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Le Présent Défini
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30 septembre 2014

Santorin prend l'eau...

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L’île la plus mythique de la mer Égée fut ma porte d’entrée pour les Cyclades il y a une décennie. Comme tous ceux qui ont posé leurs pieds sur son sol, je fus éblouie, émerveillée, fascinée par sa splendeur. Je grinçais déjà un peu les molaires devant une exploitation touristique que je trouvais excessive, mais la magie était là, je cessais de maugréer dès que les gros navires de croisière levaient l’ancre et que le calme revenait à la tombée du jour. Même le coucher du soleil se faisait alors dans la sérénité, en cette mi-juin 2003.

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Aujourd’hui, l’île ouvre bien grand les bras au Yuan et au Rouble, se gave d’un déferlement de touristes irraisonné, s’engraisse de revenus douteux et accepte des comportements triviaux. Nul besoin d’un volcan pour anéantir de nouveau Santorin, l’appât du gain s’en est chargé. Une marée humaine grouillante, une masse compacte, une cohue débordante, un flux ininterrompu de visiteurs a pris possession des lieux, qui suffoquent sous l’envahissement. Que ce soit à 10 heures du matin ou à 23 heures, les ruelles de Fira et d’Oia sont engorgées de visiteurs débarqués par cars entiers, d’agences russes et chinoises. Entendre parler grec à Santorin devient une curiosité. Je sais que tout un chacun est en droit de venir admirer la beauté du site, mais Santorin n’est pas taillée pour amortir cette soudaine surdensité humaine au mètre carré. D’autant - j’assume le propos -, que ces nouveaux visiteurs ne surgissent pas forcément pour de bonnes raisons. Santorin est devenue the place to be, l’île où l’on vient se montrer, s’exposer, s’exhiber, se photographier, se marier. Son histoire, son mythe, ses sites archéologiques ne les intéressent en rien (sur le magnifique site d’Akrotiri, nous n’avons croisé que des Européens…). Conséquences de cette arrivée massive, une flambée des prix, des chambres prises d’assaut, une prolifération de boutiques de luxe, des eaux de baignade pas toujours très propres, des restaurateurs peu scrupuleux*, des vendeurs agressifs et l’inobservance des règles d’hospitalité, pourtant inhérentes à la Grèce.

Volontairement, je ne conseillerai aucune adresse à Santorin**. Parce que Santorin n’est pas la Grèce, comme Venise n’est pas l’Italie. Ce sont des enclaves à part, des territoires désormais vendus au seul rendement financier, où des comportements de requins mettent en péril la préservation d’un patrimoine exceptionnel et l’équilibre d’un écosystème fragile***. Comme Venise se cache parfois sous ses eaux pour ne plus voir les paquebots géants esquinter sa lagune, Santorin pourrait bien un jour en avoir assez de porter sur son dos sa couche de béton toujours plus vaste : le dernier séisme date de 1956…

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* Éviter à tout prix le Café Classico, à Fira, en guise d'ouzo, un alcool frelaté.

** A contrario, je tiens à souligner l’extrême gentillesse de notre logeuse et de sa fille, qui tiennent cinq petites chambres toutes simples, dans une ruelle qui descend en contrebas de la cathédrale orthodoxe : Rooms Sofi.

 *** Santorin ne possède aucune réserve d'eau, on désalinise à tour de bras. Gestion des eaux usées ?

 

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26 septembre 2014

Septembre 2014 en Grèce

Après la douche corfiote (dans les deux sens du terme), quelles aventures allait nous réserver ce nouveau périple grec ? Nous sommes cette année partis en septembre et non en juin, à l’arrache, le projet initial tombé à l’eau pour cause de copieux merdier administratif kafkaïen (merci aux proches qui ont suivi la chose de m’avoir supportée). Plutôt que de passer les deux semaines dans deux îles différentes - comme c’est notre usage en été -, faute de temps pour bien combiner les ferries moins nombreux en septembre, nous avons fractionné nos 16 jours en sauts de puce, privilégiant des lieux certifiés ravissement prévu, avant de découvrir en fin de séjour une nouvelle Cyclade.

