03 septembre 2016

Cythère, the last - une côte presque parfaite

Un temps trop venté nous a un peu éloignés des plages et totalement de la baignade. Pourtant, nous avons bien des fois louché sur des criques magnifiques et de grandes plages de sable blond, qui doivent être bien délicieuses dès que Éole s’en va souffler ailleurs. Pour ceux qui résideraient à Avlémonas, une très longue plage se déroule avant d’arriver au village. Nous la trouvons un peu tristounette lorsqu’elle est déserte mais elle est facile d’accès. En amont encore, on croise l’image de carte postale des "bains d’Aphrodite", grotte creusée dans le rocher où la déesse aurait eu ses habitudes. Aphrodite, Saint Jean (qui aurait armorcé son Apocalypse dans une grotte au-dessus de Kapsali), Hélène, Pâris... du bien beau monde s’est embarqué pour Cythère...

 

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Sur la côte Est, la montagne plonge doucement vers le village de Diakofti, sa longue plage blanche et ses eaux turquoises paradisiaques. On découvre le panorama en descendant, incrédules devant des tonalités de bleus dignes d’un atoll. La mer est ici peu profonde, translucide, toute calme, parfaite donc pour des vacances avec de jeunes enfants. Toutefois, les tempêtes d’hiver ne doivent pas être inoffensives, comme l’atteste cette carcasse imposante, accrochée à un tout petit caillou, témoin d’un naufrage spectaculaire à moins d’un miles du bord. Si vous effectuez la traversée de Neapoli, de Gythion ou de Monemvassia, votre ferry accostera sur l’îlot de Makrykythira, relié à Diakofti par une route étroite, qui enjambe un quasi lagon azuré. Le petit village de pêcheurs qui borde la plage nous a semblé bien accueillant, certes un peu endormi en cette fin de printemps, mais pas trop avarié par le tourisme et une surexploitation débridée.

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Je n’en dirais pas autant de la seule plaie de Cythère, un furoncle vraiment pas reluisant, Agia Pelagia, station balnéaire cheap et ratée. Sorti de terre pour l’exploitation de la plage déjà pas terrible de Firi Ammos (ne pas confondre avec l’autre Firi Ammos, beaucoup plus joli, au Sud, pas loin de Kalamos), et certainement pour dynamiser le Nord de l’île, le village factice est une succession d’hôtels, de tavernes, de bars sans âme et sans histoire, déjà défraîchis, sur laquelle flotte une vague odeur d’égout. Á fuir !

Si pour moi Limionas est l’endroit le plus agréable pour se baigner/rêvasser/lire/se couper du monde…, il faut bien avouer cependant que la plage emblématique de l’île, Kaladi, n’est en rien surcotée ; le site se situe un peu avant Avlémonas, en à-pic d’une falaise, où trois petites criques successives se sont lovées dans la pierre creusée. Se baigner ici se mérite, puisqu’il vous faudra descendre et surtout remonter une bonne centaine de marches pour y accéder ; avantage certain pour éviter une surpopulation en été, et obstacle majeur à l’envahissement de transats et de décibels incongrues.

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Tout au Sud, gros coup de cœur pour Kapsali, village en deux temps, qui s’étale le long de deux baies. La première est un peu pressurisée pour les visiteurs de l’été, mais un réel effort a été fait pour garder le front de mer ravissant et aéré. La seconde anse, où sont amarrés les bateaux de pêche, est restée dans son jus, plus brute, moins léchée. C’est un bon plan de loger ici, surtout lorsque la nuit tombe et que s’allume au-dessus de Kapsali le village de Chora.

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Pour nous, mise à part la situation géographique et l’évidente beauté du lieu en entier (un dédale de maisons blanches, une forteresse italienne en surplomb au-dessus de Kapsali), nul enchantement pour ce Chora trop lisse, devenu capitale après la destruction de Paliochora. Nous avons tant adoré l’authenticité, l’isolement, la déréliction, la brutalité même de la décrépitude de Katochora et de Paliochora, que nous baillons d’ennui à arpenter un village à l’esthétique si travaillée. Sans doute, Chora ressemble trop pour nous à un village cycladique qui n’a rien à faire à deux heures de bateau du Magne. Alors oui, c’est joli, c’est fleuri, tout mignonnet, mais déjà vu et revu. Au bout de Chora, la "Fortezza" italienne mérite qu’on s’y arrête ; construite par les Vénitiens en raison de sa position stratégique, elle forme avec ses bâtiments (prison, poudrière, églises) un bel ensemble cohérent.

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24 août 2016

Romance sans paroles - Ménis Koumandaréas

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Le Beau Capitaine (Ο ωραίος λοχαγός - 1982)

Roman de Ménis Koumandaréas

Traduction Michel Volkovitch

Quidam éditeur, 2011

 

 

 

J’avais terminé La Femme du métro en bougonnant, perplexe devant ce roman estimé d’une foule de lecteurs, qui sonnait pourtant étrangement faux à mon oreille. Comme si l’auteur avait volontairement travesti un sujet personnel trop audacieux dans une histoire préfabriquée, simpliste, bridant sa plume pour s’en tenir à un exposé frigorifique, presque clinique d’une relation impossible. Ménis Koumandaréas poursuit quatre ans plus tard, dans Le Beau Capitaine - mais avec quelle adresse, cette fois ! -, la même dissection des âmes qui hésitent, tout au bord de l’abîme, à faire le grand saut ; le jour où la vie réelle et le bonheur passent à portée de main, prend-on le risque de se jeter dans le vide, ou bien leur tourne-t-on le dos, en regardant les années passer sans avoir vécu ?

L’auteur interroge ici un membre éminent du Conseil d’État dans un huis clos étouffant, presque hypnotique. Sur une période de neuf ans, un jeune capitaine d’infanterie demande inlassablement à la haute juridiction l’annulation des décisions de sa hiérarchie militaire, qui s’acharne à détruire injustement sa carrière, sur des prétextes infondés. Ces requêtes à répétition vont lier l’officier et un conseiller d’État vieillissant, chargé d’étudier la validité de chaque recours et de présenter les demandes en séance devant le tribunal. Si le cadet voue très vite à l’homme de loi un respect mêlé d’admiration pour son statut social, son habileté de juriste et son appui sans failles, le conseiller voit de son côté son existence bien rangée se fissurer, tel un Aschenbach devant les premières lueurs de la beauté. Pas sûr même que l’homme comprenne vraiment ce qui lui arrive ; il est de ceux qui passent leurs soirées avec Tennessee Williams, Sappho, Cavafy ou Tchaïkovski, sans se douter de ce qu’ils ont tous en commun. Le célibataire endurci, solitaire, mélomane et lettré reste prisonnier de sa caste, de sa fonction, commentant de loin les bouleversements politiques et sociaux de son pays qui ne l’atteignent jamais. Il n'est que spectateur des événements, même de ses propres émotions qu’il ne sait ou ne veut interpréter.

