Van Alijn), située dans le quartier Nord de Patershol. Dans un ensemble de maisons-Dieu restaurées, on découvre un musée populaire qui retrace les grands rituels d'une vie (naissance, mariage, décès) dans des intérieurs reconstitués, des échoppes anciennes, les divertissements d'époque... même si on a plus dix ans depuis longtemps, on se prend vite au jeu de cette restitution très réussie, riche de meubles, d'objets, de photos qui nous familiarise en une heure avec la ville de Gand, et ses us et coutumes d'un autre temps.

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21 mars 2015

Gand, une histoire de quais...

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En sortant du beffroi, nos pas nous ramènent vers la Lys et le pont Saint Michel, où nous n'étions pas seuls à mitrailler cette vue photogénique sur les trois clochers de Gant (la cathédrale, le beffroi et celui de l'église Saint-Nicolas), ainsi que le couvent des Dominicains, de l'autre côté. Certes, cette vue orne tous les guides de la ville mais lorsque les flèches gothiques pointent sur un ciel bleu acier, c'est un vrai saut dans le temps qui s'opère.

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Ce décor de conte perdure dans nos prunelles lorsque l'on glisse vers la gauche, vers ces deux quais emblématiques de l'imagerie de Gand : le Graslei (quai aux Herbes) et le Korenlei (quai au Blé). Le Graslei n'est autre que l'ancien port de Gand, bordé de maisons à pignons, toutes liées au commerce du grain - les Gantois ayant obtenus des privilèges commerciaux qui assuraient la fortune et l'approvisionnement continu de la ville en céréales. Le restaurant Belga Queen a d'ailleurs investi la Maison de l'étape du blé, datée du début XIIIème, imposant grenier trapu de pierres grises. Le quai aligne des demeures de styles variés, du Roman dépouillé au Renaissance plus tarabiscoté de volutes et d'arabesques : Maison des bateliers francs (reconnaissable à la caravelle de pierre au-dessus de la porte), des mesureurs de grains, des maçons, toutes méritent qu'on s'y attarde pour détailler leur façade. Entre deux bâtiments qui portent haut la toute-puissance d'une corporation, on passerait presque à côté de la minuscule Maison de la douane qui nécessite, pour percevoir les taxes, bien moins de mètres carrés que pour entreposer du grain.

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Sur la rive opposée de la Lys, le Korenlei est bordé de maisons plus tardives, baroques et classiques, témoins des évolutions de la société et de la perte des certains avantages : il faut attendre le XVIIIè pour que les bateliers non francs (comprendre non gantois) aient l'autorisation de transporter des marchandises sur la Lys et l'Escaut et s'organisent en corporation. Leur maison, rococo et coiffée d'un navire doré, n'a plus rien à voir avec la magnificence, l'opulence et le pouvoir des bateliers francs d'en face.

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De ces quais qu'on ne se lasse pas d'arpenter de jour de comme nuit, partent de petites embarcations pour des promenades sur la Lys et la Lieve. Nous avons eu de la chance de tomber sur un guide jeune et plein d'humour, heureux d'expliquer l'histoire de sa ville et ses transformations. C'est à faire surtout pour appréhender Gand d'une autre manière (les points de vue à hauteur d'eau sont très différents) et visiter les quartiers Nord, anciens cloaques bordant la Lieve où l'on déversait à peu près tout et n'importe quoi, et où l'espérance de vie ne dépassait pas quarante ans au début du XXème. Les restos et bars branchés mais discrets ont remplacé les tanneries et les ateliers, les bâtiments ont été réhabilités, le coin respire un calme étonnant à quelques centaines de mètres du centre de Gand. La luminosité est magnifique tout au long de la balade, jusqu'au Rabot, ancienne écluse fortifiée qui gardait l'entrée de la ville. Une parenthèse reposante bienvenue  qui n'est pas à négliger quand les mollets commencent à tirer !

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14 mars 2015

Gand, une cathédrale, un chef d'œuvre, un beffroi

Contrairement à Anvers, Gand est une grande cité au centre historique plus vaste. Il demande une bonne journée de visite, que l'on débute souvent par sa cathédrale, pour éviter la cohue devant le joyau "L'Autel de Gand", retable plus communément appelé "L'Agneau mystique". La cathédrale Saint-Bavon (Sintbaafskathedraal) ne laisse aucun souvenir impérissable. Il s'agit d'un bâtiment assez sobre de l'extérieur, presque modeste, doté d'une haute tour épaisse au-dessus du portail. Peu d'ornements, de fioritures, d'enjolivements. Construite sur les décombres d'une église romane du XIIe s. dédiée au Baptiste, elle s'agrandit, s'étend, se transforme au fil des siècles, subit les assauts des iconoclastes, les flammes de plusieurs incendies (elle en perd ses vitraux), et enfin, de gros travaux de restaurations.

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Elle semble aujourd'hui faite de bric et de broc, sans aucune unité : la crypte est romane, le chœur gothique, la nef et le transept gothique tardif, le maître-autel baroque et la chaire rococo. Elle empile trois matériaux successifs selon les moyens disponibles aux différentes étapes de sa construction, la pierre gris-bleu de Tournai, pierre blanche d'Alost, puis simple brique. Le déambulatoire longe 25 chapelles latérales dont deux méritent attention : la 15ème (à gauche du chœur), dédiée aux Saints Pierre et Paul abrite un Rubens - la seule toile de la cathédrale à avoir de l'intérêt -, qui illustre la conversion du Comte Adlowin, futur Saint Bavon, renonçant à sa vie dissolue (le peintre anversois a d'ailleurs donné ses traits au Saint protecteur de Gand) et la 11ème, qui a renfermé le fameux triptyque avant qu'il ne soit transféré dans la 25ème, mieux adapté à sa conservation.