Le programme fut donc le suivant :

-         Athènes (deux jours)

-         Santorin (quatre jours)

-         Paros (quatre jours)

-         Folégandros (cinq jours prévus, quatre en réalité suite à un souci de ferry)

-         Athènes (un jour prévu, deux jours en fait)

Athènes, c’est comme un parfum qui agresse à l’ouverture du flacon, on trouve ses fragrances trop fortes, trop marquées, difficilement respirables ; pourtant, on y revient d’abord de loin, parce qu’on a jamais rien senti de pareil, on se familiarise avec son mélange de déliquescence et d’énergie, et sans s’en rendre compte, on est addict, pris dans ses rets. L’aversion première est devenue attirance, affinité, fascination. Si fort que j’aime les îles, si nombreuses et intenses sont les émotions que je peux y ressentir, Athènes demeure une source de profonde exaltation. Alors nous y passons de plus en plus de temps, ébahis par son bouillonnement permanant de vitalité contagieuse. Athènes a pour moi cette capacité à me remettre d’aplomb, à m’inoculer immédiatement enthousiasme et belle humeur. Peu de villes d’Europe peuvent prétendre à ce potentiel.

Cette mise en bouche athénienne devait donc ouvrir la voie à un festival perpétuel d’allégresse, heureux que nous étions de notre emploi du temps à venir, que l’on pourrait à posteriori cependant résumer ainsi :

-         revoir Santorin et s’enfuir (loin, mais alors très loin...)

-         revoir Paros et ne plus vouloir en partir

-         voir Folégandros et mourir

Deux sur trois, c’est plutôt un bon bilan. Je consacrerai à chaque île les pages qui lui sont dues, aux tonalités bien évidemment très différentes ; rouge colère pour Santorin, bleu azur pour Paros et toutes les nuances de l’amour pour Folégandros, qui a su détrôner Amorgos, juchée depuis de nombreuses années sur la première place des plus belles îles de Grèce, selon ma sensibilité toute personnelle. Et si cela ce n’est pas un tour de force…

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 Kouros du musée du cimetière du Céramique... n'est-il pas magnifique ?

 

1 septembre 2014

Le Cercle des chats disparus...

9782848050140_1_75Les Sept Vies des chats d’Athènes (Οι Εφταψυχες των Αθηνων), roman de Takis Théodoropoulos

Éditions Sabine Wespieser, 2003

Voilà de quoi faire patienter ceux qui ne retourneront en Grèce, que lorsque les autres en seront rentrés. En attendant Athènes dans six jours (croix matinale sur le calendrier, comme le trouffion qui attend la quille), pour en retrouver la saveur et le caractère, voici un court récit qui philosophe un peu, se moque beaucoup et déraille énormément.

Si les Égyptiens et les Hindous donnent au chat neuf vies, les Grecs lui accordent sept âmes. Le chat efflanqué, le greffier solitaire, le félin errant, relèvent du nécessaire et de l’inévitable dans les rues d’Athènes ; car contrairement au matou châtré et obèse qui ronronne sur les cousins cossus de ses maîtres, «aussi longtemps que vivra le dernier chat de gouttière, rien ne sera perdu, l’esprit antique restera vivant et ne périra point ». Le Cercle des sept-âmes, assemblée de dames sur le retour, souvent veuves et un peu frustrées, dominé par un président érudit, spirituel et séducteur à ses heures, s’est donné la mission de défendre la présence des vagabonds à poil dans les cités européennes, mais surtout et d’abord à Athènes ; car ces vaillantes initiées et leur mentor sont convaincus que les chats de gouttière sont les nobles réincarnations des philosophes antiques, « qui errent parmi nous, drainant leur vérité ». Pour déchiffrer les mouvements et desseins de ces félins, les membres du Cercle ont découpé Athènes en territoire qu’elles arpentent nuitamment, suivant Platon ou le cynique Antisthène, dans leurs déambulations et jeux nocturnes.

Alors, lorsqu’en prévision des Jeux olympiques de 2004, la cité, berceau de la philosophie, doit éradiquer le chat des rues par mesure de salubrité, la contre-attaque s’organise ;  apprentissage du miaulement, sit-in à Syndagma, mobilisation de la télévision, articles de presse, réunion des chats philosophes entre la première et seconde lune du mois d’août, la cause devient une affaire d’état qui dépasse les plus folles espérances des pasionarias des gouttières.

Takis Théodoropoulos s’est visiblement beaucoup amusé à faire dialoguer le monde contemporain et l’antiquité, le quotidien et les sphères supérieures qui régissent les destinées, la réalité et le conte. La plume est vive, légère, insolente et désopilante. Nul besoin de potasser à nouveau vos livres de Terminales, Théodoropoulos donne aux chats philosophes leurs lettres de noblesse en les répertoriant selon des fiches biographiques officielles, légèrement revues et corrigées…

 

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