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Le Présent Défini
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29 octobre 2012

Si tu ne viens pas à Athènes, c’est Athènes qui viendra à toi !

alexiou galani

Haroula, Dimitra mais aussi Hadjidakis, Loizos, Theodorakis….

On peut toujours compter sur les trois μοϊρα pour vous retourner le destin : alors qu’on partait pour un dimanche frigo (2° à 08 h 30 !) - écharpes et gants ressortis des armoires -, saturé d’infos du monde dépressives au possible, avec pour seul horizon ce mois de novembre où il fait nuit à 17h30 (en breton, on le traduit par « Du », qui veut dire aussi « noir », le mois sombre), deux places providentielles pour l’Olympia nous ont ramenés en Grèce, le jour de la grande fête du NON (το oχι), pour le concert d’Haris Alexiou et Dimitra Galani.

Barrière de la langue oblige, les Français connaissent très peu les grandes voix de la chanson grecque, à l’exception d’Angélique Ionatos, qui fait partie depuis près de quarante ans de notre paysage immédiat (et qui ne semble en revanche pas très connue dans son propre pays d’origine). Au mieux, Alexiou et Dalaras, parfois Eleftheria Arvanitaki, et puis c’est tout (résultats issus d’un petit sondage perso). Si πουλάκι μου n’avait pas pris en main mon éducation musicale grecque, j’afficherais assurément les mêmes lacunes.

Les travées de l’Olympia accueillaient donc un public aux trois quarts grec ou au moins hellénophone, mais de tous âges, déjà au taquet, disposé à faire la fête, le verbe haut, la belle humeur contagieuse. Habituée aux salles de spectacles depuis longtemps, je pense pourtant avoir assisté à un de mes concerts les plus barrés. Haris Alexiou et Dimitra Galani affichent au compteur 62 ans chacune, leur répertoire ressemble assez peu à des chansons pop rock et cependant, l’ambiance dans la salle était incroyable ! Contrairement aux Parisiens poseurs blasés, raides du balai vissé dans leur fondement, déjà fatigués de devoir applaudir avant le premier titre, les Grecs vivent la rencontre, chantent à la première chanson, tapent dans les mains, réagissent dès la seconde note, se lèvent s’ils en ressentent le besoin pour manifester leur bonheur, saluent une phrase du texte qui les touche par une salve d’applaudissements spontanés et surtout… ils dansent ! Pendant le Αποψε θελω να πιω d’Haroula, ma voisine de droite, jeune fille d’à peine vingt printemps, s’est levée de son fauteuil pour un zeibekiko gracieux, circulaire et ondulant, totalement absorbée par la musique et la voix. Á côté de la console de son, d’autres filles, entre 25 et 65 ans, tournaient lentement aussi, bras levés, comme un Zorba hypnotisé par le sandouri. Le public se sent libre de ressentir avec tout son corps la musique, de faire totalement abstraction des autres, de se laisser aller aux sensations et d’exprimer par la danse leurs émotions. L’ambiance dans la mezzanine était, il est vrai, bien plus débridée qu’au parterre, où les huiles et les sommités se devaient de modérer leur naturel tapageur. 

Nos deux chanteuses vibraient elles aussi d’énergie, de chaleur, communiant avec un public tout acquis, comme un peuple suivrait ses prêtresses. Haris Alexiou et Dimitra Galani ne chantent pas seulement avec des voix fabuleuses mais avec leurs âmes, donnent sans compter, sans tricher, comme le dernier privilège qui leur serait octroyé. Durant deux heures et demi, elles passent en revue, chacune leur tour, puis en duo, leurs grands succès mais aussi les chansons traditionnelles, qu’elles entonnaient à leur début dans les rades de Plaka ; le rythme s’accélère alors, les Grecs se déchaînent, ça chante à plein poumon, le bouzouki fume, le violon s’envole, nous ne sommes plus à Paris, on est à Athènes. Avec courtoisie, Haris et Dimitra communiqueront aussi en français avec nous (même si on enrage de ne pas comprendre les plaisanteries, les private joke, les remarques affectueuses, ces tonneaux de tendresse qu’elles déversent sur leurs compatriotes transportés) pour nous rappeler pourquoi la Grèce reste la terre de la beauté, qu’elle est immuable et qu’il faut toujours l’aimer …