Ménis Koumandaréas fait preuve dans ce roman d’une exquise délicatesse pour décrire les symptômes d’un simple trouble, qui vire parfois à l’exaltation, jusqu’au vertige. Sans cesse revient dans la bouche du conseiller sa fascination pour le physique admirable du Capitaine, sa prestance, sa démarche, ses yeux gris clair, ses traits harmonieux, et surtout cette lumière aveuglante qui l’entoure comme un halo sacré : "Peu à peu, sans que je m’en rende compte, son visage devint le compagnon permanent de ma pensée. Partout où j’allais, je le traînais avec moi comme une phrase musicale ou un vers gravé dans la mémoire. J’avais l’impression qu’il me confiait ses pensées... Dans les réceptions, le visage d’un beau garçon qui nous servait me rappelait aussitôt ses traits, et le soir, quand j’écoutais les Vêpres de la Vierge, le même visage m’apparaissait immaculé, baigné de lumière".

Impossible pourtant d’envisager une progression dans les relations des deux protagonistes ; le livre avance comme un disque rayé, repassant sans cesse sur les mêmes sillons, sans issue : « accusation de l’armée, requête, jugement, annulation », ce même cycle, encore et toujours. L’histoire du conseiller et du Capitaine tourne en boucle fermée, tous deux témoins d’une époque qui s’épuise, cadenassée et refermée sur elle-même : la toge des conseillers bordée de velours, agrémentée de collets de lin blanc, les bulletins de santé du Roi Paul, le Vieux Palais royal, les horloges arrêtées, les planchers mangés aux vers, les lambris de chêne, sont autant de marqueurs d’une atmosphère surannée, oppressante où se cognent deux spectres qui n’ont même pas de nom, désignés par leur fonction, incarnant deux corps d’État qui s’affrontent. Au dehors, pourtant, c’est le chaos ; élections truquées, valse des gouvernements*, assassinat du député Lambrakis, trahisons, renversement d’alliance, discrédit des institutions, jusqu’au coup de poing final des militaires en 1967.

Si Ménis Koumandaréas persiste à railler la vieillesse et à soupirer après la/sa jeunesse qui s’est envolée, il le fait beaucoup plus subtilement que dans La Femme du métro,où il me démangeait de balancer quelques calottes à son héros capricieux, vaniteux et donneur de leçons. Notre jeune Capitaine ici a tout de l’innocent à peine conscient de sa beauté, sensible, vulnérable, intègre et juste : "Le visage du Capitaine, malgré son attirance pour le droit, était un poème, de ceux que la nature offre provisoirement à l’homme et que lui, sans y penser, promenait dans les casernes". Bien sûr, il dénote ; se passionner pour Nijinski sous le nez de brutes épaisses, avinées et quasi analphabètes ne lui facilite pas l’avancement. Il ne comprend rien à la jalousie sournoise qui transpire chez ses supérieurs, qui le manipulent et se jouent de lui avec perversité. Suffisamment pour user ses maigres défenses et faire vaciller une santé mentale déjà fragile.

Le conseiller s’interroge souvent sur les traits encore juvéniles du Capitaine pourtant âgé déjà de 27 ans au moment de leur rencontre ; "Ce visage était même de la jeunesse insouciante, façonnée avec soin par l’enfance et menée à la perfection par l’adolescence... ce jeune visage concentrait les plus hautes vertus qu’on puisse voir chez un être humain : jeunesse et beauté, générosité, caractère. Un sculpteur antique, de l’époque classique surtout, n’aurait presque rien eu à lui ajouter". Tant que le conseiller veille sur lui, l’accompagne dans ses démarches, accorde du crédit à son histoire, le Capitaine garde le visage lisse d’Adonis. Le Dorian Gray à trois étoiles reste fidèle à son auto-portait, qu’il a offert au juriste en remerciement de son aide. Quand l’armée décide de lui reprendre ses galons pour une retraite anticipée, que le conseiller commence à douter du bien fondé de ce combat inégal, le Capitaine se flétrit en quelques mois, prenant l’apparence d’un vieillard voûté et négligé. Le temps s’accélère parfois d’une étrange façon dans ce royaume de Grèce qui agonise...

Le livre se referme dix ans plus tard, dans l’appartement du conseiller très âgé, qui relate à un jeune officier venu l’entretenir d’une requête déposée au Conseil d’État, cette histoire dont bruissent encore les couloirs de la vénérable institution. Cette scène finale qui atteint le sublime, mélancolique et brumeuse, dessine un conseiller toujours bouleversé par le souvenir de son beau Capitaine, incapable de faire son deuil de la jeunesse et de la beauté ; un homme d’un autre temps, qui continue ses conversations avec le seul être qu’il ait jamais aimé et qu’il salue d’un geste de la main, à sa fenêtre, en voyant un uniforme s’éloigner.

 

 

* Où l’on croise déjà les Papandrèou, les Mitsotakís, les Karamanlís…

 

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10 août 2016

Cythère - un petit bout de paradis après Mylopotamos

Mylopotamos et Kato Chora nous avaient déjà mis des étoiles plein les yeux, c'est donc tout sourire que nous avons poursuivi la route qui descend vers la mer sur vingt bonnes minutes. Le paysage que l'on découvre peu à peu est sublime, même par temps couvert, lorsque le vent joue avec les plaques de brouillard qui cachent et révèlent tour à tour une côte très découpée.

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Les rafales, mais aussi les stigmates des derniers incendies ont arasé la végétation qui renaît peu à peu de ses cendres sur ce sol aride. Un petit chemin qui court le long de la falaise donne accès à la grotte d'Agia Sofia, creusée à soixante mètres au dessus de la mer. Elle n'est ouverte que de juin à septembre - donc, chou blanc en ce qui nous concerne. Mais si vous passez par là en été, je pense qu'elle vaut le détour, au vu des photos de notre guide. Fresques du XIIIe à l'entrée, puis parcours sur deux cents mètres entre les stalagmites et stalactites dans un complexe de chambres et de petits corridors. Je passe sur les croyances et légendes les plus farfelues (c'est ici que Paris et Hélène se seraient mariés après avoir quitté Gythion...), la grotte servait surtout de lieu de repli à la population en cas d'attaque de pirates. Même si nous avons trouvé porte close, la balade à flanc de paroi offre de superbes points de vue.

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Et ensuite, en descendant toujours, cap sur ma plage préférée, Limionas. Même le soleil s'est mis de la partie pour illuminer cette petite anse de toute beauté. Évidemment personne en ce mois de mai trop venteux pour tenter une baignade, le site est donc tout à nous. Trois hangars à bateaux, deux minuscules maisons blanches d'un côté, une jolie demeure retapée sur la gauche, en haut, une chapelle de poupée, nulle autre pollution visuelle. Des tamariniers, des épineux, des brassées de thym en fleur encadrent un dégradé de bleus divin.