La seule présence de "L'Agneau mystique" justifie d'une visite à la cathédrale. À la fois pour l'œuvre, unique et honnêtement magnifique, mais aussi pour ses légendes. Le retable à trois volets et vingt quatre panneaux, est une commande de l'échevin Judocus Vyd et de sa femme aux frères Van Eyck, Hubert et Jan (en 1420). Si le second est un peintre attesté, on ne connaît cependant aujourd'hui aucune autre peinture pouvant être attribuée à son frère ainé Hubert. La seule preuve de son existence est une pierre tombale dans la cathédrale, mais rien ne prouve, à l'exception du quatrain figurant sur le cadre du retable, sa paternité d'artiste. À partir de 1794, les Français sont alors maîtres de Gand, le triptyque sera tout à tour, démembré, transféré, vendu, légué au musée de Berlin, redonné aux Belges, caché, enfin reconstitué en 1919 ! Mais en 1934, les deux panneaux du volet inférieur gauche furent dérobés. Contre rançon, le voleur restitua l'un des panneaux, mais l'autre est à ce jour toujours dans la nature. Pour la petite histoire, durant la deuxième guerre mondiale, le retable fut retrouvé par l'armée américaine dans une mine de sel allemande, après que le gouvernement de Vichy, qui avait fait main basse sur le triptyque, l'eut transféré outre-Rhin. C'est un quasi-miracle que le retable soit parvenu jusqu'à nous sans autres dommages.

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Il est présenté au public ouvert et l'on tourne autour pour apprécier ses deux faces. Normalement, "l'Agneau mystique" ne se déplie que pour de grandes fêtes religieuses. Fermé, il est austère, et ne présente qu'une Annonciation (l'ange Gabriel est tout de même une splendeur), le portrait des donateurs et deux imitations de sculptures du Baptiste et de l'Évangéliste. Mais de l'autre côté, c'est un festival de couleurs qui vous claque à la rétine ! La peinture religieuse, si elle sert d'abord l'église, a aussi pour but la diffusion et l'adhésion à sa doctrine. Les fidèles doivent comprendre le message, et quoi de mieux qu'un tableau à la fois lisible et magnifique ! En haut, l'humanité (Adam et Ève), Dieu, la Vierge et saint Jean, des anges et en-dessous, l'Agneau, symbole de la rédemption de l'humanité.

Tous les visiteurs restent bouche ouverte devant le triptyque, saisis par la délicatesse des étoffes et des broderies, la précision du pinceau, la finesse de l'exécution, le raffinement des détails, la grâce qui émane du tableau, que l'on soit ou non sensible au sujet. Même si vous devez longuement faire la queue avant d'entrer dans la chapelle, c'est un monument unique de la peinture qu'il ne faut manquer à aucun prétexte. 

Pour nous remettre de nos émotions, petite halte devant la cathédrale pour déguster une bonne bière belge, avant de continuer vers la Halle aux Draps, datée du XVe, beau bâtiment gothique, flanqué de la prison et surtout du beffroi ; haut de 91 mètres, symbole du pouvoir civil et de l'autonomie administrative de la cité, il est flanqué à son sommet d'un dragon, gardien des privilèges et des chartes des libertés. On y grimpe en ascenseur, puis à pied depuis l'étage des cloches et de l'imposant bourdon, dont on voit clairement le mécanisme. La vue sur la vieille ville par temps dégagé est remarquable !

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20 février 2015

Gand - Musée du STAM*, "Le Récit de Gand"

Le STAM a été notre dernier musée visité, ce qui fut une erreur. C'est par lui qu'il faut rencontrer la ville, car il retrace toute la métamorphose de cette cité des Flandres dans un lieu magnifique, une abbaye du XIIIème, dite de la Bijloke**. Le site, à l'époque en dehors de l'enceinte de la ville - risque de contagion oblige -, a abrité d'abord un simple hospice, puis dès 1250 un grand hôpital, complété quelques années plus tard par une chapelle, enfin par une importante abbaye cistercienne et son couvent. Seul le réfectoire, salle gothique à voûte de bois en berceau, ornée de peintures murales, et une partie du dortoir, ont échappé à la fureur calviniste  (1577 - 1584) qui endommagea considérablement les bâtiments. Au fil des siècles, le lieu a bénéficié de reconstruction, de restauration, d'agrandissement, tout en gardant sa vocation caritative et médicale. La vétusté des locaux a sonné le glas de la poursuite des activités hospitalières en 1982, date à partir de laquelle, les murs de l'abbaye et du couvent se reconvertissent en lieux culturels (musées, salles de concert, expositions temporaires, ballets en résidence...).

