03 septembre 2016

Cythère, the last - une côte presque parfaite

Un temps trop venté nous a un peu éloignés des plages et totalement de la baignade. Pourtant, nous avons bien des fois louché sur des criques magnifiques et de grandes plages de sable blond, qui doivent être bien délicieuses dès que Éole s’en va souffler ailleurs. Pour ceux qui résideraient à Avlémonas, une très longue plage se déroule avant d’arriver au village. Nous la trouvons un peu tristounette lorsqu’elle est déserte mais elle est facile d’accès. En amont encore, on croise l’image de carte postale des "bains d’Aphrodite", grotte creusée dans le rocher où la déesse aurait eu ses habitudes. Aphrodite, Saint Jean (qui aurait armorcé son Apocalypse dans une grotte au-dessus de Kapsali), Hélène, Pâris... du bien beau monde s’est embarqué pour Cythère...

 

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Sur la côte Est, la montagne plonge doucement vers le village de Diakofti, sa longue plage blanche et ses eaux turquoises paradisiaques. On découvre le panorama en descendant, incrédules devant des tonalités de bleus dignes d’un atoll. La mer est ici peu profonde, translucide, toute calme, parfaite donc pour des vacances avec de jeunes enfants. Toutefois, les tempêtes d’hiver ne doivent pas être inoffensives, comme l’atteste cette carcasse imposante, accrochée à un tout petit caillou, témoin d’un naufrage spectaculaire à moins d’un miles du bord. Si vous effectuez la traversée de Neapoli, de Gythion ou de Monemvassia, votre ferry accostera sur l’îlot de Makrykythira, relié à Diakofti par une route étroite, qui enjambe un quasi lagon azuré. Le petit village de pêcheurs qui borde la plage nous a semblé bien accueillant, certes un peu endormi en cette fin de printemps, mais pas trop avarié par le tourisme et une surexploitation débridée.

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Je n’en dirais pas autant de la seule plaie de Cythère, un furoncle vraiment pas reluisant, Agia Pelagia, station balnéaire cheap et ratée. Sorti de terre pour l’exploitation de la plage déjà pas terrible de Firi Ammos (ne pas confondre avec l’autre Firi Ammos, beaucoup plus joli, au Sud, pas loin de Kalamos), et certainement pour dynamiser le Nord de l’île, le village factice est une succession d’hôtels, de tavernes, de bars sans âme et sans histoire, déjà défraîchis, sur laquelle flotte une vague odeur d’égout. Á fuir !

Si pour moi Limionas est l’endroit le plus agréable pour se baigner/rêvasser/lire/se couper du monde…, il faut bien avouer cependant que la plage emblématique de l’île, Kaladi, n’est en rien surcotée ; le site se situe un peu avant Avlémonas, en à-pic d’une falaise, où trois petites criques successives se sont lovées dans la pierre creusée. Se baigner ici se mérite, puisqu’il vous faudra descendre et surtout remonter une bonne centaine de marches pour y accéder ; avantage certain pour éviter une surpopulation en été, et obstacle majeur à l’envahissement de transats et de décibels incongrues.

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Tout au Sud, gros coup de cœur pour Kapsali, village en deux temps, qui s’étale le long de deux baies. La première est un peu pressurisée pour les visiteurs de l’été, mais un réel effort a été fait pour garder le front de mer ravissant et aéré. La seconde anse, où sont amarrés les bateaux de pêche, est restée dans son jus, plus brute, moins léchée. C’est un bon plan de loger ici, surtout lorsque la nuit tombe et que s’allume au-dessus de Kapsali le village de Chora.

