18 mai 2012

Tinos suite – pratiqué et adopté… ou pas !

Il aura fallu attendre cette splendide île qu'est Tinos pour découvrir le port de Rafina, très conseillé pour rallier les Cyclades du Nord : oubliez le bus X96 un peu cahotant pour le Pirée et montez dans le très confortable bus climatisé KTEL. En moins de 30 minutes, on est sur le port, à taille humaine, loin du gigantisme du Pirée. Pas la peine d'arpenter des kilomètres de quais sous le soleil en trainant ses sacs, au pas de course pour trouver le bon ferry, ici, vous aurez du mal à ne pas voir les 2 ou 3 seuls bateaux qui n'attendent que vous.

Autre avantage pour ceux qui se sont levés à 05h00 et qui ont les crocs en avant, un certain nombre de tavernes, les pieds presque dans l'eau, sont à votre disposition. Comme d'habitude, on s'approche, on écoute et on choisit celle qui accueille le plus de grecs, gage solide de qualité. Bref, il est 15 heures, on vient de retrouver le goût de la xorta et des kolokithokeftedes, il fait 26°, grand bleu, J-P savoure son premier ouzo... on ne voit pas d'ombres au tableau.

Comme conseillé sur le site de Christian, - on ne remerciera jamais assez le monsieur pour la précision et la justesse de ses infos -, une voiture louée chez Vidalis nous attend au port de Tinos. C'est une famille entière qui gère cette institution sur l'île : nous avons eu affaire au fiston et à la môman, auxquels on peut décerner la palme du meilleur accueil qui soit. Vous ne vous sentez plus touriste mais déjà citoyen de Tinos, adopté. Nous n'avons pas compris sur le moment pourquoi ils insistaient très lourdement sur l'attention que nous devrions absolument porter aux portières de la voiture, qui parfois s'envolent à Tinos... quatre jours après, la puissance des rafales du vent nous a démontré toute la sagesse de la famille Vidalis (genre, Pointe du Raz en janvier...).

Nous sommes arrivés relativement tard, à 21h15 et Vidalis Junior a eu cependant l'extrême courtoisie de nous accompagner une bonne moitié de chemin, vers notre lieu de villégiature... bien lui en a pris, il avait à peine tourné ses roues que nous nous sommes perdus. Découvrir l'intérieur d'une île par nuit noire, avec une carte rudimentaire et sans aucun repère, pour monter dans un petit village mal indiqué, relève de la performance.

Nous louons un studio à Skalados, idéalement placé pour découvrir ce qu'il y a de plus beau à Tinos, les villages de l'intérieur. Je ne peux que recommander le lieu, nickel, très agréable, avec une vue de toute beauté (Astrokaktos).

 

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Côté tables... le grand gagnant est le fameux O Rokos, à Volax. Deux repas, deux réussites, même si nous avons regretté d'être venus hors saison, la carte se limitant à quelques plats, choisis directement en cuisine. Nous avons débarqué la première fois à 23h, les grecs en étaient déjà au yaourt, mais on nous a tout de même servis sans rechigner. Les mezzés sont excellents, la fraicheur des produits évidente (nous croiserons d'ailleurs le propriétaire dans son potager le lendemain, d'où sont issus ses excellents artichauts) : le prix défie de plus toute concurrence. Á Chora (Tinos-ville), carton plein avec Epinio, à côté du poissonnier qui cajole son pélican. Là aussi, très bon accueil, bonne table, seconde carafe de vin offerte et plus encore quand on y revient.... Pour un repas plus simple (comme goûter la louza et le fromage local), Malamatenia est parfait, perpendiculaire à la rue des bondieuseries.

Christian conseille Bizantinos pour un ouzo-mezzés d'anthologie, dans un lieu typique, un ancien hammam, où on accède après avoir traversé un café très... « tinote », qui ne doit pas souvent voir de touristes. Désolée Christian, si le lieu vaut en effet le détour, les mezzés nous ont paru bien chiches et surtout très salés. O Rokos propose bien mieux pour accompagner l'ouzo quand on arrive un peu tôt.

Sur le port de Panormos, déjeuner chez Markos, authentique pêcheur un peu bougon, qui préfère s'occuper de ses filets que de faire le service (on le comprend un peu). Nous lorgnerons sur la carcasse de l'araignée qu'il vient de s'enfiler avec ses potes (pas fou le gars, il se garde les meilleurs prises) mais nous ferons tout de même un bon repas de poissons.