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L'endroit caresse dans le bon sens ma forte propension à la sauvagerie ; J-P calme mon enthousiasme d'ermite atrabilaire en soulignant que les rayons insolents de l'astre solaire sont pour beaucoup dans la féérie de ce décor et que les hivers doivent être sacrément pénibles dans ce bout du monde isolé de tout. Qu'importe la voix de la sagesse, je me liquéfie pour cette crique de carte postale, dont ma moitié a bien du mal à m'extraire. Décidemment, cette île qui ne payait pas de mine sur le papier, dévoile chaque jour des merveilles insoupçonnées. 

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03 août 2016

Paysage dans le brouillard

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Le seul héritage (Η μόνη κληρονομιά - 1974)

Recueil de nouvelles de Yórgos Ioánnou*

Traduction Ismini Vlavianou

Éditions La Différence

 

 

Certains écrivains sont un peu bancals, jetés entre deux mondes, deux cultures, deux langues, bercés de récits d'une terre perdue et d'un insupportable exil. Né en 1927 à Thessalonique, héritier d'une famille chassée de Thrace orientale, Yórgos Ioánnou grandit au milieu des déracinés sans le sou, encaisse la Deuxième Guerre mondiale, l'Occupation, enfin une guerre civile. D'aucuns pourraient en sortir brisés, déséquilibrés ou enragés, on peut aussi vouloir remettre de l'ordre dans tout ce chaos par l'écriture. Mais entrer dans l'univers de Yórgos Ioánnou n'est pas chose aisée ; l'auteur mêle ses souvenirs, l'intime, avec la mémoire collective, les transformations d'une grande cité bigarrée, les bouleversements politiques. Yórgos Ioánnou se raconte sur quarante ans d'histoire de la Grèce du Nord, certainement lisibles pour ses contemporains, mais beaucoup plus confus pour des lecteurs du XXIème siècle, très moyennement au parfum des échanges de populations, des jeux de pouvoir, des alliances, des luttes internes, de la géographie même de la région.

C'est donc ici que, normalement, on compte sur le traducteur (et l'éditeur) pour nous déblayer le chemin, décoder les sous-entendus, décrypter les ellipses, expliciter les raccourcis, bref nous rendre le texte intelligible, surtout lorsque le style même de l'écrivain, ses techniques de narration, brillent déjà par leur complexité. Peine perdue, la traduction est stupéfiante d'insuffisance. Être traducteur est un métier ; c'est être un passeur, un éclaireur, c'est aussi et surtout maîtriser suffisamment sa propre langue pour y verser un rythme, un mouvement, un balancement, une musique venue d'ailleurs qu'il faut transposer. Or, cette traduction pèche par manque de rigueur, de cap, de tension, de choix forts assumés, pour former un tout cohérent. J'ai certes un petit niveau de grec moderne mais je suis malgré tout capable d'entendre quand le changement de langue "coince" et qu'il manque d'harmonie. Yórgos Ioánnou écrit court, son émotion est sèche, ses chutes sont vertigineuses, ses non-dits sont assourdissants. La partition au cordeau, dégraissée, aride, émaciée, que l'on perçoit de très loin, est devenue un brouet mollasson et discordant. Quant aux notes, elles sont répétitives, incomplètes souvent, inutiles pour beaucoup et inexistantes quand il le faudrait. Aucune introduction historique, de mise en situation, de chronologie, on jongle entre le livre et les recherches sur internet pour y voir plus clair - quand on ne dérange pas carrément ses copines profs de Grec pour éclairer de leurs compétences les vides de l'édition.

Et le texte dans tout cela ? Il y a de sacrées belles choses, en dépit de ces nombreuses réserves sur la traduction. Yórgos Ioánnou manie avec virtuosité une narration tordue, brisée, qui fonctionne par association d’idées. Les nouvelles n’ont pas de structure bien définie, elles avancent en zigzag selon un enchaînement souvent surprenant et bien malin le lecteur qui devine où la plume vagabonde de l’auteur va le mener ; Ioánnou passe son temps à rebondir sur un mot, une image, qui nous entraîne bien loin de notre point de départ avant de nous y ramener sans en avoir l’air, comme une boucle qui aurait pris bien des chemins obliques.

Même si les nouvelles font écho à tous les drames qui ont ébranlé ses jeunes années, Yórgos Ioánnou s’interdit tout débordement, bride son affectif et préfère jouer d’une certaine économie de moyens ; là où Cosmas Polìtis** faisait revivre Smyrne avec lyrisme, chaleur et émotion, Ioánnou manie l’ironie, voire le grincement, pour relater de minuscules incidents de la vie quotidienne, des souvenirs bruts, isolés dans quelques pages, qui prennent pourtant une sacrée résonnance. Á partir du récit tout simple de quatre visites d’une vieille femme en noir sur le seuil de sa maison, venue à quelques années d’écart boire l’eau de son puits, l’auteur nous parle des déracinés des deux camps, de cette douleur et de cette nostalgie qui ne peuvent s’atténuer avec le temps, de la destruction de Thessalonique sous les bombes, du monde moderne qui ne veut plus rien savoir de ce passé qui saigne encore et que l’on enfouit sous le béton de la reconstruction ; rares sont les écrivains capables d’être puissants avec de la retenue.

Enfin, il y a un joyau dans ces nouvelles des années sombres parcourues de combats, d’humiliations, de violence, de destruction, une ode magnifique dédiée à cette ville du Nord. Certes, en 1974, Thessalonique ne ressemble plus à la cité cosmopolite accueillante pour tous les réfugiés ; la guerre, l’urbanisation débridée, la spéculation immobilière, la destruction programmée des quartiers historiques ont profondément transformé l’identité, l’atmosphère de la ville. Thessalonique a perdu sa saveur singulière dans son nouveau décor monochrome aseptisé. Mais il reste une chose, ces brouillards d’hiver qui s’abattent sans prévenir, cette humidité lourde qui noie la laideur nouvelle. Loin de sa ville natale désormais, Ioánnou se souvient de ses promenades qui l’amenaient jusqu'au port, de ses errances parmi les silhouettes fantômatiques, de ce flou enchanteur qui enveloppait la cité moderne. Et aujourd’hui encore, lorsque ses rêves le ramènent vers Thessalonique, « je pars pour me perdre à nouveau dans les tramways, les lumières et la circulation. Je n’ai à l’esprit que le brouillard et tout ce que j’ai aperçu en lui. Les nuits chargées de brume, je marche longtemps en essayant de m’oublier. »

 

* Γιώργος Ιωάννου (1927-1985), professeur de grec ancien, écrivain, poète, dramaturge, traducteur, journaliste littéraire et essayiste.

**in Avant que la ville brule

 

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23 juillet 2016

Cythère - villages de l'intérieur

Mitata - Potamos - Mylopotamos

 

Contrairement aux îles enlaidies par le béton, Cythère garde, sagement indemnes de nouvelles constructions modernes, ses villages séculaires ; on retape, on préserve, on embellit, on agrémente. Les petites routes sont parsemées de ces hameaux au naturel, où les horloges ne sont pas pressées d’avancer, toujours rythmées par un tempo bien lent. L’île est biffée d’une route Nord-Sud, coupée à angle droit en son milieu par une deuxième, qui part à l’Est vers le port de Diakofti. Ces deux routes très empruntées, très dégradées ne permettent pas de prendre le pouls de Cythère ; préférez nettement les voies secondaires, moins abîmées de fait, qui serpentent entre les genêts, les champs et les oliviers, pour partir à la découverte des villages. Détail qui n’en est pas un, les panneaux de signalisation sont dans un état de délabrement rarement vu ailleurs, une bonne carte s’impose donc.