 

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22 octobre 2012

Cold Case à Twin Peaks

AHQ

La vérité sur l’affaire Harry Quebert, roman de Joël Dicker

Éditions de Fallois / L’âge d’Homme, 2012

Louper sa station de métro malgré le bruit, la cohue, les mal élevés qui beuglent dans les portables, les frustrés qui tripotent compulsivement leurs IPommes, les chanteurs, les quêteurs et autres hallucinés qui tentent de faire du tai-chi dans une rame bondée (si si, c’est bien du vécu fou-8…), est le signe patent d’un endormissement comateux ou bien de la lecture d’un grand livre addictif. La seconde option est la bonne, je dois à Joël Dicker trois courtes nuits et un allongement non prévu de mon parcours matinal sous terre.

La vérité sur l’affaire Harry Quebert est pour moi LE roman de cette rentrée, curieusement présent sur trois listes des prix littéraires d’automne (les jurés auraient-ils enfin appris à lire ?). Pourtant, fi du microcosme parisien (l’auteur est Suisse), de la prédominance des têtes chenues (il a 27 ans), de l’ancienneté dans le cercle des élus (il s’agit de son second roman), des pelotages intimes (enfin, une vraie fiction !), du trash et du sordide (Dicker ose nous parler d’amour) !

Ce pavé de 664 pages peut être lu de trois façons : comme un fabuleux roman policier qui respecte tous les codes du genre, comme une chronique douce amère d’une petite bourgade américaine de la Nouvelle Angleterre dans les seventies, ou bien comme une réflexion sur l’écriture et la gestation d’un roman.

Nous sommes en 2008, un jeune écrivain new-yorkais, Marcus Goldman, narrateur, auréolé d’un très médiatique succès littéraire avec son premier roman, peine à aligner les premiers mots du suivant (dépression post-partum bien connue). Lassé des aboiements de son éditeur et angoissé par sa soudaine impuissance créative, il renoue avec son ancien professeur de littérature et mentor, l’écrivain Harry Quebert, qui coule une quasi retraite dorée dans une jolie maison au bord de la mer, à Aurora, dans le New Hampshire. C’est dans son jardin, que l’on retrouve les restes bien refroidis d’une jeune fille du coin, mystérieusement volatilisée en 1975, serrant contre elle le manuscrit du livre qui allait consacrer Quebert, lui valant les deux prix littéraires les plus prestigieux du pays. Mais lorsque l’Amérique comprend que le roman d’amour entré dans l’histoire, les mémoires et la littérature, n’est autre que le journal de la liaison de Quebert et de l’adolescente, la machine judiciaire implacable se met en marche, broyant le vieux romancier qui clame son innocence. Qui a tué Nola Kellergan ? Persuadé de l’innocence de son professeur, Marcus intervient dans l’enquête, fouille de son côté, interroge, réveille les vieux souvenirs, secoue la petite ville de sa torpeur, de ses secrets, de ses silences coupables.

Ce thriller tient déjà parfaitement debout tout seul, crédible, habilement construit (fausses pistes, rebondissements, coups de théâtre…), et vecteur de fissures qu’il engendre sur la société middle class trop lisse, bigote et tartufe. Le milieu de l’édition est croqué à l’acide, dirigé par des marketeux et des financiers aux dents longues, avides et vulgaires, assistés d’une armée de ghost writers, prêts à pimenter les livres trop sages de sexe, de boue, de mensonges, de scandales qui font vendre.