Réfectoire

Aujourd'hui, on entre dans le STAM par un bâtiment moderne tout en verre, qui jouxte une partie de l'ancien cloître intérieur du XVIIe ; on se promène alors, tout au long du circuit de l'exposition, dans les murs même de l'abbaye. Le musée accueille et organise des fonds dispersés, pour raconter l'histoire de Gand dans un parcours chronologique de six périodes :

-       Les origines

-       La métropole (1200 – 1600)

-       Une époque paisible (1600 – 1800)

-       La cité de l’industrie (1800 – 1950)

-       Une ville en croissance (1950 – aujourd’hui)

-       La ville de demain,

plus deux salles consacrées à des sujets qui dépassent la seule ville de Gand, comme Charles Quint, et le vol du panneau des Juges Intègres, volet du polyptique l’Agneau mystique des frères Van Eyck. Tout comme son comparse d'Anvers, le MAS, le STAM bénéficie de la muséographie du XXIe qui bannit le didactisme périmé, assistée des moyens numériques modernes, sur un site historique d'exception.

Nos salles préférées furent celles qui retracent l'apogée de Gand au Moyen Age, riche et puissante grâce à son industrie drapière florissante : plus de la moitié de la population travaille pour cette activité, favorisée par la situation géographique de la ville sur deux fleuves, qui la met aussi à l'abri des difficultés de ravitaillement. Gand deviendra même le passage obligé de toutes les importations en grains du comté de Flandre, la préservant de toute famine. Gand se veut, de part sa prospérité, une cité farouchement indépendante qui s'oppose souvent au pouvoir central des Comtes de Flandre, aux Ducs de Bourgogne puis aux Habsbourg. La mise en espace de ces salles, particulièrement inventive et bien aidée par le numérique, nous plongent vraiment dans l'atmosphère médiévale de Gand. Passer un peu de temps aussi dans la salle de Charles Quint rappelle qu'à la fureur des iconoclastes calvinistes répondit la violence des catholiques espagnols tout autant enragés : persécution, destruction, radicalisme, fanatisme... cette incapacité à accepter que d'autres pensent différemment n'est décidemment pas d'aujourd'hui. 

Avant de quitter l'exposition sur le développement urbain futur de Gand, poussez la porte de la Trésorerie de l'Hôtel de ville, déménagée et installée au STAM, salle magnifique tendue de cuir de Cordoue, avec lambris et cheminée baroque, qui nous ramène dans l'ambiance du XVIIème. 

Trésorerie

* Musée de la ville de Gand – quartier des Arts. Arrêt Verlorenkost sur la ligne 1 du tramway que l'on prend place Sint-Veerleplein / fermeture le lundi

** Bijloke = "endroit fermé" en néerlandais, fermé par la Lys

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15 février 2015

Gand (Gent), si proche et si loin de Bruges - Introduction

La Flandre peut paraître une destination un peu fraîche pour un mois de novembre, mais après le joli périple anversois, une envie de maisons à pignons dentelés, de balades à vélo, de béguinages et de bonnes bières est venue nous chatouiller l’humeur. Pas de fringale pour Bruxelles en hiver, de caprice pour Ostende déserte dès les premiers frimas, ni de tocade pour Bruges, la ville-musée assoupie. Gand a l’avantage de mêler tout ce que l’on aime des vieilles villes flamandes à une modernité maîtrisée. La cité est vaste, bigarrée, opulente, généreuse, fière de son passé mais aussi bien campée dans son temps, éveillée, dynamique et très attrayante.

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Le centre historique ne se résume pas à une large place bordée de maisons de guildes, il est étendu, aéré, dans la boucle que forment les deux fleuves de la ville, la Lys et l’Escaut. Tout au Sud, le quartier des Arts et des musées ; au Nord, Patershol et Prinsenhof, les quartiers médiévaux rénovés. Quatre jours sont nécessaires pour arpenter Gand en tous sens, à pied et en vélo, pour visiter quelques musées, longer les quais en bateau, goûter aux douceurs sucrées d’une ville très gourmande, profiter de la sérénité des habitants qui savent prendre leur temps.

Le Thalys vous dépose à Bruxelles et toutes les heures en hiver, un train relie la capitale belge à Ostende, en passant par Gand, puis Bruges. Attention à ne pas vous emmêler les pinceaux avec le flamand, votre train part pour Gent et non pour Genk, autre destination à l’opposé de la première. Heureusement que ma moitié est là pour corriger inlassablement mon désastreux sens de l’orientation…

L’office de tourisme gantois est un passage obligé pour retirer la City Card, bien pratique pour accéder aux tramways, aux bus et aux musées. Elle comprend aussi une balade en bateau que nous n’avons pas regrettée. Le souci, c’est que cet endroit est fort mal indiqué. Situé au pied du château des Comtes, sur la Sint-Veerleplein, il faut passer sous la statue de Neptune, visible de loin avec son trident, gardien de l’entrée de l’ancien Marché aux Poissons, pour y accéder. Les employés sont très serviables, patients et débrouillards, surtout quand il s’agit de nous trouver deux vélos pour ce long week-end du 11 novembre. Une seule adresse dès le mois d’octobre, Max Mobiel, derrière la gare Saint-Pierre, atelier de réparation et loueur de lourdes bécanes bien entretenues. Faire vraiment très attention dans le centre historique ultra fréquenté, entre les piétons, les locaux en vélos qui foncent comme des brindezingues, les bus, les voitures, et surtout les tramways et leurs rails, traîtres en diable.