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Au Sud de l’île, prenez le temps de vous perdre dans deux grappes de lieux-dits, posées des deux côtés de la route principale : rien d’architecturalement renversant certes, mais on roule à vingt à l’heure entre de vieilles fermes imposantes, on découvre des chapelles cachées, des moulins endormis, des ruines vénitiennes et des demeures néo-classiques aux balcons ouvragés, aux entrées voûtées et on s’arrête souvent pour laisser les troupeaux de chèvres et de moutons changer de prés.

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Cette campagne sèche, pauvre, silencieuse, austère, laisse la place en remontant vers le Nord à une végétation de plus en plus luxuriante, le relief se modifiant rapidement : la couleur passe du jaune au vert, le paysage bien lisse se hérisse de gorges, d’à-pics, d’où ruissellent d’importantes cascades. Le village de Mitata, construit au bord d’un plateau, avec à ses pieds une vallée émeraude, est couvert de jardins échelonnés le long des pentes, arrosés naturellement par les nombreuses sources. Ce nom de Mitata vient de το Μιτάτο, qui désigne le lieu où le berger transformait le lait en fromage, construction de pierres que l’on peut toujours rencontrer sur les plateaux crétois. Ce village très boisé, entouré de ravines, est aussi le plus vieux de l’île, déjà mentionné au 12e siècle. Ces vastes maisons anciennes sont construites selon le même plan, entourées d’un mur extérieur, agrémentées de petites cours fleuries comme des patios : stockage de vivres et de bois au rez-de-chaussée, four extérieur, habitation à l’étage pour les plus belles. Le village entretient ces vieilles bâtisses, les repeint de couleurs chaudes, les transforme en chambres d’hôtes pour les faire revivre. Rien de factice toutefois, le village baigne toujours dans son jus.  

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Ces sources abondantes ont donné son nom au plus grand village du Nord, Potamos, carrefour économique et commercial de 350 habitants - la mégalopole de Cythère en quelque sorte ! On y vient le dimanche matin, d’abord pour le marché où se retrouvent les producteurs de l’île (fruits et légumes, miel et fromages) et surtout pour se raconter les dernières nouvelles - et cela prend du temps ! La grand’place du village se partage entre les étals et les terrasses de café qui débordent, accueillant les familles au sens large, les bandes de quadras pipelettes, les papous qui s’écharpent en parlant politique, les yiayias qui potinent ; frappés, ouzo, mezzés, bières, le ballet des serveuses est spectaculaire. Le contraste est vraiment impressionnant entre le niveau sonore dominical et la quiétude du reste de la semaine où il est agréable de se balader dans des rues moins fréquentées ; avec ses belles maisons, ses jolies devantures, ses excellentes pâtisseries et fromageries, Potamos marie une vie de village dynamique avec une forte identité et une tradition de franc-tireur : à l’époque vénitienne, Potamos déjà oppose ses idées "libérales" à l’ordre établi des aristocrates italiens, qui vivent plus au Sud, à Chora. Potamos fut d’ailleurs le berceau du Commandant Panos Koronaios, héros de la lutte pour l’indépendance de la Crète en 1886, et dont la statue orne la place centrale. Le village fut ensuite le siège de l’administration pendant une brève période, en 1917, lorsque, pro-Venizelos, Cythère se déclare "région autonome". Pendant la 2ème Guerre mondiale, c’est Potamos qui abritera évidemment le QG des résistants, invariablement hostile à tous les envahisseurs. *

 

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Troisième incontournable village, l’adorable Mylopotamos, qui ouvre la porte des ruines de Kato Chora : une seule rue où s’échelonnent trois boutiques, une taverne succulente blottie sous des platanes, et le clocher d’Agios Sostis qui égrène les heures. Se développent rapidement une langueur, des gestes au ralenti, une propension à l’indolence dont on a bien du mal à s’extirper. Juste au-dessous de la place, une sorte d’écluse transforme la rivière en retenue d’eau, où les femmes du village lavaient jadis leur linge. Lorsque les pluies d’hiver ont été abondantes évidemment, car cette année, les canards pataugeaient dans trente centimètres d’eau, un peu saumâtre. Pour la même raison, impossible d’apprécier les chutes d’eau et les moulins qui parsèment le coin. Toutefois, ce petit patelin silencieux, lové à l’entrée d’un site de toute beauté, est une halte obligée de la Cythère intacte, immuable, tranquille et hospitalière.

 

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* Potamos possède aussi une très chouette librairie (et une charmante libraire), après le marchand de fromages en montant...  nous y avons déniché au rayon scolaire, une histoire de la mythologie grecque en bandes dessinées truculente.

 

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14 juillet 2016

Un autre été grec

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Avant que la ville brûle  (Στου Χατζηφράγκου - 1962)

Roman de Cosmas Polìtis

Traduction Michel Volkovitch

Éditions Publie.net, 2016

 

 

 Avant propos :

- la lecture est facilitée si on s'est plongé d'ABORD dans la postface du traducteur.

- manque une bonne carte de la ville pour s'y retrouver ; vous la trouverez à la fin de ce post.

 

Ce livre, je viens d’en terminer la quatrième lecture ; rares sont les romans qui supportent les visites prolongées. Mais certains engendrent cette dépendance, ce besoin du retour au texte dont on sait ne pas avoir décelé encore toute la beauté. J’ai fini par comprendre que j’avais affaire à bien plus qu’un simple roman, en me laissant non plus porter par l’histoire, mais par la langue. Cosmas Polìtis fait revivre la cosmopolite ville de Smyrne au printemps 1902, vingt ans avant sa destruction sur le bûcher des vanités et de la folie des hommes : à la fois comme un architecte de la narration et un immense poète.

Jamais explicitement nommée, c’est la ville qui donne sa respiration au roman, c’est elle qui agrège les petits événements du quotidien, qui crée le lien entre les personnages, au fil des saisons, des festivités, des bonheurs et des drames qu’elle traverse. Nulle description verbeuse, plaquée, artificielle ou boursoufflée la concernant, Smyrne est un personnage qui prend le temps de s’installer, subtilement. L’auteur lui consacre les six premiers chapitres plus le neuvième, la faisant revivre au temps de sa splendeur.