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Pour nous, mise à part la situation géographique et l’évidente beauté du lieu en entier (un dédale de maisons blanches, une forteresse italienne en surplomb au-dessus de Kapsali), nul enchantement pour ce Chora trop lisse, devenu capitale après la destruction de Paliochora. Nous avons tant adoré l’authenticité, l’isolement, la déréliction, la brutalité même de la décrépitude de Katochora et de Paliochora, que nous baillons d’ennui à arpenter un village à l’esthétique si travaillée. Sans doute, Chora ressemble trop pour nous à un village cycladique qui n’a rien à faire à deux heures de bateau du Magne. Alors oui, c’est joli, c’est fleuri, tout mignonnet, mais déjà vu et revu. Au bout de Chora, la "Fortezza" italienne mérite qu’on s’y arrête ; construite par les Vénitiens en raison de sa position stratégique, elle forme avec ses bâtiments (prison, poudrière, églises) un bel ensemble cohérent.

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10 août 2016

Cythère - un petit bout de paradis après Mylopotamos

Mylopotamos et Kato Chora nous avaient déjà mis des étoiles plein les yeux, c'est donc tout sourire que nous avons poursuivi la route qui descend vers la mer sur vingt bonnes minutes. Le paysage que l'on découvre peu à peu est sublime, même par temps couvert, lorsque le vent joue avec les plaques de brouillard qui cachent et révèlent tour à tour une côte très découpée.

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Les rafales, mais aussi les stigmates des derniers incendies ont arasé la végétation qui renaît peu à peu de ses cendres sur ce sol aride. Un petit chemin qui court le long de la falaise donne accès à la grotte d'Agia Sofia, creusée à soixante mètres au dessus de la mer. Elle n'est ouverte que de juin à septembre - donc, chou blanc en ce qui nous concerne. Mais si vous passez par là en été, je pense qu'elle vaut le détour, au vu des photos de notre guide. Fresques du XIIIe à l'entrée, puis parcours sur deux cents mètres entre les stalagmites et stalactites dans un complexe de chambres et de petits corridors. Je passe sur les croyances et légendes les plus farfelues (c'est ici que Paris et Hélène se seraient mariés après avoir quitté Gythion...), la grotte servait surtout de lieu de repli à la population en cas d'attaque de pirates. Même si nous avons trouvé porte close, la balade à flanc de paroi offre de superbes points de vue.

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Et ensuite, en descendant toujours, cap sur ma plage préférée, Limionas. Même le soleil s'est mis de la partie pour illuminer cette petite anse de toute beauté. Évidemment personne en ce mois de mai trop venteux pour tenter une baignade, le site est donc tout à nous. Trois hangars à bateaux, deux minuscules maisons blanches d'un côté, une jolie demeure retapée sur la gauche, en haut, une chapelle de poupée, nulle autre pollution visuelle. Des tamariniers, des épineux, des brassées de thym en fleur encadrent un dégradé de bleus divin.

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L'endroit caresse dans le bon sens ma forte propension à la sauvagerie ; J-P calme mon enthousiasme d'ermite atrabilaire en soulignant que les rayons insolents de l'astre solaire sont pour beaucoup dans la féérie de ce décor et que les hivers doivent être sacrément pénibles dans ce bout du monde isolé de tout. Qu'importe la voix de la sagesse, je me liquéfie pour cette crique de carte postale, dont ma moitié a bien du mal à m'extraire. Décidemment, cette île qui ne payait pas de mine sur le papier, dévoile chaque jour des merveilles insoupçonnées. 

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23 juillet 2016

Cythère - villages de l'intérieur

Mitata - Potamos - Mylopotamos

 

Contrairement aux îles enlaidies par le béton, Cythère garde, sagement indemnes de nouvelles constructions modernes, ses villages séculaires ; on retape, on préserve, on embellit, on agrémente. Les petites routes sont parsemées de ces hameaux au naturel, où les horloges ne sont pas pressées d’avancer, toujours rythmées par un tempo bien lent. L’île est biffée d’une route Nord-Sud, coupée à angle droit en son milieu par une deuxième, qui part à l’Est vers le port de Diakofti. Ces deux routes très empruntées, très dégradées ne permettent pas de prendre le pouls de Cythère ; préférez nettement les voies secondaires, moins abîmées de fait, qui serpentent entre les genêts, les champs et les oliviers, pour partir à la découverte des villages. Détail qui n’en est pas un, les panneaux de signalisation sont dans un état de délabrement rarement vu ailleurs, une bonne carte s’impose donc.