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Les hôtels ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Le Routard donne une liste de B&Breakfast et de chambres d’hôtes bien fournie. Nous nous sommes posés chez Simon Says, dans le Prinsenhof, lieu de rencontre des Gantois du quartier, du petit-déjeuner au goûter tardif. Au-dessus de ce petit café convivial qui ne désemplit pas de la journée, on peut louer deux grandes chambres design joliment agencées. Le lieu est tenu par deux Anglais avenants et bien faits de leur personne, ce qui ne gâche rien. Si votre estomac crie encore famine après le petit-déjeuner pantagruélique (produits bios, ça va de soi), vous pouvez aussi y déjeuner sur le pouce (soupes, tartes salées, sandwiches savoureux et desserts alléchants). Tout est fait maison et orienté végétarien, ne boudons pas notre plaisir. La température glaciale n’empêche nullement les Gantois de rester au grand air, chaque café et restaurant fournissant des couvertures à leurs clients.

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Pour profiter au maximum des courtes journées d’hiver, nous avons fait l’impasse sur de vrais déjeuners, nous contentant de grignoter entre deux visites. Mais lorsque le soleil se couche, il est temps de suivre les locaux vers les temples de la gourmandise. Max est une vieille pâtisserie (1839 !) à la déco Art Nouveau, où seraient nés la gaufre et le beignet soufflé aux pommes. La légende dit ce qu’elle veut, mais on la croirait sans problème lorsqu’arrivent sur votre table ces deux merveilles. L’ambiance est familiale, le service vif mais affable, voilà un bel endroit, certes un brin touristique, mais incontournable.

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Á quelques pas, le chocolatier artisanal qui a fait chauffer la carte bleue, Luc Van Hoorebeke... j’ai peu de goût d’ordinaire pour le chocolat belge, que je trouve trop gras et trop sucré. La seule joliesse de la boutique m’avait faite entrer, mais lorsque la gentille dame me mit dans la bouche le plus fin des pralinés, je remisais au placard mes préjugés et dévalisais le présentoir. Nous y sommes même retournés le lendemain, la première réserve ayant servi de carburant lors d’une balade nocturne le long de la Lys.

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Pas très loin de la place Sint-Veerleplein, on trouve la petite boulangerie Himschoot, l’une des plus anciennes de la ville, qui propose des pains et des biscuits qui valent le détour. L’espace est réduit mais déborde de ces bons gros pains du Nord, riches de céréales brutes, de levains bien prononcés, de fruits secs, dodus, riches, lourds en main, mais savoureux en bouche. On y trouve toutes sortes de biscuits secs et des spéculoos maison délicats et aériens.

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Côté assiette, coup de cœur pour le Belga Queen, sur le quai Graslei, niché dans un ancien entrepôt du XIIIème siècle, tout en pierre et poutres apparentes. Le lieu est magnifique, à la fois contemporain, raffiné mais dans le respect du vieux bâtiment. La carte est orientée poissons et nous nous sommes régalés de saumon massé à la Rodenbach, d’anguille de l’Escaut fumée, d’un bar poêlé́ avec son risotto d’orge et coques, et d’un délicat turbot rôti. Les vins termineront de ratisser votre portefeuille mais nous ne regretterons pas ce dîner dans un cadre enchanteur.

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Pour le dîner suivant nous avons choisi un tout autre endroit, beaucoup plus simple, car nous l’avons vu déborder de jeunes qui l’ont adopté comme QG, le Grand Café Godot. On dîne dehors, les genoux sous une bonne couverture, de tapas, de bruschetta, de pâtes bien garnies, arrosés d’une bonne bière. L’endroit est parfait pour observer la vie nocturne gantoise, c’est sympa, sans prétention et on s’y sent très bien. Nous avons choisi pour le dernier dîner la brasserie Packhuis, d’abord pour le décor mais la table se tenait tout à fait debout. Il s’agit là aussi d’un ancien entrepôt daté XIXè dont on a gardé la structure métallique. Nous avons craint une cuisine standardisée mais que nenni : croquettes de crevettes, sashimi de bar, faisan et saumon, revisités à la mode de Flandre, bonne bière locale, une bonne surprise que nous recommandons.

Pakhuis

A contrario de toutes ces bonnes choses, éviter le cuberdon, sucrerie locale composée de gomme arabique violette fourrée d’un sirop très sucré aux fruits rouges ; déjà peu appétissante à voir mais quelconque en bouche.

 

Vélos MAX MOBIEL / Voskenslaan 27http://www.max-mobiel.be/Home

B&B SIMON SAYS / Sluizeken 8 / http://simon-says.be/fr

Pâtisserie MAX / Goudenleeuwplein 3 / http://www.etablissementmax.be/en

Chocolatier Luc Van HOOREBEKE / Sint-Baafsplein 15 / http://www.chocolatesvanhoorebeke.be

Boulanger HIMSCHOOT / Groentenmarkt 1 / http://www.bakkerijhimschoot.be

Restaurant BELGA QUEEN / Graslei 10 / http://www.belgaqueen.be/fr/Ghent.aspx

GRAND CAFÉ GODOT / Hooiard 8 / http://www.godotgent.be

BRASSERIE PAKHUIS / Schuurkenstraat 4 / http://www.pakhuis.be/fr

 

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01 août 2014

Anvers - last but not least, le musée Plantin-Moretus

Á la joyeuse bande de l’imprimerie SEGO

Pour clore cette chronique anversoise, le lieu qui nous a secoué l’émotionnel, le must de la cité, le joyau unique, classé au Patrimoine mondial en 2005, la demeure musée de l’imprimeur Plantin, puis de son gendre Moretus et de sa descendance sur trois siècles (1549 - 1876). Même si les livres et l’imprimerie ne font vibrer en vous aucune corde sensible, vous serez émerveillé de déambuler dans une maison qui raconte l’histoire d’une dynastie, mais surtout celle de son fondateur, Christophe Plantin, autodidacte tourangeau exilé, imprimeur et éditeur, intellectuel, poète, érudit, humaniste, qui prêchait la tolérance religieuse à une époque où ce n’était pas chose admise.

