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Le Présent Défini
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27 mai 2014

Corfou ville - bienvenue en Italie !

Impossible de s’imaginer en Grèce lorsque l’on musarde dans les venelles étroites de la vieille ville de Corfou, coincée entre deux forteresses et la mer. Ses façades jaunes et ocres, ses petites piazzetta, le linge tendu au travers des ruelles, les balcons, les arcades, les loggia sentent d’avantage le basilic que l’origan : quatre siècles de présence vénitienne (1387-1797), ça laisse de sérieuses empreintes. Le tremblement de terre de 1953, qui mit en vrac les autres îles ioniennes, épargna Corfou. On s’en réjouit car la cité historique porte toujours, outre les griffes du lion de la Sérénissime, le souvenir - plus discret - de ses autres conquérants européens.

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Sur la Spaniada, vaste esplanade arborée qui s’étale derrière la vieille forteresse, se côtoient des édifices aux origines variées : jet d’eau vénitien, rotonde anglaise, monument du rattachement de l’Heptanèse* à la Grèce et le Liston français. Le Liston rappellera aux Parisiens les bâtiments, les arcades et les lanternes de la rue de Rivoli, percée en France dix ans plus tôt (1801)**. Les Britanniques laisseront à leur tour sur la Spaniada, le palais à colonnades de Saint-Michel et Saint-Georges, ou Palais Royal, d’abord résidence des Hauts-Commissaires anglais avant d’abriter le Sénat des îles ioniennes.

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L’ancienne citadelle, construite à l’extrémité de la péninsule fortifiée, qui s’avance dans la mer comme un navire, est réellement impressionnante. Elle est lourde, massive, construite à partir d’une première muraille de l’époque byzantine, jusqu’à devenir une forteresse au XVIe siècle, lorsque les Vénitiens sentirent la menace ottomane approcher : douves, tours, ligne de défense, remparts, mouillage pour les galions, caserne, bastion, on comprend mieux l’invulnérabilité de la ville sur une si longue période. Les Anglais continueront d’y apporter leur touche au XIXe, jusqu’à cette incongrue église néoclassique, en 1840, qui jure dans cette atmosphère de génie militaire. Mise à part la vue sur la mer, pas grand-chose à se mettre sous la dent à l’intérieur ; si l’architecture défensive vous laisse de marbre, regardez-là de loin. Á l’opposé, la nouvelle forteresse (fin XVIe, début XVIIe, le terme « nouveau » est bien relatif) est tout aussi vide et encore plus mastoc : on peut faire l’impasse !

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C’est dans la rue que le charme opère surtout, du vieux quartier du Campiello, avec ses petites places, les fontaines, les cours dérobées, jusqu’à la place de l’Hôtel de ville (d’abord « loges » des aristocrates de la ville, puis opéra). Déambulez dans les très étroites venelles perpendiculaires aux ruelles touristiques, posez-vous dans ces petits cafés qui dévalent les escaliers, humez l’air du temps place Kremasti, sirotez un Spritz (plus couleur locale que l’ouzo, en fait) place Aghios Spyridonas, avant d’entrer dans l’église du même nom : clocher imposant, iconostase de marbre et non de bois, influence italienne évidente dans les peintures, ossements du Saint dans un somptueux reliquaire en argent, présence de nombreux croyants grecs et russes, elle est considérée comme la plus belle des trente-neuf que compte la ville. C’est son plafond peint et doré, ultra-chargé qui surtout attire l’œil. Datée de la fin XVIe, elle est dédiée au protecteur de la ville Spyridon, évêque de Chypre, qui aurait tenu à bonne distance des remparts de la ville, la peste, les Turcs et la famine, rien que ça !

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DR 

* Heptanèse (les 7 νησιά/îles de la mer Ioniennes : Corfou, Paxos, Leucade, Céphalonie, Ithaque, Zante et à l’époque Cythère), tombées sous la domination de Venise, puis de la France, ensuite des Britanniques, avant d’être cédées à la Grèce en 1864, à la signature du Traité de Londres.

** Bourde dans le guide Toubis, qui crédite l’ingénieur Ferdinand de Lesseps, né en 1805, des plans du Liston…il s’agit plutôt de Matthieu de Lesseps, le père, commissaire impérial de Corfou entre 1810 et 1814.

 

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22 mai 2014

Corfou - le couvert et le gîte

Si j’en crois le verdict attesté par ma balance, la cuisine corfiote n’a pas été sans conséquences sur ma ligne… la présence vénitienne a laissé bien des traces dans les assiettes, et c’est tant mieux, pour varier les saveurs tout au long d’un séjour.

