10 novembre 2015

Naxos - du centre à la côte Est

B. et F. m'ont fait remarquer que j'étais un brin vacharde avec Naxos et que l'île avait tout de même quelques ressources pour visiteurs exigeants. Certes. Mais il faut basculer à l'opposé du Chora, pour goûter d'une tout autre atmosphère.

Une fois passée "Halki-la-surfaite où il n'y a rien à voir", il est bon de se perdre dans les villages de l'intérieur, accrochés aux collines, dont la saveur toute simple vous raccommode sur le champ avec une certaine Grèce. Filoti, Apiranthos*, Keramoti, Koronos, Koronida distillent un vrai charme, l'air de rien, modestement.

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Il n'y a pas grand' chose de vraiment sensationnel à y voir mais c'est un délice de se perdre dans leurs ruelles, de retrouver les papous qui s'embrouillent à une semaine des élections, d'acheter du fromage aux bergers du coin, de faire une halte sucrée après une jolie promenade, bref, de repasser au rythme hellène ; même architecture de maisons blanches blotties les unes contre les autres, de tours vénitiennes, de passages voûtés, de placettes ombragées, de balcons décorés, omniprésence de la pierre et du marbre... et du silence. Toute cette région très vallonnée est bien verte, recouverte de vignes, de vergers et d'oliviers et relativement préservée des hautes températures, car rafraîchie par les vents qui glissent sur le mont Zas (Zeus) et sur les chaînes de montagnes qui hérissent cette partie de l’île.

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D'Apiranthos, il faut bifurquer vers la droite pour retrouver de superbes plages DÉSERTES, encore à l'abri des alignements hideux de transats et de parasols : Lygarida, Lionas, Kleidos et surtout Psili Ammos, grande étendue de sable blond bordée de tamariniers, qui nous rappellera Molos, notre plage favorite de Paros. Enfin de grands espaces, du calme, une poignée de familles grecques, quelques nordiques et c’est tout.

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Si nous avons fini par enfin trouver le lieu parfait pour faire trempette, c’est le petit port de Moutsouna qui nous fera regretter d’avoir choisi un hôtel sur la côte Ouest. Moutsouna est l’ancien port d’Apiranthos, d’où partait l’émeri, extrait des mines des montagnes de Koronos. On peut toujours admirer le « chemin de fer aérien », construit à la fin des années 20, long de 9 kilomètres, haut de 40 mètres, qui reliait les cinq sites d’extraction aux calles des navires ; le transport n’était plus tributaire du relief escarpé, des crêtes et des à-pics, et les mulets pouvaient enfin souffler. La ligne restera en service jusqu’en 1978,  quand l’émeri perdra de sa superbe. Sur le port en lui-même, demeurent comme à Sérifos, les rails, les grues, les souvenirs des entrepôts. Moutsouna, outre la richesse de son passé, est un adorable endroit, coquet et tranquille où nous serions bien restés.

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Donc, petit conseil à ceux qui n’ont pas envie de passer leurs vacances dans le stress, le vacarme et le béton, entourés de businessmen aux dents longues qui vous voient venir de loin, posez-vous là !

* village natal du héros national Manolis Glézos

 

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04 novembre 2015

Naxos - à boire et à manger

 

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Tout d’abord, où se loger à Naxos ? Pour ne pas être trop loin du Chora et du Kastro, nous avions élu le quartier d’Agios Giorgios, à 700 mètres au Sud du débarcadère, à un saut de puce de la plage du même nom. Le coin a dû être très beau, mais on a désormais beaucoup construit sur cette côte et vous n’y serez pas les seuls, même au milieu du mois de septembre. En fait, le cœur historique de Naxos s’est dilué, s’est étalé sur un bon kilomètre, avec des constructions modernes pas toujours de bon goût ; on est à des années-lumières de l’élégance de Parikia… de plus, le quartier d’Agios Giorgios est zébré de petites rues à angle droit où il est assez difficile de circuler en voiture, particulièrement de nuit. En conclusion, si je devais remettre les pieds à Naxos (non, cette éventualité confine en fait à l’impossibilité la plus absolue !), c’est sur la côté Est que je me poserais, j’en reparlerai plus tard.