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La modeste propriété acquise en 1576 va devenir le « Compas d’Or », agrandie, embellie, ennoblie au fil du temps, à la fois lieu d’enracinement d’une famille puissante et immensément riche, mais surtout siège d’une production livresque exceptionnelle. Il est très émouvant de traverser aujourd’hui les ateliers, la fonderie, la réserve des caractères, la chambre des correcteurs, la salle des presses, matériaux d’origine restés en l’état, tels qu’ils existaient dans la première moitié du XVIIème siècle. L’univers de l’imprimerie « moderne » m’est familier puisque j’ai commencé ma carrière professionnelle au sein d’un grand groupe qui gérait toute la chaîne graphique. Mais ces « chefs de fabrication » - on ne dit plus beaucoup « imprimeurs » -  rompus au gigantisme des rotatives offset assistées par ordinateurs, étaient très respectueux du savoir-faire séculaire. Comme ma pomme, ils seraient restés bouche bée devant ces poinçons, ces matrices, ces moules, ces caractères, ces alphabets Garamond ou Granjon. On se penche sur les casses comme sur des coffrets à bijoux, pour admirer les caractères musicaux, gothiques ou grecs, aussi délicats que de l’orfèvrerie. On tourne autour des châssis des presses en bois, on imagine les compositeurs, les typographes à l’ouvrage, même si nulle odeur d’encre ne flotte plus dans l’atelier. On s’est à peine remis de nos émotions, que l’on gagne les salles consacrées aux illustrations, donc à la gravure sur bois et aux deux variantes de la gravure sur cuivre, l’eau-forte et le burin. Les esquisses, les bois, les plaques de cuivre sont précieusement conservés, car Plantin fut le pionnier européen de la gravure sur cuivre, en tant qu’illustration du livre, ce qui lui permit de publier des traités médicaux agrémentés de planches anatomiques. Les ateliers compteront jusqu’à 39 dessinateurs, 24 graveurs sur bois et 55 graveurs sur cuivre, parmi les meilleurs maîtres d’Anvers (dont Rubens, of course).

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Au premier étage de la maison, on traverse plusieurs bibliothèques absolument renversantes : il ne s’agit pas uniquement de la production maison mais des achats réguliers de Plantin ; incunables, publications d’imprimeurs concurrents, manuscrits précieux… c’est son petit fils, Balthasar Moretus, bibliophile averti, qui enrichit le fonds, en le faisant évoluer vers une bibliothèque privée de haute volée et pluridisciplinaire. Ses descendants poursuivront l’investissement à la fois intellectuel et financier, jusqu’à compter 9 000 volumes : livres religieux, enluminures, atlas, cartes, dictionnaires, encyclopédies, traités de botanique, de médecine, d’architecture, … on s’émerveille dans chaque salle. 

Les pièces les plus anciennes ont gardé leur côté austère ; boiseries, murs habillés de cuir sombre, fenêtres à petits carreaux aux volets de bois, lourdes tapisseries, plafonds à poutres apparentes, parquet craquant… on plonge durant quelques heures dans un autre siècle, où un imprimeur intrépide devait, sur ordre, mettre sous presse l’index des livres interdits par le gouverneur des Pays-Bas espagnols, mais continuait à faire sortir de ses ateliers ces mêmes ouvrages prohibés, par fidélité à ses convictions. Á l’époque, cette résistance à la censure était considérée comme un acte de trahison, passible de la peine capitale. S’il n’y avait qu’une seule raison d’aller saluer Christophe Plantin…

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23 juillet 2014

Anvers - du gothique, du baroque... et Rubens !

Impossible de faire l’impasse sur la plus grande cathédrale gothique des anciens Pays-Bas méridionaux, construite au long de quatre siècles (1124 - 1520), depuis la modeste chapelle des origines jusqu’à l’imposant édifice qui se dresse derrière la Grand’place. Si la première pierre de l’actuelle cathédrale date de 1352, cette construction d’un nouveau bâtiment se fit sur les vestiges d’une ancienne petite église romane consacrée à Notre-Dame. La cathédrale affiche une allure un peu bancale, de l’extérieur, avec une seule et unique tour Nord de 123 mètres de haut. Les plus grands architectes se sont succédés sur le chantier, rivalisant d’audace pour mener à bien ce projet de prestige et clamer ainsi la toute puissance d’Anvers : sept nefs, 125 piliers, chœur élancé, déambulatoire à cinq chapelles, la cathédrale en impose. Un peu trop pour certains, puisque le lieu a subi coups du sort et dévastations, pour à chaque fois renaître encore plus beau : incendie en 1533, « furie iconoclaste » en août 1566 (les calvinistes apprécient peu le culte des images pieuses qu’ils associent à de l’idolâtrie et dévastent sans remords la cathédrale), interdiction du culte catholique par les protestants et mise à sac de la cathédrale au début des années 1580, et enfin razzia consciencieuse des Français en 1794, au nom de l’idéal républicain. Après chaque cataclysme, les commandes affluent de nouveau, on reconstruit plus riche, on embellit, on décore et on se retrouve aujourd’hui avec un assemblage d’éléments hétéroclites remontant à des époques diverses et formant un nouvel ensemble sans discordance marquée.