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Au Sud de l’île, prenez le temps de vous perdre dans deux grappes de lieux-dits, posées des deux côtés de la route principale : rien d’architecturalement renversant certes, mais on roule à vingt à l’heure entre de vieilles fermes imposantes, on découvre des chapelles cachées, des moulins endormis, des ruines vénitiennes et des demeures néo-classiques aux balcons ouvragés, aux entrées voûtées et on s’arrête souvent pour laisser les troupeaux de chèvres et de moutons changer de prés.

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Cette campagne sèche, pauvre, silencieuse, austère, laisse la place en remontant vers le Nord à une végétation de plus en plus luxuriante, le relief se modifiant rapidement : la couleur passe du jaune au vert, le paysage bien lisse se hérisse de gorges, d’à-pics, d’où ruissellent d’importantes cascades. Le village de Mitata, construit au bord d’un plateau, avec à ses pieds une vallée émeraude, est couvert de jardins échelonnés le long des pentes, arrosés naturellement par les nombreuses sources. Ce nom de Mitata vient de το Μιτάτο, qui désigne le lieu où le berger transformait le lait en fromage, construction de pierres que l’on peut toujours rencontrer sur les plateaux crétois. Ce village très boisé, entouré de ravines, est aussi le plus vieux de l’île, déjà mentionné au 12e siècle. Ces vastes maisons anciennes sont construites selon le même plan, entourées d’un mur extérieur, agrémentées de petites cours fleuries comme des patios : stockage de vivres et de bois au rez-de-chaussée, four extérieur, habitation à l’étage pour les plus belles. Le village entretient ces vieilles bâtisses, les repeint de couleurs chaudes, les transforme en chambres d’hôtes pour les faire revivre. Rien de factice toutefois, le village baigne toujours dans son jus.  

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Ces sources abondantes ont donné son nom au plus grand village du Nord, Potamos, carrefour économique et commercial de 350 habitants - la mégalopole de Cythère en quelque sorte ! On y vient le dimanche matin, d’abord pour le marché où se retrouvent les producteurs de l’île (fruits et légumes, miel et fromages) et surtout pour se raconter les dernières nouvelles - et cela prend du temps ! La grand’place du village se partage entre les étals et les terrasses de café qui débordent, accueillant les familles au sens large, les bandes de quadras pipelettes, les papous qui s’écharpent en parlant politique, les yiayias qui potinent ; frappés, ouzo, mezzés, bières, le ballet des serveuses est spectaculaire. Le contraste est vraiment impressionnant entre le niveau sonore dominical et la quiétude du reste de la semaine où il est agréable de se balader dans des rues moins fréquentées ; avec ses belles maisons, ses jolies devantures, ses excellentes pâtisseries et fromageries, Potamos marie une vie de village dynamique avec une forte identité et une tradition de franc-tireur : à l’époque vénitienne, Potamos déjà oppose ses idées "libérales" à l’ordre établi des aristocrates italiens, qui vivent plus au Sud, à Chora. Potamos fut d’ailleurs le berceau du Commandant Panos Koronaios, héros de la lutte pour l’indépendance de la Crète en 1886, et dont la statue orne la place centrale. Le village fut ensuite le siège de l’administration pendant une brève période, en 1917, lorsque, pro-Venizelos, Cythère se déclare "région autonome". Pendant la 2ème Guerre mondiale, c’est Potamos qui abritera évidemment le QG des résistants, invariablement hostile à tous les envahisseurs. *

 

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Troisième incontournable village, l’adorable Mylopotamos, qui ouvre la porte des ruines de Kato Chora : une seule rue où s’échelonnent trois boutiques, une taverne succulente blottie sous des platanes, et le clocher d’Agios Sostis qui égrène les heures. Se développent rapidement une langueur, des gestes au ralenti, une propension à l’indolence dont on a bien du mal à s’extirper. Juste au-dessous de la place, une sorte d’écluse transforme la rivière en retenue d’eau, où les femmes du village lavaient jadis leur linge. Lorsque les pluies d’hiver ont été abondantes évidemment, car cette année, les canards pataugeaient dans trente centimètres d’eau, un peu saumâtre. Pour la même raison, impossible d’apprécier les chutes d’eau et les moulins qui parsèment le coin. Toutefois, ce petit patelin silencieux, lové à l’entrée d’un site de toute beauté, est une halte obligée de la Cythère intacte, immuable, tranquille et hospitalière.