Pas vraiment d’intrigue suivie dans ces pages, mais une longue balade pour le lecteur, qui s’accroche aux basques d’un jeune ferblantier, d’un pope, d’un groupe d’élèves en excursion, d’une vieille bigote superstitieuse ou d’un simple d’esprit. La ville se dessine, s’articule, prend forme sous la plume de Cosmas Polìtis, comme un artisan composerait sa marqueterie, pièce après pièce. Pour donner une identité forte à cette cité bigarrée de 300 000 habitants, il place au cœur de son ouvrage le quartier populaire d’Hadzifrágou ; c’est au travers du regard des ouvriers, des mères-courage, des vieilles filles hystériques, des garnements bagarreurs, des instituteurs nostalgiques de la Grande Grèce que lentement émerge Smyrne. Pas pour autant de mélancolie en noir et blanc pour la ville qui l’a vu grandir : Cosmas Polìtis réveille le bruit et la fureur d’un port de commerce, les bals et les théâtres, les senteurs suffocantes des marchés et des épiceries, les fanfares et les chœurs d’enfants, les chameaux porteurs de réglisse et d’opium dans la lumière éclatante des étés du Sud.

Smyrne bouillonne, bourdonne, accueille toutes les nationalités, toutes les croyances, qui cohabitent sans trop de frictions. L’auteur illustre cette universalité qui baigne la ville, posée entre Orient et Occident, par l’amitié qui unit un pope à une famille juive, venue s’installer à Hadzifrágou, peu regardante de la tradition ; « nous avons passé toute notre vie avec des chrétiens, des Grecs. Avec des juifs nous serions comme des étrangers, nous ne connaissons pas leur langue ». Le  dieu que l’on vénère a peu d’importance quand le pope Nikòlas et sior Zacharias ont l’essentiel en commun, la musique, qu’elle se joue sur un oud ou un bouzouki. Le répertoire du musicien juif s’arrange aussi bien des amanés, des psaumes de David que de la musique sacrée revisitée en allegro dansant. De son côté, l’ecclésiastique orthodoxe n’est pas en reste pour malmener la superstition et combattre ardemment la bêtise humaine.

Ce pope Nikòlas, qui traverse nombre de chapitres, incarne l'humaniste, le pacifiste. Les tensions entre Grecs et Turcs ? : « Tout cela c’est la faute aux frontières et aux religions. Nous sommes tous des êtres humains. Il n’y a qu’un Dieu, peu importe qui est son prophète… et l’amour de Dieu commence par l’amour de l’homme ». Pire, il remet en question l’organisation de la société : « puisque le riche ne pouvait pas entrer dans le royaume des cieux, il fallait supprimer la liberté de s’enrichir. Bien des gens sauveraient ainsi leur âme... ». Jusqu’à l’amener au doute final : « Dieu était quelque chose d’inconcevable pour l’imagination humaine, et plus encore pour la pensée… mais Dieu avait donné l’ordre à Josué d’arrêter la course du Soleil pour que se poursuive la bataille et le massacre, alors qu’il fallait arrêter la rotation de la terre sur son axe. Comme si Dieu ignorait le mécanisme de sa création… Et puis ce Dieu vengeur et batailleur, comment avait-il changé d’avis brusquement, pour envoyer son Fils annoncer la paix sur Terre… ». Le père Nikòlas, « dont Dieu était la substance même, en arrivait à cette contradiction : l’idée qu’il pourrait vivre sans l’idée de Dieu… quand il en venait à de tels extrêmes, il chassait de telles pensées et se consacrait à sa tâche : aider ses frères ».

La tendresse amusée de Cosmas Polìtis pour ses personnages est presque une nécessité quand on ignore lesquels survivront au grand incendie, vingt ans plus tard. C’est au beau milieu du livre que jaillit ex abrupto le récit de ce que sera cette monstrueuse nuit d’embrasement. La noirceur, la tragédie, l’horreur de 1922, s’installent en creux de cet été grec solaire et joyeux, comme une dissonance atroce et sidérante pour le lecteur (et comme elle a dû l’être pour ses habitants). L’origine de l’incendie, ses causes historiques et politiques, les responsabilités des uns et des autres, importent moins à l’auteur que ce qu’il va balayer, anéantir, réduire en cendres : des liens familiaux, des amitiés, des amours, des victoires, des espoirs. Ce chapitre est le plus beau du roman, car Cosmas Polìtis donne la parole aux mots tout simples d’un jardinier vieillissant, qui se remémore ces heures cauchemardesques ; des couleurs, des sons, des odeurs, la peur et cette vague de feu qui déferle en dévorant tout sur son passage. Et surtout des images, des images hallucinées, « une soutane s’est envolée, elle planait là-haut, vide, noire sur le ciel de cuivre, la soutane de l’évêque et à côté de la soutane une cloche étincelante comme un soleil, chauffée à blanc, qui montait, qui sonnait tristement, de plus en plus haut jusqu’à disparaître à nos yeux ».

L’auteur ne rédige pas comme un scribouillard laborieux, il possède un don manifeste pour évoquer ses souvenirs en les nourrissant de sa culture d’homme grec ; ses personnages issus du petit peuple mêlent à leur quotidien la mythologie, le conte, le rêve, le merveilleux. Les enfants surtout, qui traversent le livre et qui lui donnent sa trame dramatique, sont pour Cosmas Polìtis des observateurs privilégiés, encore avides et enthousiastes, des beautés de la ville et de la nature. Les étonnements des enfants permettent d’ouvrir de petits récits internes, des digressions poétiques d’une infinie délicatesse. Arìstos et Stavràkis, deux adolescents, découvrent ainsi, lors d’une baignade, le cadavre d’une jeune fille nue. L’auteur décrit les jeux de la mer, du vent et du ciel d’une manière aérienne : "Elle dormait dans les reflets liquides, et ses longs cheveux noirs, rejetés en arrière, soulevés par la vague, donnaient de la vie à sa tranquillité... des algues vertes étaient mêlées à ses cheveux... ses doigts touchaient une coquille d’oursin vide... l’eau sentait l’amande amère et la bergamote... le couchant brodait sur elle des tulipes et des poissons d’or... le crépuscule versait partout ses violettes".

On pourrait multiplier les exemples de ces passages de pure poésie en prose, de ce fil sensible sous-jacent qui soulève le récit vers d’autres intentions que la seule réminiscence de la cité perdue, de ces petites touches fragiles qui illuminent le texte, se répondent de chapitre en chapitre, comme des étoiles qui s’allument pour guider le lecteur dans le dédale des rues la ville.

Irais-je aussi jusqu’à dire que j’ai senti parfois la présence d’Elytis dans cette écriture qui donne la primauté à la perception qu’offre le corps (le Elytis de la lumière et de la mer, pas celui conceptuel des poèmes volontairement sibyllins et hermétiques...) ? Sans aucun doute. Cosmas Polìtis aussi aurait pu écrire

"Je porte le deuil du soleil et des années à venir

Sans nous et je chante les autres déjà passées."*

 

* in Le Monogramme - 1971

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07 juillet 2016

Cythère - des ruines et du vent

Si pour beaucoup de voyageurs, la seule évocation du mot Grèce allume des images de petites maisons cubiques blanches noyées sous les bougainvilliers, mes rêveries toutes personnelles me renvoient plutôt désormais vers des cités de pierre endormies. Cythère en porte deux, l’une byzantine (Paléochora ou Paliohora), l’autre vénitienne (Kato Chora). Elles restent les deux plus fortes images du séjour, aussi mémorables qu’a pu l’être Vathia, dans le Magne. Nous les avons arpentées sous une météo chagrine - ciel bouché et morose -, malmenés, rudoyés sous des rafales dantesques. Inutile donc de souligner que ce temps d’automne (en plein mois de mai !) a coloré de manière « romanesque » nos déambulations étrillées par le vent, et que ces éléments déchaînés, en parfaite harmonie avec la situation géographique, l’histoire, les légendes qui courent sur les cités, n’ont fait qu’ajouter à notre enchantement.