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Á la suite des dégâts majeurs opérés par les protestants, l’église catholique reprend la main et commande à Rubens cinq tableaux. Trois sont encore présents aujourd’hui, auxquels est venu s’ajouter un quatrième, transféré du Musée d’Anvers. Même sans être ordinairement transportée devant le pinceau de Rubens, j’avoue que la Descente de Croix fait son petit effet et mérite qu’on s’y arrête un long moment.

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 Á quelques pas de cette saillante construction, la rue vous mène sur une petite place bien jolie, la/le (?) Hendrik Conscienceplein (Hendrik Conscience, auteur anversois du XIXe siècle), bordée du beau bâtiment de la bibliothèque municipale et de l’église Saint-Charles Borromée (Sint-Carolus-Borromeuskerk). L’imposante façade, robuste, vaste, exubérante, rappelle étonnement les églises italiennes, furieusement baroques… en s’approchant, on distingue trois étages de colonnes, des niches, des statues, de l’ornement, du tarabiscotage et un emblème familier, IHS… ah, ben oui, pas de doute, entre les deux lieux de culte, nous avons fait un petit bond dans le temps ! Qui dit IHS, dit Jésuites, donc Baroque. Nous voilà au début du XVIIe siècle, lorsque la Contre-Réforme balaie l’austérité des protestants en laissant les artistes s’en donner à cœur joie. Pas étonnant donc, qu’on ait confié à Rubens le décorum extérieur, qui doit attraper le regard des passants et les ramener dans le droit chemin. Ce goût du mouvement, de la mise en scène, du faste, de l’exubérance, on le retrouve une fois la porte poussée. Si la nef claque un peu moins qu’espéré, c’est la chapelle de la Vierge qui porte le plus haut les codes baroques : marbre blanc, dorures, plafond et peinture de Rubens toujours (une copie, en fait !), statues, autel foisonnant, l’ensemble est fort d’effets visuels, de trompe-l’œil, de contrastes, d’énergie, autant de sources d’émotion qui rappellent aux croyants la grandeur de la religion catholique. Car si les protestants tiennent à distance les images et les enjolivements, les catholiques entendent bien se servir de leur puissance évocatrice.

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La nef a subi en 1718 les dégâts de la foudre, qui a réduit en cendre la voûte originelle, porteuse de trente neuf toiles de Rubens, ainsi que nombre de marbres. La chaire, les confessionnaux, les lambris sont postérieurs à ce jour funeste mais valent le coup d’œil : exaltation des valeurs de l’église dans les personnages, présence de symboles forts, compréhensibles par tous, combats dantesques entre le bien et le mal dans les compositions, la nef devient une scène de spectacle ; car contrairement aux églises gothiques conçues pour la déambulation et les processions (nefs latérales, chœur ouvert, maître-autel noble), l’église baroque oppose une nef large, dominée d’une chaire imposante, ouvragée, souvent allégorie d’un sujet biblique, pour donner toute son importance au prêche, au sermon, aux harangues, aux admonestations ! La célébration de la foi se métamorphose alors en dramaturgie…

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17 juillet 2014

Anvers - de deux maisons il faut choisir la bonne… Rubenshuis versus Rockoxhuis.

Lorsque l’on passe à Bruxelles, on va saluer Magritte, à Amsterdam, Rembrandt et Van Gogh, à Ostende, Ensor et à Anvers, Rubens. C’est sans doute le seul attrait notoire de cette ville qui m’ait laissée de marbre ; quand on aime Le Caravage, Le Greco et Zurbaran, le pinceau de Rubens, et ses anatomies féminines grassouillettes dégoulinantes, paraît à la fois épais et excessivement surchargé. Ça ne se discute pas, question de sensibilité. Mais si vous faites partie du fan club, vous allez atteindre l’extase, Rubens s’ingurgite dans moult églises et musées.