Mais La vérité sur l’affaire Harry Quebert est surtout un incroyable vertige de la création (un écrivain, Dicker, qui écrit sur un écrivain, Goldman, qui enquête sur un écrivain, Quebert, qui côtoie un autre écrivain mystérieux …cherchez l’imposteur !), un enchevêtrement de manuscrits (quatre au total), une mise en abîme redoutablement efficace qui finit par perturber ferme le lecteur : qui écrit quoi ? Qui tire en définitif les ficelles de la narration ? Le jeune Joël Dicker s’amuse comme un fou de ce puzzle, de ces pièces savamment distillées dont on ne comprend l’agencement qu’à la dernière page, des frontières incertaines entre le récit et le réel. Ce livre est comme le grand éclat de rire d’un gamin précoce, intelligent et rusé, qui se divertit des errements de son lecteur, trimbalé dans le brouillard par le bout de sa plume et qui joue à cache-cache derrière son personnage d’écrivain en panne. Chaque chapitre s’ouvre sur un conseil littéraire de Quebert à son novice Goldman, comme une sorte de méthode du prêt-à-écrire en 31 stations numérotées à rebours vers le dénouement, que le narrateur respecte à la lettre : tout comme Dicker, avec un humour acidulé non dissimulé… 

Au chapitre 2 (donc, conseil 30), Joël Dicker nous avait pourtant bien mis en garde : « pour être formidable, il suffisait de biaiser les rapports aux autres ; tout n’est finalement qu’une question de faux-semblants.» Les personnages du livre adhèrent à ce jeu de la dissimulation et de la tromperie en y laissant des plumes. Leur créateur, lui, peut être satisfait, sa filouterie huilée comme un coucou suisse lui assure un best-seller… ironie du sort !

 

12 octobre 2012

Les Ailes du désir (Der Himmel über Berlin)… Berlin année zéro

2682_b_les_ailes_du_desirWim Wenders - 1987

Prix de la mise en scène au festival de Cannes 1987

Discussion de fin de soirée entre copines : « quel serait, pour toi, le film de notre génération, celui qui reste le marqueur d’une époque ? » Silence… sourire qui s’élargit… oui, bien sûr…

Als das Kind Kind war,
ging es mit hängenden Armen,
wollte der Bach sei ein Fluß,
der Fluß sei ein Strom,
und diese Pfütze das Meer.*

… les vers de Peter Handke, un archet qui passe doucement sur les cordes d’un violoncelle, le ciel de Berlin en noir et blanc, des anges silencieux qui perçoivent le bourdonnement constant des pensées humaines, Damiel et Cassiel, une armure venue des nuages, la musique sinistre de Nick Cave, lumière et photo estampillées Henri Alekan**, une histoire qui finit bien. Tout est encore là, bien en place, vingt cinq ans plus tard.

Et si le film avait perdu de sa netteté ? Si la magie n’opérait plus ? Si, ce qui nous fascinait à l’âge des enthousiasmes sans limites, n’était qu’un fatras baudrucheux, prétentieux et surcoté ? Et si… je ne savais plus voir le merveilleux ? Kolossal « ouf » de soulagement, jubilation, allégresse, extase, pas une ride, un sillon, une craquelure, aucun faux pli, les anges sont bien éternels.

De nombreux critiques, exégètes, professeurs, admirateurs, ont écrit sur les Ailes du désir d’épais et d’intelligents volumes, thèses, analyses, découpages pointilleux et autres jus de crânes serrés. Je vais donc éviter d’amener mon dérisoire ruisseau fluet à ce vaste fleuve écumeux. Une seule remarque, tout de même, pour cerner, par quel miracle ce film a totalement échappé à la marque du temps.

En 1987, si les anges tombent du ciel, les murs sont encore debout. Et Wenders choisit pourtant de filmer Berlin comme une ville atemporelle, presque déconnectée de sa réalité géopolitique, comme une enclave vue, donc reconstruite, à travers le regard des anges, qui prêtent peu d’attention aux aléas historiques éphémères des hommes. Le réalisateur délaisse le réalisme de sa ville au profit de personnages « symboliques », errants, se croisant, dans des terrains vagues, des places désertes et vides. Le no man’s land est le simple lieu de promenade et de papotage des anges, un lieu sans avenir où ils se remémorent la terre avant les hommes. Sur la Potsdamer Platz, pourtant symbole de cette saignée dans la ville, le vieil Homère (sic), décrit comme un aède (re-sic), taquine la muse et ses souvenirs de jeunesse, affalé dans un fauteuil au milieu de nulle part.