Paliohora… la plaie de l’île, le souvenir douloureux d’un massacre perpétré en 1537 par Barberousse, pirate sous la bannière du Croissant, puis Grand Amiral de la flotte ottomane. La capitale byzantine de l’île ne put se remettre du saccage, ne fut jamais reconstruite et continue doucement de d’estomper, isolée, oubliée, perdue au milieu d’une nature qui a repris ses droits. Pourtant, Agios Dimitrios - de son vrai nom -, fut une ville puissante, riche, bâtie au XIIIe siècle par les Byzantins, au moment où ceux-ci reprennent Cythère aux Vénitiens pour quarante petites années (1269-1310). Bien évidemment, son emplacement ne doit rien au hasard : totalement invisible de la côte, elle est plantée dans les terres sur une falaise abrupte, au point de rencontre de deux gorges profondes, qui s’ouvrent et se prolongent jusqu’à la mer.

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La cité semble flotter, comme sur une île, au bord de ces deux gouffres vertigineux. Les maisons construites les unes collées aux autres - leurs murs extérieurs servant de ligne de défense -, suivaient la ligne du ravin, impossible à escalader. Toutefois, la population augmentant, la ville se développe hors de cette ligne naturelle, vers le Sud, sans avoir le temps d’enfermer les nouvelles constructions à l’abri d’une muraille fortifiée. Par malchance, Barberousse sévit à ce moment-là dans les Ioniennes, cherche la capitale de Cythère et finit par apercevoir des fumées d’habitation qui lui indiquent la position d’Agios Dimitrios. Il ne lui reste plus qu’à remonter les ravins à partir de la mer et à profiter de cette brèche ouverte. La réputation du Grand Amiral est telle qu’une partie de la population préfèrera se jeter du haut des à-pics, plutôt que de tomber entre ses mains. La ville est pillée, brûlée, les habitants encore présents décimés ou vendus comme esclaves. Aujourd’hui, il ne reste de la splendeur d’Agios Dimitrios que quelques ruines, l’église d’Agia Varvara, et un pan de mur remonté, unique velléité de préservation du lieu.

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On y accède par une piste de deux kilomètres avant de s’engager sur un sentier mal entretenu, d’où émerge cette vision fabuleuse de cité fantôme. Le site n’étant pas sécurisé, il faut vraiment s’avancer prudemment, notamment lorsque les bourrasques tourbillonnent et remontent des gorges. Surtout, l’ensemble du lieu, par la violence du paysage sauvage, le sifflement aigu du vent et ce vide abyssal à nos pieds, semble encore résonner de l’écho de la sauvagerie passée. On murmure même dans l’île, qu’il n’est pas bon de s’aventurer à Agios Dimitrios de nuit, toutes les âmes n’ayant pas trouvé le repos…

Á l’opposé, sur la côté Ouest de l’île, une autre ville s’agrandit après la mise à sac d’Agios Dimitrios. Les Vénitiens bâtissent Kato Chora au XVIe siècle (certaines églises témoignent toutefois d’une présence byzantine antérieure), pour préserver les habitants d’un nouvel assaut des pirates ; la cité (des remparts, un fort de 1565 portant les armes de la Sérénissime, des maisons à étages et une flopée d’églises) occupe une situation stratégique, protégée elle aussi par des falaises abruptes mais cette fois infranchissables, sans accès direct par mer.

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De plus, pour éviter de livrer des familles sans défense à la sauvagerie des pillards, le fort possédait sa propre garnison de soldats, venus de Crète et de Chypre (c’est aussi Kato Chora qui accueillera les rescapés de Momemvasia, lorsqu’elle tombera aux mains des Turcs en 1540). Au-delà des ruelles muettes, des murs usés, des charpentes chancelantes, des édifices délabrés, la dizaine d’églises construites au bout du village, suspendues au bord du précipice, forme un ensemble saisissant ; les toits de pierres plates sont même pour certaines au niveau du sol et il fallait à l’époque descendre rudement la paroi du précipice pour trouver la petite porte d’entrée (chose aujourd’hui impossible, dame nature ayant effacé bien des chemins).

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Ces églises posées entre ciel et terre, en équilibre à l’aplomb du vide dessinent une ligne bien fragile dans un panorama grandiose ; on se sent tout petits dans un site qui nous dépasse, dans une nature sculptée par le vent et les pluies, le regard perdu vers le point de fuite naturel au creux de la vallée de pierres, tout au fond, en direction de la mer.

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30 juin 2016

Un petit air de Grèce par ce temps pourri...

LG

Pas d'Athènes et de Skyros avant dix longues semaines... de quoi déprimer dans un Paris saturé d'eau, aussi terreux et venteux qu'un beau matin de novembre. C'est peu dire qu'on avait comme un besoin soudain d'entendre d'autres refrains que les rincées sur les carreaux ! Alors ce soir, direction le Chat Noir*, pour un aparté grec, une soirée à la gloire du rébétiko, dont l'âge d'or remonte à l'entre deux guerres; que cela nous  a fait du bien...

Je fus d'abord surprise de découvrir que le répertoire allait être un petit peu revisité selon les usages à la Française, c'est-à-dire en piano-voix ; mais il faut reconnaître que cette transposition n'altère en rien la beauté des chansons, et souligne au contraire leur souplesse vers d'autres arrangements. Le pianiste et la jeune chanteuse, Grecs tous deux - Yannis Plastiras (piano) et Alexandra Kladaki (voix), ont d'ailleurs joué avec la proximité physique que leur permet l'instrument, lors d'échanges complices, pour une vraie complémentarité musicale. Cette soirée "amicale", sans prétention, a permis aussi aux néophytes du genre de découvrir le rébétiko de la meilleure manière qu'il soit, expliqué, décodé par l'un de ses traducteurs.

 

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J'avais lu la sélection des rébétika traduites par Jacques Lacarrière et Michel Volkovitch**, sans imaginer un jour que je verrais l'un d'entre eux dans le rôle du passeur, venu rendre lisibles des textes peu accessibles pour un public sourd à l'argot du Pirée, au vocabulaire des fumeries de haschich, à la langue grecque matinée de turc revenue de Smyrne. Sans pontifier le moins du monde, Michel Volkovitch nous a raconté les origines, les particularités, la singularité de cette musique qui fait désormais partie de l'ADN des Grecs, même des plus jeunes, avant de nous présenter au fur et à mesure de la soirée, le texte de chaque chanson, interprétée par les deux artistes.