Á tout seigneur, tout honneur, la maison du maître, la Rubenshuis, que l’on ne peut ignorer, au vu de la longue queue multilingue qui s’étire devant. Autant la demeure de Rembrandt à Amsterdam m’avait un peu émue (comme quoi…), autant celle de Rubens m’a assommée : nous avons réussi à nous glisser entre un troupeau d’Allemands bruyants et un groupe d’Espagnols moins sonores pour tenter de nous imprégner de l’ambiance mais peine perdue, le soufflé est retombé avant même d’avoir levé. Car, il reste très peu d’éléments d’époque, la demeure, intacte jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, a été entièrement transformée depuis. Les  seuls vestiges ayant gardé leur aspect original, sont le portique en arc de triomphe et le pavillon du jardin (comme le mentionne le guide papier de la Rubenshuis, mais comme semble l’ignorer le Routard). Quant aux toiles du peintre, elles sont disséminées dans le monde entier… il faut donc se baser sur quelques éléments restants pour tenter d’appréhender le lieu, qui transpire un peu le m’as-tu vu, oserais-je dire le bling bling d’époque. Explications : Rubens rentre à Anvers après un voyage en Italie ; à 31 ans, il est déjà peintre de la Cour, riche, reconnu, diplomate, homme d’affaire et représentant officiel de sa ville natale. Il lui faut donc une demeure à sa mesure, qu’il va agrandir au fil des années, agrémenter, parer, pour devenir une vitrine de son rang, de sa puissance, mais aussi un investissement ; galerie des sculptures antiques, collection unique pour l’époque de peintures italiennes et flamandes des XVIe et XVIIe siècle, portique de statues… la maison flamande austère devient « palazzo italien baroque » pour incarner les idéaux artistiques de Rubens et recevoir les Grands de ce monde. On est bien loin de la vision romantique de l’artiste nécessiteux, maudit et incompris ! Alors y a-t-il vraiment un intérêt aujourd’hui à franchir le porche d’une maison qui, hormis son architecture extérieure, n’abrite plus les œuvres ni le quotidien de Rubens ? Certes, les salles transformées préservent de beaux objets, quelques toiles des contemporains de peintre, mais ça sent tout de même l’artifice : lorsque l’on traverse la chambre à coucher, la lingerie, les pièces à vivre, il n’est nulle part clairement indiqué que Rubens n’a jamais pu fouler un tel agencement. C’est bien dommage et très limite.

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Rubens doit une grande partie de sa bonne fortune à Nicolas Rockox (1560 - 1640), échevin et bourgmestre d’Anvers ; mécène, humaniste, collectionneur, il passe à Rubens d’importantes commandes pour les bâtiments les plus importants de la cité, l’hôtel de ville, la cathédrale, deux églises, mais aussi à titre personnel.  La demeure de ce généreux protecteur est devenue un petit musée fort plaisant, la Rockoxhuis. Elle abrite aujourd’hui son importante collection privée et certaines pièces marquantes du musée royal des Beaux-Arts, fermé pour cinq ans. Les quelques salles sont agencées d’une manière chronologique, telles des Cabinets d’Art qui auraient traversé les siècles : cabinet d’art du Moyen Âge tardif, puis Renaissance, Baroque, pour finir sur une dernière salle consacrée au cabinet d’étude, où, aux côtés des peintures, il y avait place pour les petits objets, les monnaies, les bijoux, les gravures et les livres. La disposition des œuvres picturales ne ressemble en rien à l’accrochage d’un musée ; elles occupent tout l’espace disponible sur les murs, comme on le faisait alors, enchâssées les unes aux autres comme les pièces d’un puzzle. Nulle hiérarchie entre les Rubens, les van Dyck, les Jordaens, les Brueghel, et les petits maîtres. C’est à chacun de s’approcher et de faire de belles découvertes, même si le nom de certains peintres sont moins connus (ou pas du tout…). Le musée fait aussi la part belle à du mobilier de très fine facture, coffrets à bijoux, armoires, petits secrétaires, vaisselles. Même si on imagine que la demeure de Rockox n’est plus tout à fait conforme à ce qu’elle était du temps de son prestigieux propriétaire, on est immergé dans ce Siècle d’Or anversois, qui a vu s’épanouir les arts, les sciences et la culture. Avec une délicieuse impression de changer d’époque, d’être pris par la main par un érudit très éclairé, qui nous fait partager son goût pour les pièces rares, dans le cadre intime de son intérieur quotidien.

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12 juillet 2014

Anvers - cité mariale

La présence manifeste de la Vierge dans une ville portuaire, fameuse pour son négoce et ses richesses, peut paraître déroutante : il suffit de lever le regard pour rencontrer, dans des niches creusées en façade ou à l'encoignure de deux rues, des statues de Marie, colorées, décorées, riches d'agréments et de fioritures : socles, dais, ornements végétaux, angelots adorateurs, lanternes vitrées, le lexique du décorum semble renvoyer à l'abondance et à la folie du baroque.

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C'est d'abord oublier que, dès le XIIe siècle, Anvers se met sous la protection de Marie, dont la ville fait sa Sainte patronne. Á partir du XIVe, le culte de la Madone connait un succès grandissant, qui atteint au XVIe un rayonnement considérable ; ce triomphe de la figure de Marie ne peut être réduit à une seule expression spontanée de piété. Elle fait suite au mouvement initié par la Contre-Réforme catholique visant à la glorifier, quand les protestants minimisent son rôle de médiatrice entre le Ciel et les croyants. Marie descend dans l'espace public pour triompher des réformateurs calvinistes, cimenter l'union des provinces des Pays-Bas méridionaux mais aussi souligner la toute puissance de l'autorité des Habsbourg. Elle s'assimile à l'identité de la ville, jusqu'à s'imposer sur des bâtiments laïcs, comme en 1587, lorsque la figure du héros local Brabo, vainqueur du géant Antigoon, est descendue de la façade de l'hôtel de ville, pour être remplacée par une Marie toute puissante !