Lorsque Peter Falk arrive en avion pour son tournage à Berlin, il choisit trois noms pour dépeindre la ville : Kennedy, Emil Jannings et Claus Von Stauffenberg. Personnellement, si on me demandait spontanément de décrire la ville avant sa réunification en trois mots, ce serait plutôt, Capitale du Troisième Reich, Mur et Guerre froide. Wenders privilégie les discours de légende, l’acteur du mythique Ange Bleu et la figure emblématique du grand résistant face au nazisme. L’allégorie, l’idéal, prennent le pas sur les miradors, les barbelés et Checkpoint Charlie.

D’ailleurs le titre allemand est plus explicite sur le regard du metteur en scène « Le ciel au-dessus de Berlin » : Wenders prend de la hauteur, extirpe sa ville de ses blessures de guerre et la place sous la protection des anges et de la poésie : les plaies se cicatrisent, le quotidien devient supportable avec la main d’un ange sur l’épaule, le bruissement des émotions des Berlinois l’emporte sur le tintamarre d’une grande ville, la douleur s’évapore, balayée d’un battement d’ailes. Durant le tournage de son film, Peter Falk regarde l’étoile jaune cousue sur le manteau d’une figurante et s’exclame : « Pourquoi avoir choisi le jaune ? - Les tournesols, Van Gogh ». Extirper des fleurs, du mal… la grâce d’un film repose alors sur une simple tâche de couleur posée sur un ciel plombé.

 ailes_du_desir_1987_02_g

* comme les déclinaisons et les verbes irréguliers, inoubliables !

** directeur de la photographie de Cocteau, Clément, Duvivier, Carné…

 

5 octobre 2012

Le Narcisse noir (Black Narcissus)… une sacrée crise de foi

DVDMichael Powell et Emeric Pressburger – 1947

À l’heure où l’Empire Britannique voit l’Inde lui échapper, Michael Powell et Emeric Pressburger adaptent un roman anglais de Rumer Godden paru en 1939, Black Narcissus, récit du choc culturel, social et religieux de deux civilisations que tout oppose, à commencer par l'idéal de beauté et le plaisir des sens.

Basée à Calcutta, la congrégation des Servantes de Marie envoie cinq de ses nonnes (dont les vœux sont renouvelables chaque année) sur les contreforts de l’Himalaya, pour établir école et dispensaire dans le petit village de Mopu, isolé à 2400 mètres d’altitude. Le général local met à leur disposition, sur un piton rocheux abrupt et inhospitalier, l’ancienne Maison des Femmes, le palais qui abritait son harem. Le gynécée déserté abritera désormais le projet Sainte Foi. Les moines qui ont précédé les sœurs dans cette vie de réclusion, n’ont tenu que quelques mois dans cet isolement extrême et on prédit déjà la fuite des nonnes avant la prochaine saison des pluies.

Car ce lieu exceptionnel accroché au toit du monde, qui devrait apporter aux Sœurs le calme, la sérénité et le silence nécessaires à la prière, porte en lui les ferments d’une descente aux enfers, d’un délabrement des esprits, gangrénés par la folie : la morale occidentale et surtout anglicane, sa rigidité, ses principes, ses conventions se désagrègent devant une autre conception plus libre et simple de l’existence, au cœur d’un quasi huis clos oppressant.