 

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* Potamos possède aussi une très chouette librairie (et une charmante libraire), après le marchand de fromages en montant...  nous y avons déniché au rayon scolaire, une histoire de la mythologie grecque en bandes dessinées truculente.

 

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07 juillet 2016

Cythère - des ruines et du vent

Si pour beaucoup de voyageurs, la seule évocation du mot Grèce allume des images de petites maisons cubiques blanches noyées sous les bougainvilliers, mes rêveries toutes personnelles me renvoient plutôt désormais vers des cités de pierre endormies. Cythère en porte deux, l’une byzantine (Paléochora ou Paliohora), l’autre vénitienne (Kato Chora). Elles restent les deux plus fortes images du séjour, aussi mémorables qu’a pu l’être Vathia, dans le Magne. Nous les avons arpentées sous une météo chagrine - ciel bouché et morose -, malmenés, rudoyés sous des rafales dantesques. Inutile donc de souligner que ce temps d’automne (en plein mois de mai !) a coloré de manière « romanesque » nos déambulations étrillées par le vent, et que ces éléments déchaînés, en parfaite harmonie avec la situation géographique, l’histoire, les légendes qui courent sur les cités, n’ont fait qu’ajouter à notre enchantement.

Paliohora… la plaie de l’île, le souvenir douloureux d’un massacre perpétré en 1537 par Barberousse, pirate sous la bannière du Croissant, puis Grand Amiral de la flotte ottomane. La capitale byzantine de l’île ne put se remettre du saccage, ne fut jamais reconstruite et continue doucement de d’estomper, isolée, oubliée, perdue au milieu d’une nature qui a repris ses droits. Pourtant, Agios Dimitrios - de son vrai nom -, fut une ville puissante, riche, bâtie au XIIIe siècle par les Byzantins, au moment où ceux-ci reprennent Cythère aux Vénitiens pour quarante petites années (1269-1310). Bien évidemment, son emplacement ne doit rien au hasard : totalement invisible de la côte, elle est plantée dans les terres sur une falaise abrupte, au point de rencontre de deux gorges profondes, qui s’ouvrent et se prolongent jusqu’à la mer.

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La cité semble flotter, comme sur une île, au bord de ces deux gouffres vertigineux. Les maisons construites les unes collées aux autres - leurs murs extérieurs servant de ligne de défense -, suivaient la ligne du ravin, impossible à escalader. Toutefois, la population augmentant, la ville se développe hors de cette ligne naturelle, vers le Sud, sans avoir le temps d’enfermer les nouvelles constructions à l’abri d’une muraille fortifiée. Par malchance, Barberousse sévit à ce moment-là dans les Ioniennes, cherche la capitale de Cythère et finit par apercevoir des fumées d’habitation qui lui indiquent la position d’Agios Dimitrios. Il ne lui reste plus qu’à remonter les ravins à partir de la mer et à profiter de cette brèche ouverte. La réputation du Grand Amiral est telle qu’une partie de la population préfèrera se jeter du haut des à-pics, plutôt que de tomber entre ses mains. La ville est pillée, brûlée, les habitants encore présents décimés ou vendus comme esclaves. Aujourd’hui, il ne reste de la splendeur d’Agios Dimitrios que quelques ruines, l’église d’Agia Varvara, et un pan de mur remonté, unique velléité de préservation du lieu.