La piété mariale des Anversois s'est d'abord exprimée par des processions festives, à l'occasion desquelles des représentations de la Vierge venaient orner les places, carrefours et ponts, à chacune des haltes des cortèges. Les statues publiques de rues, subsistant encore à Anvers, datent elles, du début du XVIIIe. Á partir de 1783, les mesures anti-religieuses promulguées par Joseph II*, qui souhaite soumettre l'Église à l'État, vont freiner la production de ces signes extérieurs de dévotion. Souvent vandalisées au cours du régime français, ces statues de façade furent cachées par les habitants et confréries de quartier, pour être réinstallées dès 1814.

On dénombrait encore 260 statues au cours du XIXe siècle, dont la moitié dans la vieille ville. Depuis la dernière guerre, il en reste une soixantaine, bien collectif et morceaux d'histoire.

 

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* Celui-là même qui trouvait dans les opéras de Mozart « trop de notes » !

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07 juillet 2014

Anvers - incontournable MAS

Quand on est dans une ville pour trois jours, il faut faire des choix et souvent revoir à la baisse ses prétentions de visite. Le centre historique proposant pléthore de musées intéressants, on se gratouille le cervelet lorsqu’une matinée de libre a été prévue dans l’emploi du temps : balade le long de l’Escaut et visite des quartiers Nord, ou Sud ? Le Sud (Zuid) abrite bien le musée royal des Beaux-arts, mais il est fermé pour travaux jusqu’en 2018. Le secteur est fameux pour abriter le musée de la Mode et les créations des « Six d’Anvers* », sujet qui me passionne autant que la physique quantique et la dualité onde-particule (Pierre, désolée…        triste-10).

Nous ferons malgré tout un détour en vélo, pour remonter ces larges avenues bordées de bâtiments XIXe, qui convergent vers des places ornées de statues ou de fontaines. Le Zuid attire aussi les noctambules, dans les bars et restos branchés, les galeries et les entrepôts rénovés…  mouais, pas convaincus, pas séduits par le quartier qui manque un tantinet de caractère**, nous retournons nos guidons plein Nord. 

En suivant l’Escaut, on rejoint le Het Steen, reste d’un château construit à partir du XIIIe, fortifié au fil des siècles, pour protéger la frontière naturelle de l’Empire germanique qu’était le fleuve, devenu prison, puis musée, fermé en 2008 – plus grand’ chose à voir, donc. Il fait un peu château d’opérette (j’ai même cru un instant qu’il s’agissait d’une mauvaise reconstruction de pacotille, honte à moi !), un peu trop retapé et léché à mon goût.

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Passé le Het Steen, on circule le long d’une friche portuaire, où sont exposés des bateaux et des vestiges du passé industriel et maritime du port ; il me suffit de trois barcasses, de quelques vieux chalands, d’une gracieuse hélice, pour recouvrer un bel entrain, que le Zuid un peu fade avait émoussé. Bon sang breton ne saurait mentir !

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Á quelques encâblures, on arrive au bord du bassin Bonaparte, sur l’ancien port d’Anvers, d’où surgit le MAS - Museum ann de Stroom (musée au Fil de l’Eau), tour habillée de rouge et de verre, conçue tel un entrepôt vertical, un jeu de construction de conteneurs empilés. Cette protubérance un peu hautaine s’intègre parfaitement dans le décor, les architectes ayant pris soin de garder, pour l’esplanade qui s’étend autour du musée, les mêmes matériaux, des « pierres de sable », rouges et brunes.

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Chaque étage raconte l’histoire de la cité portuaire, du Moyen Âge à nos jours et ses échanges avec le reste du monde, grâce aux 470 000 pièces issues du musée national de la Marine, du musée du Folklore, du musée ethnographique et du musée royal des Beaux-arts, durant sa période de rénovation. Mais la « muséographie » est tout sauf académique, puisque même sa réserve de 170 000 objets non exposés est accessible au public : le MAS est considéré comme un lieu de vie, avec sa « promenade » extérieure, sa terrasse panoramique, son resto deux étoiles, sa salle des fêtes (nous y avons même croisé des Anversoises venues enterrer leur vie de jeune fille, habillées en bunny, chose que j’ai rarement vue au Louvre…). Les longs escalators qui mènent à la terrasse sont habillés d’une gigantesque expo photos sur l’exode des Belges durant la Première Guerre mondiale ; le visiteur n’est plus passif devant des petits clichés accrochés sur un mur, il est projeté assez violemment au cœur d’une tourmente qui le dépasse, au propre comme au figuré.

Cinq étages sont consacrés aux expositions permanentes, que l’on visite selon des thématiques et ses propres intérêts : Démonstration de puissance / Métropole / Port mondial / La vie et la mort (deux étages d’ethnologie existentielle, sans rapport avec Anvers). Nous nous sommes longtemps attardés au 6ème, superbe plateau rempli de maquettes de gréements, de bateaux de commerce, de cartes, retraçant les grandes heures du négoce anversois, avec le reste de l’Europe d’abord, puis avec l’Orient, enfin jusqu’à l’époque moderne où le conteneur devint une nouvelle unité de mesure.

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On passe facilement une demi-journée au MAS, sans voir le temps filer, car entre les niveaux, on ressort sur la promenade, on s’aère, on découvre la ville selon des points de vue différents, sous un ciel du Nord si changeant…

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* Ann Demeulemeester et Dries Van Noten sont les seuls que je connaisse.

** À moins qu’il ne s’harmonise pas du tout avec les images préconçues que nous avions d’Anvers, possible.

 

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