Il Vesuvio, 16 Odos Guilford - Corfou ville (2x)

Resto napolitain sympathique et généreux ; faites l’impasse sur les entrées (et pourtant, que les involtini d’aubergines sont bons !) car les plats de pâtes sont bien servis. Gnocchi, linguine aux fruits de mer, tagliatelles à la roquette et aux crevettes, tout est bon, ultra frais.

La Famiglia, Kantouni Bizi, ruelle perpendiculaire à Nikiphoros Théotoki - Corfou ville (2x)

Comme son nom l’indique, trattoria familiale chaleureuse dans la plus pure tradition, avec nappes à carreaux et bougies. Clientèle plutôt locale. Antipasti sympas, bonnes salades, véritables linguine aux vongole, excellentes linguine au pesto. Bonne ambiance, on s’y sent bien. Fermé le dimanche.

Bellissimo, platia Lemonia, perpendiculaire à Nikiphoros Théotoki - Corfou ville

Comme son nom ne l’indique pas, cuisine plus corfiote qu’italienne, où l’on vient goûter les spécialités locales ; le bourdeto (poisson accompagné d’une sauce tomate bien épicée, d’origine vénitienne), la pastitsada (coq ou bœuf mijoté dans une sauce tomates-oignons-cannelle-piments, servi avec des pâtes) ou le sofrito (fines tranches de veau ou de bœuf dans une sauce à l’ail). Le reste de la carte propose des plats grecs plus standardisés si vous avez peur de vous lancer.

New Fortress, 26 Odos Solomou - Corfou ville

Taverne classique, très touristique et sans prétention au pied de la nouvelle forteresse… bon plat de poisson frais plus salade.

Beaucoup de bars sympas, certains très branchés, d’autres plus calmes et familiaux, à mesure qu’on s’éloigne du Liston et de ses arcades ; fermez votre guide et allez-y à l’instinct. Passez tout de même au Bristol (Odos Evgéniou Voulgareos), la déco intérieure et ses ampoules valent le coup d’œil. Et pour changer de la Mythos, de la Fix ou de l’Alpha, goûtez à la bière locale, la Corfu beer Real Ale, non pasteurisée et non filtrée, presque rouge, qui rappelle les bières belges, et la Royal Ionian, une blonde très douce. Á éponger avec les pâtisseries locales :-)

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Le kumquat est à Corfou ce que le mastic est à Chios, une manne ! En Europe, Corfou et la Sicile sont les deux seules îles qui cultivent ce petit agrume, avec lequel je n’ai d’ailleurs aucune affinité. Mais j’en connais un qui en raffole et qui en a ramené une palanquée… confis, au sirop, en liqueur, en qumkacello, pour aromatiser les loukoums, la pâte de figue, on en trouve sous toutes les formes. La liqueur est pour moi imbuvable, sucrée, poisseuse, très écœurante. On frôle l’overdose devant les bouteilles aux formes de l’île qui semblent se trémousser sur les étals.

Á Corfou-ville, nous avons logé, une et deux, puis trois fois à l’hôtel Arcadion, angle d’Odos Vlassopoulou et de Kapodistriou, au-dessus du Mac Donald, très bien situé, avec vue sur la Vieille Forteresse éclairée. Les balcons donnent sur la place, ce qui est un peu bruyant les vendredis et samedis soir mais le spectacle est là, lorsque les corfiotes envahissent les lieux, comme les Italiens à l’heure de la Passeggiata.

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Nous sommes revenus à plusieurs reprises (au grand amusement du staff !) dans ce camp de base puisqu’aucun village du Nord n’a su nous séduire. Un membre du personnel nous a regardé avec effarement lorsque nous lui avons demandé, déçus de nos virées, où trouver un lieu « wild and unspoiled » sur l’île. Il a commencé par nous rappeler que Corfou est la deuxième île grecque la plus fréquentée après la Crête (oui, on avait vaguement remarqué une certaine similitude dans le bétonnage…) et a mis un peu de temps avant de pointer du doigt un périmètre au Centre puis au Sud de notre carte. Ce n’était pas gagné…