Si vous vous intéressez un tant soit peu à la langue grecque, pas forcément au rébétiko, vous trouverez aussi dans La Grèce de l'ombre une passionnante réflexion sur le travail du traducteur : le livre met en vis-à-vis sur des doubles pages, les chansons traduites par Jacques Lacarrière et Michel Volkovitch, sans qu'ils se soient concertés. Le résultat est étonnant à plus d'un titre : on devine alors aux bords de quels abîmes se promène un traducteur avant de se jeter à l'eau, et comment sa sensibilité, ses choix, son implication dans le texte, sa relecture pour en saisir "la substantifique moëlle" va emmener toute une œuvre vers une tonalité plutôt qu'une autre. On aimerait - pour une prochaine édition ?"- trouver le texte grec en miroir des chansons pour une lecture fluidifiée, apprendre un peu de vocabulaire des bas-fonds et jouer nous aussi à l'apprenti traducteur, si ce n'est pas trop demander.

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* 76 rue Jean-Pierre Timbaud - 75011 Paris

** La Grèce de l'ombre, éditions Le miel des anges (lemieldesanges@gmail.com) - 2014

 

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21 juin 2016

Γνωθι σεαυτόν

 

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La fiancée de l’an passé  (Περσινή αρραβωνιαστικιά - 1984),

nouvelles de Zyrànna Zatèli

Traduction Michel Volkovitch

Éditions Le Passeur, 2003 (aujourd'hui épuisé - je l'ai trouvé d'occasion) - disponible désormais chez publie.net

Débouler en littérature avec un recueil de nouvelles aussi hardi et singulier est un coup de maître. Née en Grèce du Nord en 1951, d’abord comédienne puis romancière, Zyrànna Zatèli impose dès son premier livre un talent inouï, avec aplomb, maestria et une originalité incontestable. Ce qui m’avait enthousiasmée sans réserves dans le Vent d’Anatolie se retrouve ici, dès les prémices de son œuvre. Certes, Zyrànna Zatèli appuie son entrée en littérature sur ce qu’elle connaît le mieux, son passé et sa région natale, une Grèce matinée d’accent slave, mais le tout revisité, repensé, recréé. Rien de folklorique, de coutumes ancrées dans une réalité temporelle ou géographique précise, l’auteur manie déjà l’art de l’esquisse et de l’allusion avec un crayon très sûr. Ce terreau familial devient la source d’un récit initiatique au travers d’une mosaïque de neuf nouvelles, très dissemblables par la forme mais traversées d’un même souffle, la ronde folle d’Èros et Thanatos ; un même personnage parcourt les histoires, grandit au fil des pages, passe de l’enfance à l’âge adulte, double vaguement autobiographique (un peu, beaucoup ou pas du tout) de Zyrànna Zatèli, avec pour deux repères, le désir qui s’éveille et la mort omniprésente.

Si le lecteur pense d’abord seulement tourner les pages d’un vieil album de photos sépia, il est subtilement envoyé dans un univers insolite, déphasé, fissuré de bizarreries, ouvert sur le monde d’en bas. L’époque évoquée, - la fin des années 50 et le début des années 60 -, permet de revenir naturellement à cette cohabitation entre le quotidien, le visible et l’extraordinaire, et la magie. Autour de l’héroïne et de sa famille, gravitent des personnages presque surréalistes, comme cette arrière grand’mère centenaire aux prophéties toujours exactes, des triplées boiteuses, un vieux chantre aveugle qui regarde passer les moutons, des jumeaux muets, syphilitiques et suicidaires, une mère de famille qui soigne sa neurasthénie en pissant debout comme les vaches... Il faut dire aussi que le coin où la petite s’éveille à la vie est une vraie cour des miracles ; quelle est rugueuse, fruste, violente, cette Grèce du Nord rurale ! Nulle solidarité entre les pauvres hères, on boit beaucoup, on se vole, on se cogne, on planque des pistolets dans les trousseaux des filles, on met fin à ses jours en gobant de la mort-aux-rats, on tripote de jeunes enfants, on meurt de maladie vénérienne ou en se jetant au fond d’un puits. Alors, il faut toute l’innocence et cette capacité à voir et créer le merveilleux d’une enfant pour sortir de cette boue.

La fantaisie, le rêve, l’audace, l’affranchissement de tous les carcans, sont les maîtres-mots de cette Zyrànna en devenir, qui affirme très tôt sa façon de voir la vie. Le recueil s’ouvre sur les fiançailles de cette petite fille de onze ans avec son chat, fiançailles tout ce qu’il y a de plus sérieuses. C’est sa manière à elle, toute personnelle, de bercer ses premiers chagrins, "la première solitude de la vie". Cette douleur enfantine primitive, cette intuition que les choses en devenir ne seront pas simples, dictent très tôt une ligne de conduite imperturbable : la liberté, quel qu’en soit le prix. Il y a chez Zatéli un peu de la Colette des débuts, frondeuse et amorale, avant qu’elle ne devienne la Baronne de Jouvenel puis la bonne dame du Palais Royal. Le recueil est traversé, comme l’ont été les Claudine, d’une insolence, d’une liberté amoureuse et sexuelle étonnante, avec un mélange d’innocence, d’ingénuité, d’un dédain absolu pour le qu’en-dira-t-on, d’impudeur et d’une petite pointe de perversion. La petite fille ressent très tôt, physiquement, la beauté et la laideur du monde, en pamoison devant la perfection d’un félin, les yeux verts de "matou" d’un barbier, la démarche de chevreuil d’un jeune du village. La jalousie, le désir, mais aussi une certaine solidarité féminine sont tout aussi précoces ; lorsqu’elle assiste au manège de la chatte Myrsa qui, insatiable à la saison des amours, se transforme en prédatrice incestueuse envers son propre fils, elle commence par fulminer, avant de ... "La garce, ah ! la garce !, pensai-je, et comme j’allais fondre en larmes de jalousie, soudain je me mis à rire. "Après tout, c’est une femme, dis-je alors avec un sourire complice, elle a un corps de chair et de sang ; elle n’est pas de bois. Et un corps comme celui de Myrsa - ou comme le mien, pourquoi pas - ne fait aucune distinction, ne connaît pas de barrières". Notre jeune Zyrànna n’a alors que onze ans... Il faut dire aussi que cela fait quatre ans déjà qu’elle fréquente la boutique du barbier aux heures creuses, pour s’adonner à des jeux passibles aujourd’hui de la Correctionnelle. Vers 14 ans, c’est son propre cousin qui se chargera de faire d’elle une femme, avant d’aller asticoter un instituteur qui ne lui résistera pas longtemps. Ces scènes d’inceste et de pédophilie pourraient être épouvantablement sordides et repoussantes pour le lecteur. C’est là tout le talent de Zatèli de chasser l’infâme en employant, avec un art consommé de la narration, des jeux de langage, des allusions, des doubles-sens, en projetant ce qui serait scabreux dans le registre du supportable par un décalage subtil de ces scènes dans le monde animal. Et surtout, en laissant toujours sa petite héroïne rester maître de son destin, de ses jeux, de ses expériences.