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On y accède par une piste de deux kilomètres avant de s’engager sur un sentier mal entretenu, d’où émerge cette vision fabuleuse de cité fantôme. Le site n’étant pas sécurisé, il faut vraiment s’avancer prudemment, notamment lorsque les bourrasques tourbillonnent et remontent des gorges. Surtout, l’ensemble du lieu, par la violence du paysage sauvage, le sifflement aigu du vent et ce vide abyssal à nos pieds, semble encore résonner de l’écho de la sauvagerie passée. On murmure même dans l’île, qu’il n’est pas bon de s’aventurer à Agios Dimitrios de nuit, toutes les âmes n’ayant pas trouvé le repos…

Á l’opposé, sur la côté Ouest de l’île, une autre ville s’agrandit après la mise à sac d’Agios Dimitrios. Les Vénitiens bâtissent Kato Chora au XVIe siècle (certaines églises témoignent toutefois d’une présence byzantine antérieure), pour préserver les habitants d’un nouvel assaut des pirates ; la cité (des remparts, un fort de 1565 portant les armes de la Sérénissime, des maisons à étages et une flopée d’églises) occupe une situation stratégique, protégée elle aussi par des falaises abruptes mais cette fois infranchissables, sans accès direct par mer.

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De plus, pour éviter de livrer des familles sans défense à la sauvagerie des pillards, le fort possédait sa propre garnison de soldats, venus de Crète et de Chypre (c’est aussi Kato Chora qui accueillera les rescapés de Momemvasia, lorsqu’elle tombera aux mains des Turcs en 1540). Au-delà des ruelles muettes, des murs usés, des charpentes chancelantes, des édifices délabrés, la dizaine d’églises construites au bout du village, suspendues au bord du précipice, forme un ensemble saisissant ; les toits de pierres plates sont même pour certaines au niveau du sol et il fallait à l’époque descendre rudement la paroi du précipice pour trouver la petite porte d’entrée (chose aujourd’hui impossible, dame nature ayant effacé bien des chemins).

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Ces églises posées entre ciel et terre, en équilibre à l’aplomb du vide dessinent une ligne bien fragile dans un panorama grandiose ; on se sent tout petits dans un site qui nous dépasse, dans une nature sculptée par le vent et les pluies, le regard perdu vers le point de fuite naturel au creux de la vallée de pierres, tout au fond, en direction de la mer.

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14 juin 2016

Cythère - sublime Avlemonas !

L’un des nombreux avantages à arpenter la Grèce hors saison, est de pouvoir partir mains dans les poches, le nez au vent et vous arrêter là où le coup de cœur vous tombe dessus. Et pour nous, ce fût le petit village d’Avlemonas, tout au bout d’une route qui trace jusqu’à la pointe Est de l’île. Considéré comme l’un des plus jolis endroits de Cythère, je certifie que cette réputation n’est en rien usurpée. La beauté du site, dans une région restée vierge de toute construction, est tellement manifeste, tellement perceptible, qu’on ne peut s’en extraire.

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Posé au bord d’une petite calanque, dont les eaux hésitent entre le bleu céruléen et le vert translucide, le village semble transporté des Cyclades, avec ses maisons cubiques blanches aux volets bleus, bien fleuries. Mais, avec modestie, sans se hausser du col. Car les habitants ont compris qu’il ne servait à rien de multiplier les habitations qui restent fermées neuf mois sur douze, d’aligner bars et boutiques pour touristes, de défigurer l’âme d’un village pour vendre la leur. Avlemonas est resté dans son jus, minuscule village de pêcheurs, simple et vrai. Alors, pas d’hôtel évidemment, juste quelques chambres à louer, trois tavernes, deux cafés, une épicerie, rien de plus. Encore moins au mois de mai d’ailleurs, puisque une seule taverne et le café tout proche nourrissent alors les locaux et les quatre touristes venus s'échouer ici. C’est d’ailleurs au-dessus du café Mpotzio, que nous avons eu le privilège de nous poser, dans un appartement avec terrasse, à la vue imprenable, directement sur la calanque. Les habitants du village, comme la famille Mpotzio, n’ont rien de ces Grecs volubiles, démonstratifs, aux capacités vocales impressionnantes : ils parlent peu, lentement, doucement, vous évaluent les yeux mi-clos et à force de vous croiser au retour des bateaux de pêche, à la taverne, lors des promenades vespérales,  ils vous acceptent bien volontiers dans la vie locale.