Et pourtant, son index avait eu raison de nous orienter sur un petit bout de la côté Sud Est, à Boukaris, minuscule port de pêcheurs où nous avons trouvé notre bonheur, en dépit d’une addition exécrable pour un mois de mai, pluie + vent. Boukaris, c’est une poignée de bateaux de pêche, deux tavernes, deux hôtels, un petit supermarché, une dizaine de maisons particulières et une magnifique situation sur la mer. Quand je dis la mer… étonnamment, l’endroit, par son calme, son silence, rappelle davantage la tranquillité d’un lac ou d’une lagune. Les familiers du lac Majeur ou du lac d’Orta ne se sentiront pas dépaysés. Nous nous sommes posés au Golden Sunset (vu la météo, pour le Sunset, on repassera !), visiblement bien connu des touristes allemands. L’hôtel vaut le détour pour sa table, la maman des gérants officiant d’une main de maître dans les cuisines. Le poisson passe directement de la mer à votre assiette : daurade (pas d’élevage, une vraie), bar, puis calmar farci… nous avons franchi les trois marches de la béatitude gustative. Il a fallu à chaque repas attendre ses mets de roi (compter 45 minutes) mais la précision de la cuisson et le résultat en bouche en valaient largement la peine. Comme quoi, en cherchant bien, il peut y avoir encore des endroits préservés à Corfou…  

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19 mai 2014

Corfou (Kerkyra), la trop domptée des Ioniennes - Introduction

Cela devait bien arriver un jour ou l’autre, une première déconvenue, un léger désenchantement, un petit dépit, un rendez-vous manqué, un tête-à-tête ajourné, bref, une non-rencontre avec une île grecque. Si, c’est possible. Et avec une Ionienne, en plus, ce qui nous a bigrement tourneboulés, ma moitié vouant un culte incommensurable à Céphalonie, ma pomme contemplant Ithaque avec les yeux d’Ulysse. 

Corfou pâtit lourdement des symptômes déjà observés en Crête, le bétonnage, le tourisme bas de gamme, le non-respect de l’environnement, le laisser-aller ; elle donne la sensation d’une île sur son déclin, qui ne peut plus entretenir son rang et qui mise désormais sur le vol incessant des charters venus d’Allemagne, d’Angleterre et de Russie pour survivre : hôtels low cost déjà défraîchis, villages de vacances sinistres, infrastructures vilaines, plages jonchées de détritus, nombre d’endroits transpirent la fin de règne. On enrage d’autant plus que la côte Nord recèle quelques sites de toute beauté, qui auraient dû être laissés à l’état sauvage et non transformés en protectorats de buveurs de bière. 

Autre source de déception pour une île qui a vu défiler nombre d’occupants (Rome, Byzance, Venise, Maison d’Anjou-Sicile, Venise à nouveau, les Français, les Britanniques…), l’absence quasi-totale (à l’exception de Corfou ville, j’y reviendrai longuement dans d’autres posts) de vestiges, de sites archéologiques, de monastères, de chapelles, de fresques, de tout ce qui donne à une île sa tonalité particulière. On cherche fébrilement un village typé, singulier (après Tinos et Chios, la barre est très haute, mais tout de même…), on veut respirer une atmosphère originale, unique, distincte des autres îles et … ça ne vient pas, l’insatisfaction s’installe. 

Alors, faut-il bouder Corfou ? Eh bien non, malgré toutes ces réserves, l’île nécessite une visite pour son « chef-lieu », sa « capitale », Corfou-ville étant pour moi un joyau incomparable. Nous sommes tombés sous le charme immédiat de sa saveur italienne, de ses couleurs, de son dédale de ruelles, de sa richesse culturelle, de sa gastronomie. On flâne des heures entières, le nez en l’air pour capter les détails d’une architecture superbe, où chaque « prédateur » a laissé sa marque. Alors que nous devions loger au Nord, après les deux premiers jours passés à l’arpenter en tous sens, nous y sommes revenus à fond de train, tant elle a su nous ravir par sa simplicité, son naturel, sa sincérité.  

Je crois qu’il s’agit, en quinze ans de Grèce, du premier voyage qui ne se déroule pas du tout comme nous l’avions prévu. En neuf jours nous avons fait et défait quatorze fois nos sacs et mangé du kilomètre : pas de vrais coups de cœur, d’innombrables atermoiements sur nos lieux de chute, une météo capricieuse, comme si l’île devenait un brin revêche, voire hostile. Nous avons alors écourté notre séjour et rappliqué plus tôt que prévu à Athènes, sous un franc soleil qui nous a redonné la pêche et le sourire. 

Quand ça ne veut pas, c’est que cela ne devait pas… on aura plus de chance en septembre, du moins je l’espère !

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Le Présent Défini
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