Cette trame très fine de violents conflits intérieurs exacerbés en milieu hostile, que les héroïnes n’ont de cesse de combattre, ne pourrait tenir sans le travail de Michael Powell et de son équipe technique, salué par deux Oscars. Tourner le dos à l’Inde et la reconstruire en studio lui permet d’atteindre une perfection formelle (aux antipodes du kitsch que l’on pouvait redouter) et de construire tous les plans comme autant de  tableaux d’une incomparable beauté visuelle. Chaque composante du film, -décors, costumes, lumières, son, cadrage -,  servent à illustrer avec subtilité ce qui bouleverse les nonnes sans qu’elles puissent, elles, en saisir d’abord le sens.  Le sérail, gardé par une vieille folle qui danse et s’agite dans les vastes salons désertés, frémit encore des voluptés passées : fresques lascives, portraits de concubines à demi-nues, miroirs et moucharabiés, fontaines intérieures, longs corridors, soies légères gonflées par le vent qui gémit sans cesse sur ce promontoire. Érigé en à pic de la montagne, ce lieu de plaisir domine le monde en face du sommet de « La Déesse Nue ». Les plis rectilignes des robes blanches des religieuses, la rigidité de leur cornette, leur peau diaphane, s’opposent au moelleux des étoffes des villageoises, à la luxuriance des couleurs, aux superpositions de tissus, aux tailles soulignées de larges écharpes, aux chevilles et aux poignets parés de bijoux, aux longs cheveux ébènes, au Kohl et au miel des visages. Le seul Anglais de la région, plus Indien que Britannique et qui sert d’intermédiaire entre les nonnes et les locaux, se présente en short, jambes nues, quand ce n’est pas totalement dépoitraillé, porteur d’une animalité très assumée. Le technicolor, expérimentalement et courageusement utilisé, renforce les contrastes des teintes, la luxuriance des paysages, enflamme les couleurs, puis nuance les tons roses et bleus si délicats des montagnes, l’extrême pureté de l’air à cette altitude est quasiment palpable et découpe les glaciers sur le ciel. Cette nature et ses habitants explosent de vie dans une atmosphère qui dégouline de sensualité.

Il est assez étonnant, qu’au sortir de la guerre, un réalisateur anglais se penche ainsi sur le désir féminin, ceinturé de bienséance et étouffé par les interdits. Les religieuses subissent l’atmosphère licencieuse du palais et la rejettent physiquement : le vent les tient éveillées des nuits entières, les tambours incessants des guerriers du général leur scient les nerfs, l’eau des montagnes leur donne des boutons, les sœurs n’entendent plus l’Angélus, se plaignent de « voir trop loin » et travaillent en dépit du bon sens, les effluves d’un parfum, tel ce Narcisse noir dont s’inonde le fils du général, réveillent leurs souvenirs, les raisons vacillent, les rivalités s’attisent, les démons du passé ressurgissent, les mémoires s’égarent sur ce qui ne devrait plus venir troubler les recluses, le désir et l’amour. Si la Mère Supérieure (interprétée par Deborah Kerr) se débat pour garder sa mission pérenne, certaines sœurs ne voient de salut que dans la fuite et d’autres plongent dans la démence qui mène au meurtre. Ce vertige, qui ne va cesser de s’accroître, est matérialisé par un plan récurrent de l’unique cloche de la mission, accrochée au bord du précipice vertigineux, filmée de haut, la caméra plongeant droit dans le vide béant, tel un grand saut vers l’inconnu et la liberté, qu’une Sœur va payer de sa vie : l’appétit sexuel trop longtemps frustré vire à l’hystérie, puis à la démence, enfin à la mort.

Comme il le fera de nouveau dans The Red Shoes, Michael Powell s’offre une scène d’anthologie, dont nombre de réalisateurs se réclament encore aujourd’hui, un face à face entre la vertu et le vice, la blanche colombe et la nonne sanglante, vêtue d’écarlate, qui étale un rouge à lèvre agressif devant sa Mère Supérieure blême et sidérée : les pulsions réprimées par les religieuses durant tout le film explosent et amènent la séquence, peu s’en faut, vers le fantastique : la créature démoniaque qui naît de ce trop long refoulement ne connaît plus de limite et se laisse posséder par la violence et le délire, jusqu’à…  la chute finale. De profondis, clamavi !

74041946

Harem

 

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