On arrive à Avlemonas en longeant la belle et longue plage de Paleopoli (déserte en ce mois de mai, en raison d’un vent tenace et froid), puis les rochers battus par la mer qui délimitent parfois de petits lacs intérieurs formant de minuscules marais salants naturels. Selon les guides, Cythère possèderait bon nombre de marais salants de poche, donnant un sel rare mais savoureux. Ensuite, sur la lande arasée par les rafales, se dressent les ruines d’une forteresse vénitienne, le Kastelo, datant du XVIe siècle, poste avancé qui gardait un œil sur la mer Égée mais aussi défense hérissée de canons contre les incursions de pirates.

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De là, on suit un chemin côtier qui longe le rivage très découpé, jusqu’au mouillage des embarcations des pêcheurs, Agios Nikolaos, port principal de l’île durant toute l’occupation de la Sérénissime. Au-dessus de cette anse bien protégée, se dresse toujours un vardiola en bon état, ancien observatoire ou poste de garde planté sur un écueil, aux allures de petite chapelle. Les Vénitiens l'utilisaient à des fins de communication, en combinaison avec tous les autres situés sur les sommets des montagnes.

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Enfin, tout au fond de la baie, se dresse l'impressionnant manoir d'Angelo Cavallini, un riche italien de Gênes. Le bâtiment qu'il fit construire en 1827 devint ensuite l'ambassade austro-hongroise, un poste de douanes, puis un simple café de village. C'est un descendant actuel de la famille Cavallini qui l'a racheté et restauré.

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C''est aussi au large d'Avlemonas que sombra en 1802 le Mentor, navire de Lord Elgin, avec à son bord 17 caisses en bois contenant les sculptures du Parthénon et autres antiquités provenant du Rocher Sacré. Sur le chemin de l'Angleterre, le navire essuie une terrible tempête et le capitaine décide de trouver un mouillage sûr à Cythère. Ce port n’est pas choisi par hasard, puisque l’île est alors sous domination anglaise, personne ne posera donc de question concernant la cargaison « sensible ». Le 17 septembre, le Mentor heurte les rochers et coule par 22m de profondeur. Immédiatement après le naufrage, Lord Elgin organise le sauvetage de la cargaison, qu'il décrit lui-même dans une lettre à l’intention du vice-consul de Grande-Bretagne à Cythère, comme «… quelques pierres sans valeur…». Des pêcheurs d’éponges de Symi sont réquisitionnés ; il leur faudra deux ans pour récupérer l'intégralité du butin, après avoir cassé une partie de la coque afin d’accéder à la cale.

Ce petit village d'Avlemonas et sa poignée d'habitants vivent à la fois dans un lieu chargé d'histoire mais aussi au creux d'une nature sauvage et indomptée. Si par beau temps c'est un délice de rêvasser au bord d'une mer limpide qui a sculpté un littoral de dentelle, c'est une tout autre atmosphère quand Poséidon se fâche et envoie tout valser. La tempête de printemps que nous avons essuyée n'a rien à envier aux coups de vent bretons. En l'espace de quelques heures, le brouillard, la pluie, les bourrasques, les vagues ont régné en maître, nous ramenant avec force à notre petite condition de mortels.  Cette leçon d'humilité explique aussi sans doute la modestie et la réserve des habitants taiseux, coutumiers de ces démonstrations d'éléments qui nous dépassent. 

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Avlemonas pratique :

            - La location de voiture est impérative. Trois, quatre loueurs se partagent le marché. Bonne expérience chez Cerigo Car (Cerigo est le nom vénitien de Cythère) ; 175 euros pour huit jours de location d'une petite Hyundai et aucune remarque sur les éraflures de bas de caisse glanées sur les routes non asphaltées. Sympa et très cool.

            - Mpotzio, café et loueur de notre petit nid idéalement placé. Une famille délicieuse, qui, en fonction de la météo du jour, vous conseille sur les lieux à visiter. Pour les soirs d'appétit léger, la maman d'Alexis prépare des assiettes de Pikilia végétariennes succulentes. La terrasse au bord de l'eau est très calme les soirs de mai, vous êtes seuls au monde !