Notre lieu de résidence était pourtant bien charmant (Hôtel Glaros), avec une déco soignée et recherchée, des matériaux nobles, une vaste salle de bain, le balcon sur la mer, un toit-terrasse bien aménagé… mais, de nouveau, ça n’a pas fonctionné. Tout simplement parce que nous avons rarement croisé une telle pingrerie : tout se facture à Naxos, même le sachet de thé ou la capsule de café de votre chambre, car il faut bien rentabiliser l’établissement au maximum. Le ticket d’entrée au 15 septembre est déjà pourtant de 100 euros la nuit sans le petit-déjeuner, mais le jeu est de faire fonctionner la machine à cash au maximum. L’hospitalité grecque, on repassera. Quand nous ferons la comparaison avec la générosité de notre Sophia à Koufonissi, quelques jours plus tard, l’addition de Naxos passera encore plus difficilement. L’anecdote finale est, je pense, assez révélatrice d’une mentalité en pleine mutation. Le jour de notre départ, en attendant le taxi (oui, on ne vient pas vous chercher au port, hein, faut pas rêver non plus !), le propriétaire nous fait le laïus de départ « j’espère vous revoir… blabla… », et envoie son acolyte nous chercher un calendrier aux couleurs de l’île, qu’il fait faire chaque année pour ses clients, spécialement, par des artistes locaux. Nous retrouverons en fait le même calendrier dans une des librairies de Naxos, à côté du port. Le fourbe ! Nous sommes restés ici pour la seule et unique raison que nous avons été bien secoués, moi par une intoxication alimentaire, ma moitié par une bronchite, et que nous n’avions aucune envie de refaire les valises à la recherche d’une autre chambre.

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Côté tables…

- Coup de cœur :

Nostimon Hellas*2 (www.nostimonhellas.gr), sur Ioannou Paparigopoulou, dans la rue des restos qui descend de la place Protodikiou. Accueil, déco, ambiance, rien à redire, on y revenait même pour le jus d’orange et le yaourt au miel matinal. Excellente Matsata (les tagliatelles de Folégandros) pour moi, bœuf au Mavrodafni pour J-P, aubergines au sésame et au miel… tout est délicieux. Les mets sont fins, agrémentés d’herbes, avec des sauces ou des pestos élaborés ; ici, on cuisine vraiment et on prend soin des clients avec un grand sourire. L’addition n’est pas celle d’une taverne mais sans exagération non plus.

- Vaut le détour : 

Scirocco*3 (www.scirocco-naxos.gr), place Protodikiou. 

Gros a priori devant ce lieu toujours blindé, qui bourdonne, qui s’agite, où le Grec est une langue ultra-minoritaire, bref, qui a tout de l’usine à touristes. Et pourtant, qu’est-ce-que c’est bon ! Une assiette de mezzés pour deux et une grande salade de figues et de fromages de Naxos suffisent largement à vous rassasier. On retrouve ici tous les plats traditionnels de taverne mais un peu « dégrossis », « revisités » et on y revient sans se poser de question. Accueil speed avant 22h30, venir ensuite pour entendre parler autre chose que l’anglais, l’allemand ou l’italien.

Taverne Nikos, tout près de la place Protodikiou

Taverne familiale typique où ça dépote ! Plats consistants, portions généreuses, excellentes viandes selon mon carnivore, bon niveau sonore, rien d’original en somme mais un lieu où l’on se sent bien et où l’on sait par avance que l’on ne sera pas déçu. 

- Peut mieux faire :

Maro, à côté du précédent… mais préférez le précédent.

Autre taverne grecque mais un peu brut de décoffrage. On vient dîner pour se nourrir, certes, mais aussi un peu pour faire danser les papilles. Là, on ne sort pas des Pastitsio/Moussaka/grillades et on aimerait un peu plus de prétention culinaire. Addition toute légère, au contraire de votre estomac bien lesté.

To Elliniko*2 (http://www.toelliniko.com), plus bas que Nostimon Hellas, dans la même rue.

Pour nous, un restaurant très surévalué et inégal. Certes, on dîne dans un petit jardin charmant et agréable mais le lieu devient une grosse machine à produire, où la qualité peut laisser à désirer. Si notre premier dîner de poisson était tout à fait correct (faire griller un calmar n’est pas non plus un grand exploit), le second a été moins réussi : entrée trop salée, agneau kleftiko trop gras et pas assez cuit (un comble) et tourte aux épinards mollassonne. Un soir "sans" ou un resto qui somnole sur son passé ?

- Á fuir :

Anna’s Organic Shop & Garden, la voisine de To Elliniko 

Présenté par le Routard comme le lieu rêvé pour un petit déj’ sain et savoureux. Quinze minutes se passent avant que la dame daigne s’intéresser à vous. Pas de jus d’orange frais et pas de yaourt, alors que l’île en produit de savoureux. On a décampé !

O Giannis, à Halki, sur la place.

Halki est le village touristique le plus surfait de Naxos, avec ses trois ruelles, ses deux placettes… et ses églises byzantines fermées. Les locaux attendent le chaland sur le pas de leurs boutiques de souvenirs sans intérêt et tout le monde finit par se retrouver sous la vigne qui pendouille dans la seule taverne ouverte en septembre le midi, assurée de faire salle comble. Service totalement à la ramasse (entre le détachement et le dédain) et cuisine limite. Je dois à cet endroit une nuit… difficile (la pharmacienne m’expliquera que c’est ce qu’il arrive avec des épinards mal ou pas lavés avant de les cuisiner !). De retour, j’ai vérifié sur un site bien connu le ressenti des autres touristes. Je me suis sentie soudain moins seule. 