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Et si vous cherchez un endroit un peu différent, un peu plus « haut de gamme » pour vous faire plaisir lors d'une dernière soirée tinote, rendez-vous chez Symposion, lieu calme et cosy, où les mezzés valent vraiment le détour (pas donné donné, mais bon...). Ambiance feutrée, excellente cuisine élaborée, très bons vins, accueil plein d'attention... l'addition est à la hauteur mais nous ne le regrettons pas.

Dernière chose : tout le monde s'extasie sur le galaktoboureko que l'on déguste à Pirgos (tranche épaisse de semoule ultra fine parfumée à la cannelle et à la fleur d'oranger, prise entre deux couches de pate filo), sous le feuillage du platane séculaire. C'est pas mal, frais, un peu détrempé tout de même et beaucoup moins goûteux que les baklavas faits maison, testés à Paros.

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14 mai 2012

Tinos, l’île paradoxe

J’ai toujours cru abominer les artichauts, ce presque chardon moche et bête, que j’ai trop vu pousser dans le Léon, sous une pluie bretonne tenace, à vous coller un bourdon têtu et durable. Je fuis tout autant le bigotisme et ses manifestations doloristes, et je n’ai que peu d’attachements pour les pigeons, en dépit de Sidonie (par nous baptisée ainsi), jeune et gracieux volatile, qui avait élu notre balcon pour perpétuer son espèce.

Alors, passer 8 jours à Tinos, fameuse pour cette trilogie, n’allait pas vraiment de soi… pourtant, tourner le dos à cette Cyclade du Nord est une bévue de taille et je ne me félicite pas de l’avoir indûment méjugée durant autant d’années.

Á l’exception d’une petite partie de la côte sud, à l’ouest du port, Tinos est une île miraculeusement préservée, sauvegardée du bétonnage, des constructions anarchiques, des carcasses d’habitations inachevées, qui défigurent certaines de ses semblables. Je ne crois pas avoir jamais arpenté autant de beaux villages, avec du caractère, de l’âme, du singulier, du surprenant, de l’identité : Volax, Loutra, Tripotamos, Agapi, Kardiani, Isternia, Tarambados, Arnados, Pirgos… il faut tous les découvrir, parcourir leurs ruelles étroites, leurs arcades, passer sous les voûtes, admirer leurs lavoirs (encore utilisés de nos jours), leurs fontaines de marbre, les hyperthiras* qui ornent les fenêtres, dégringoler les escaliers, remonter jusqu’aux églises, tel un jeu de piste organisé dans le plus authentique décor qui soit. Pirgos mis à part, un brin touristique, tous les autres villages sonnent juste, sonnent vrai, comme si le temps avait arrêté sa course pour protéger l’atmosphère paisible, unique de ces lieux.

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Au printemps, les collines sont couvertes de fleurs rouges, jaunes et mauves, le thym, l’origan, la sauge embaument déjà, les plages n’attendent que vous. C’est le bon moment pour admirer les 600 pigeonniers, tours carrées découpées comme de la dentelle, blanchies ou laissées brutes, qui tachètent les paysages vallonnés.

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Rien ne vous oblige, à Tinos-ville (Chora), à vous éterniser devant la Panagia Evaggelistra, lieu de pèlerinage orthodoxe, qui attire les croyants au mois d’août : elle n’a pas beaucoup d’intérêt, trop récente, trop vilaine, trop artificielle pour être émouvante. De plus, la montée à genoux des pèlerins vers l’église n’a rien d’un spectacle captivant et on se détourne vite des marchands du temple, qui vendent des cierges de plus d’un mètre et des flacons en plastique pour recueillir l’eau bénite.

Allez plutôt vous attabler devant les spécialités gourmandes de l’île, les délicats, succulents, petits artichauts au vinaigre, le fromage de chèvre local, la louza, sorte de jambon séché et fumé qui fond dans la bouche, les beignets de fenouil, les câpres suaves et les « glyka tou koutaliou », fruits confits faits maison, que l’on déguste avec le café ou sur le yaourt (la cerise noire est un must, dont je lèche l’assiette sans remords).

Attention toutefois à garder sous la main des vêtements chauds et une bonne couverture pour les nuits : si nous avons commencé notre séjour avec une température d’été, nous l’avons fini rhabillés, avec 10 degrés en moins, l’île étant connue pour ses coups de vent violents qui rafraichîssent l’atmosphère. Les nuages bas envahissent alors Tinos, qui a tout soudainement des Hauts du Hurlevent.

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* demi-cercle de marbre sculpté au dessus des fenêtres et des portes.

 

 

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