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            - Taverne Sotiris, voisine du café Mpotzio - reconnue comme la meilleure taverne de poissons de l'île ; pêche du jour, langoustes grillées, pâtes au homard et certainement LA soupe de poissons la plus goûteuse jamais dégustée. 

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Et enfin, la compagne de ces vacances, surnommée Grisounette... admirez les yeux soulignés de Khôl...

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07 juin 2016

Embarquement pour Cythère - Introduction

Aphrodite y aurait vu le jour, Hugo, Nerval, Baudelaire et Verlaine l’ont chantée, Watteau l’a peinte… et pourtant, si l’île fait partie de notre imaginaire collectif, elle est très injustement méconnue. Quatre pauvres pages dans le Routard, pas de guide en français, elle reste le petit caillou isolé tout seul au Sud du Péloponnèse, le galet posé à la croisée des trois mers, Égée, Ionienne et Crétoise. Rattachée administrativement à l’Attique, elle fait pourtant partie de l’Heptanèse - les sept îles ioniennes. Bref, on ne sait pas trop quoi faire de ce bout de terre ignoré. Et c’est tant mieux ! À l’écart des lignes de ferry, mal desservie, l’île se rallie obligatoirement par avion si vous venez d’Athènes (et le billet n’est pas bon marché). Par conséquent, Cythère (Τα Κύθηρα) ne subit aucune pression touristique, préserve son mode de vie rural et sobre, ne vend pas ses terrains aux promoteurs avides et ne construit aucun complexe de béton. L’été, les Grecs exilés en Australie reviennent sur leur terre, s’installent dans leurs maisons de famille, louent les villas et les studios, font vivre les commerces et les tavernes, contribuant largement au développement des infrastructures de l’île.

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Nul besoin donc de défigurer Cythère avec des charters venus du Nord. Les locaux ont gardé le sens de l’hospitalité, un rythme de vie posé, des goûts simples. Excepté les mois d’été, 4000 habitants seulement vivent à Cythère ; agriculture, pêche, petits élevages, apiculture, rien d'autre. Pas de grands musées, de sites archéologiques notables, de temples, mais les vestiges fanés d'une présence byzantine puis vénitienne.

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Alors, pourquoi faire escale à Cythère ? Parce qu'elle est un peu "désorientée", avec un petit goût de beurre salé assez inattendu. Ces côtes découpées, ses brusques changements de climat, la réserve de ses habitants, m'ont parfois rappelé le Finistère. En plein de mois de mai, nous n'avons pas échappé à la pluie, au vent déchaîné, au brouillard qui vient noyer les collines, avec en prime une jolie tempête assez mémorable. Mais nous avons aussi goûté à une nature ripolinée de fleurs jaunes, aux plages encore tranquilles, aux chapelles perchées sur des pics improbables et à ces ruines de cités aujourd'hui silencieuses que j'affectionne tant. Elle est une des rares îles à ne pas porter l'empreinte du joug ottoman - elle restera possession vénitienne durant cinq siècles, mais subira d'importants pillages de pirates.

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Á la première rencontre, l'île paraît pierreuse, sèche, très déboisée pourtant elle cache dans de profondes gorges des chutes d'eau, des cascades, mais aussi des forêts de hauts pins et d'eucalyptus. Il faut prendre son temps pour découvrir Cythère, dont la beauté ne resplendit pas immédiatement aux yeux des voyageurs. Mais en suivant les petites routes, en écarquillant bien les yeux, en adoptant le pas lent des îliens, on découvre de vrais trésors dans des villages paisibles, des criques perdues au bout d'une piste,  des églises tapies au creux d'un vallon, et des paysages sauvages noyés de brume, comme un bout de Magne qui aurait glissé sur les flots.

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Un guide toutefois précieux, réalisé avec le soutien financier des associations d’Australiens émigrés : In search of Kythera, Venturing to the island of Aphrodite, par Tzeli Hadjidimitriou

 

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