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Enfin, si vous fréquentez Plaka Beach, le petit coin de plage non colonisé par les rangées de transats et de parasols, la Taverna Paradiso (www.naxos-paradiso.gr) est tout à fait recommandable, simple mais très sympa. Le propriétaire possède aussi les deux hôtels voisins, bâtis en front de mer (et au détriment des dunes…)

 

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30 octobre 2015

Naxos ou les illusions perdues

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Pour faire simple, entre Naxos et nous, nulle divine idylle mais une rencontre désenchantée, une suite de tracasseries, de déconvenues et de déboires. Nous étions furtivement passés à Naxos pour un changement de ferry et je n’avais pour cliché de l’île que de belles images sur papier glacé de villages lovés au creux des collines, de plages de sable désertes, de chapelles byzantines aux fresques remarquables. Mais il arrive que la réalité soit toute autre.

Mon propos n’est en aucune façon de dénigrer à la hussarde une île qui possède malgré tout quelques atouts (et surtout celui d’être proche de Délos), mais ceux-ci ne seront perceptibles que pour les primo-visiteurs des Cyclades. Naxos me semble une bonne porte d’entrée, qui sait mettre sous les yeux du novice une synthèse de tout ce que les Cyclades peuvent offrir, mais rien de vraiment sidérant. En revanche, lorsque l’on a une bonne quinzaine d’îles au compteur, on devient très exigeant, sourcilleux, sans doute un peu sévère. Car à chaque curiosité, particularité, que l’île proposait, nous opposions une comparaison peu flatteuse pour Naxos :

            - Le port d’arrivée, le centre névralgique de l’île ?  Préférer Paros

            - Le castro médiéval ?                                                    Préférer Sifnos

            - Les chapelles byzantines ?                                          Préférer la Crête

            - Les villages intérieurs ?                                               Préférer Tinos

            - Les plages de sable ?                                                    Préférer Sérifos

            - Pour les balades ?                                                         Préférer Amorgos

            - Pour le calme ?                                                              Préférer Folégandros

            - Pour les espaces préservés ?                                       Préférer Koufonissia

            - Pour la "véracité" ?                                                       Préférer toutes les autres !!!

Île imposante par sa taille, sa population, le trafic de ferry, Naxos a surtout, vu de ma fenêtre, oublié de rester grecque. Certes, cet été, un nombre impressionnant de touristes a posé le pied en mer Égée. S’il faut s’en réjouir pour tous les Îliens qui vivent du tourisme, je crains que certaines Cyclades n’y laissent en route une bonne partie de leur séduction (comme la Crête, Corfou, Rhodes, devenus des hauts-lieux du tourisme de masse). Le développement effréné de Naxos sur sa côte Ouest, le bétonnage de 10 km de plages où les dunes sont liquidées au profit d’une urbanisation non maîtrisée et vilaine (hôtels, restos, bars, sans âme ni histoire) n’augurent rien de bon. Conséquence immédiate, un net changement de mentalité chez les habitants : business et rendement à tout crin, à l’opposé de l’hospitalité et de la chaleur des échanges que nous aimons tant. Même en septembre, l’usine tourne à plein régime et crache ses euros. Ainsi, une seule belle rencontre avec une "yiayia" hors d’âge sur les marches d’une église, durant les sept jours passés à Naxos, c’est bien peu.

Il faut aussi avouer que l’île ne nous a pas facilité la tâche ; elle s’est perfidement amusée à nous semer le séjour d’embûches, au point que je pourrais faire un Routard des pharmacies de l’île (chopper entre autre une bronchite par 30°, il faut tout de même le vouloir...). Nous n’avons retrouvé un peu de sérénité et d’enthousiasme que pour la côte Est, encore à l’abri du déferlement estival, calme et préservé.

C’est en découvrant nos photos au retour que je me suis rendu compte à quel point Naxos est une île aux couleurs ternes. Á l’opposé de sa voisine toute proche, Paros, qui claque de blanc, de bleu et de rose, Naxos est grise, grise comme son Castro, ses Kouroi couchés, ses églises byzantines aux portes closes, son béton déjà défraîchi. C’est certainement aussi pour cette raison qu’à aucun moment nous ne nous sommes imaginés sur une Cyclades, dont l’architecture est si caractéristique et enjôleuse. Sommes-nous seulement sentis sur une île, telles que nous les recherchons, telles que nous les aimons* ? Sans conteste, non et c’est bien regrettable.

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* Voir post précédent sur Kato Koufonissi

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