Á la fin du recueil, devenue adulte, voyageuse intrépide sans attache, mais toujours attentive à ses rêves, Zyrànna Zatèli est libre de nourrir son œuvre à venir de cette indépendance, cette témérité, cet appétit de croquer dans tous les fruits, sans préjugé ni appréhension.

 

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14 juin 2016

Cythère - sublime Avlemonas !

L’un des nombreux avantages à arpenter la Grèce hors saison, est de pouvoir partir mains dans les poches, le nez au vent et vous arrêter là où le coup de cœur vous tombe dessus. Et pour nous, ce fût le petit village d’Avlemonas, tout au bout d’une route qui trace jusqu’à la pointe Est de l’île. Considéré comme l’un des plus jolis endroits de Cythère, je certifie que cette réputation n’est en rien usurpée. La beauté du site, dans une région restée vierge de toute construction, est tellement manifeste, tellement perceptible, qu’on ne peut s’en extraire.

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Posé au bord d’une petite calanque, dont les eaux hésitent entre le bleu céruléen et le vert translucide, le village semble transporté des Cyclades, avec ses maisons cubiques blanches aux volets bleus, bien fleuries. Mais, avec modestie, sans se hausser du col. Car les habitants ont compris qu’il ne servait à rien de multiplier les habitations qui restent fermées neuf mois sur douze, d’aligner bars et boutiques pour touristes, de défigurer l’âme d’un village pour vendre la leur. Avlemonas est resté dans son jus, minuscule village de pêcheurs, simple et vrai. Alors, pas d’hôtel évidemment, juste quelques chambres à louer, trois tavernes, deux cafés, une épicerie, rien de plus. Encore moins au mois de mai d’ailleurs, puisque une seule taverne et le café tout proche nourrissent alors les locaux et les quatre touristes venus s'échouer ici. C’est d’ailleurs au-dessus du café Mpotzio, que nous avons eu le privilège de nous poser, dans un appartement avec terrasse, à la vue imprenable, directement sur la calanque. Les habitants du village, comme la famille Mpotzio, n’ont rien de ces Grecs volubiles, démonstratifs, aux capacités vocales impressionnantes : ils parlent peu, lentement, doucement, vous évaluent les yeux mi-clos et à force de vous croiser au retour des bateaux de pêche, à la taverne, lors des promenades vespérales,  ils vous acceptent bien volontiers dans la vie locale.

On arrive à Avlemonas en longeant la belle et longue plage de Paleopoli (déserte en ce mois de mai, en raison d’un vent tenace et froid), puis les rochers battus par la mer qui délimitent parfois de petits lacs intérieurs formant de minuscules marais salants naturels. Selon les guides, Cythère possèderait bon nombre de marais salants de poche, donnant un sel rare mais savoureux. Ensuite, sur la lande arasée par les rafales, se dressent les ruines d’une forteresse vénitienne, le Kastelo, datant du XVIe siècle, poste avancé qui gardait un œil sur la mer Égée mais aussi défense hérissée de canons contre les incursions de pirates.

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De là, on suit un chemin côtier qui longe le rivage très découpé, jusqu’au mouillage des embarcations des pêcheurs, Agios Nikolaos, port principal de l’île durant toute l’occupation de la Sérénissime. Au-dessus de cette anse bien protégée, se dresse toujours un vardiola en bon état, ancien observatoire ou poste de garde planté sur un écueil, aux allures de petite chapelle. Les Vénitiens l'utilisaient à des fins de communication, en combinaison avec tous les autres situés sur les sommets des montagnes.

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Enfin, tout au fond de la baie, se dresse l'impressionnant manoir d'Angelo Cavallini, un riche italien de Gênes. Le bâtiment qu'il fit construire en 1827 devint ensuite l'ambassade austro-hongroise, un poste de douanes, puis un simple café de village. C'est un descendant actuel de la famille Cavallini qui l'a racheté et restauré.

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C''est aussi au large d'Avlemonas que sombra en 1802 le Mentor, navire de Lord Elgin, avec à son bord 17 caisses en bois contenant les sculptures du Parthénon et autres antiquités provenant du Rocher Sacré. Sur le chemin de l'Angleterre, le navire essuie une terrible tempête et le capitaine décide de trouver un mouillage sûr à Cythère. Ce port n’est pas choisi par hasard, puisque l’île est alors sous domination anglaise, personne ne posera donc de question concernant la cargaison « sensible ». Le 17 septembre, le Mentor heurte les rochers et coule par 22m de profondeur. Immédiatement après le naufrage, Lord Elgin organise le sauvetage de la cargaison, qu'il décrit lui-même dans une lettre à l’intention du vice-consul de Grande-Bretagne à Cythère, comme «… quelques pierres sans valeur…». Des pêcheurs d’éponges de Symi sont réquisitionnés ; il leur faudra deux ans pour récupérer l'intégralité du butin, après avoir cassé une partie de la coque afin d’accéder à la cale.

Ce petit village d'Avlemonas et sa poignée d'habitants vivent à la fois dans un lieu chargé d'histoire mais aussi au creux d'une nature sauvage et indomptée. Si par beau temps c'est un délice de rêvasser au bord d'une mer limpide qui a sculpté un littoral de dentelle, c'est une tout autre atmosphère quand Poséidon se fâche et envoie tout valser. La tempête de printemps que nous avons essuyée n'a rien à envier aux coups de vent bretons. En l'espace de quelques heures, le brouillard, la pluie, les bourrasques, les vagues ont régné en maître, nous ramenant avec force à notre petite condition de mortels.  Cette leçon d'humilité explique aussi sans doute la modestie et la réserve des habitants taiseux, coutumiers de ces démonstrations d'éléments qui nous dépassent. 

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Avlemonas pratique :

            - La location de voiture est impérative. Trois, quatre loueurs se partagent le marché. Bonne expérience chez Cerigo Car (Cerigo est le nom vénitien de Cythère) ; 175 euros pour huit jours de location d'une petite Hyundai et aucune remarque sur les éraflures de bas de caisse glanées sur les routes non asphaltées. Sympa et très cool.

            - Mpotzio, café et loueur de notre petit nid idéalement placé. Une famille délicieuse, qui, en fonction de la météo du jour, vous conseille sur les lieux à visiter. Pour les soirs d'appétit léger, la maman d'Alexis prépare des assiettes de Pikilia végétariennes succulentes. La terrasse au bord de l'eau est très calme les soirs de mai, vous êtes seuls au monde !

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            - Taverne Sotiris, voisine du café Mpotzio - reconnue comme la meilleure taverne de poissons de l'île ; pêche du jour, langoustes grillées, pâtes au homard et certainement LA soupe de poissons la plus goûteuse jamais dégustée. 

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Et enfin, la compagne de ces vacances, surnommée Grisounette... admirez les yeux soulignés de Khôl...

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