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21 décembre 2015

Winter is coming chez Bruegel

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Les Groseilles de novembre, roman d’Andrus Kivirähk* (édition originale, 2000)

Éditions Le Tripode, 2014

Traducteur : Antoine Chalvin

« Ton prochain tu voleras, le Diable tu ridiculiseras, la peste tu combattras ». Voilà à quoi se résume le quotidien d'un obscur village bâti près de la Baltique sous la plume d'Andrus Kivirähk, dans ce que l'on pourrait appeler "le long Moyen-Âge estonien". Mais un Moyen-Âge bien barré, peuplé de bouseux tarés, de paysans convoiteux, de valets de ferme bêtes à manger du foin, d’intendants vauriens ; tous ont un boulon desserré. Rien ne tourne rond dans ces contrées qui grelottent, monde givré et farfelu tombé à la renverse, « légèrement » décalé du nôtre.

Andrus Kivirähk choisit le mode de la chronique, de la courte farce hénaurme, pour effeuiller les annales d’un mois de novembre de l’An de grâce d’il y a très longtemps. Du temps où les barons allemands régnaient sur toute la contrée, amenés par les soldats-templiers venus évangéliser ce coin oublié, terre de paganisme et de superstitions. La noblesse germaine posait pour sept siècles ses lourdes bottes sur le cou des Estoniens, ravalés au rang de simples serfs.

Mais dans ce trou paumé, le système féodal a volé cul par-dessus tête, et ce sont les gueux, les purotins, les pouilleux qui détiennent discrètement les clefs du manoir local. La ruse, la filouterie, les barbotages élevés au rang d’art, sont le quotidien saumâtre des paysans pauvres comme Job, qui inventent sans cesse des mensonges, d’autant plus avalés qu’ils sont monumentaux. Le baron et sa famille, grugés, dindonnés, sont les jouets naïfs de la cupidité des paysans. De toutes façons, le baron allemand n’est pour eux qu’un usurpateur, qui détient illégalement ce qui appartient de droit aux Estoniens. La bouffonnerie pourrait être seulement comique, elle est surtout extrêmement cruelle, car les villageois ne se contentent pas de voler les riches pour nourrir les pauvres, ils ont le larcin et l’avidité chevillés au corps. La grange du voisin, le garde-manger de l’ami, les étables des compères, tout se visite et tout se prend, non pour subsister mais pour entasser, accumuler : « Que vaut-elle donc votre vie ? Vous rôdez dans le noir et cambriolez vos voisins, mais vous ne savez rien faire d’autre avec votre butin que l’enfouir dans la terre, le manger ou le boire à la taverne ! ».

Alors, pourquoi savourer ces 265 pages si ces pauvres hères sont aussi peu urbains ? D’abord parce ce qu’ils sont extrêmement drôles, malins et terriblement attachants. Ces déplorables bougres, dont les instincts les plus primaires guident les décisions, sont loin d’être des chapardeurs aguerris et tombent bien souvent sur plus roublards qu’eux. Comme des bambins à qui l’on chiperait le hochet, ils ronchonnent un moment et repartent de plus belle à l’assaut des greniers. Et surtout, quel univers fantastique est le leur ! On croise, sur ces terres étrillées par le vent, la pluie et les neiges, des démons, des génies, des pelunoirs, des suce-lait, des tourbillonneurs, des chaussefroides, des vaches bleues de mer, autant de créatures venues de ces légendes du Nord, souvent malveillantes, qui causent bien des soucis à nos pillards. De toutes façons, chez ces païens mal convertis, on s’entend d’avantage avec le cornu qu’avec les auréoles, et l’on traite directement avec le diable pour obtenir un petit coup de pouce. « Á quoi cela sert-il d’entretenir des relations avec Dieu ? Tu lui adresses des prières, mais que t’a-t-il donné en contrepartie ? Avec le diable au moins, c’est toujours utile de faire des affaires : tu lui donnes ton sang, et lui te procure en échange quelque chose dont tu as cruellement besoin. Pas la peine de le prier ni de l’implorer. C’est un marché tout ce qu’il y a de plus clair et de plus honnête ! ». Au pays de l’étrangeté, on rencontre des jeunes filles qui se transforment en louves pour gambader dans la neige, on mange de la bouillie magique pour traverser les murs, on croise la peste sous forme de chèvre ou de cochon, on soigne sa malaria à grandes goulées de vodka, les bonhommes de neige récitent des poèmes et des romances vénitiennes, les sorcières boivent du thé à la souris, et trois personnages tombent amoureux… la farce satirique vire au conte, le médiocre au merveilleux, la truculence à la délicatesse.

Peine perdue, ces quelques « détraquements » qui parsèment le mois de novembre n’iront pas bien loin, et la vie de brigandage reprend son cours, comme un interminable servage qui condamne toute tentative de liberté : « Tout ce que nous possédons, c’est ce que nous avons réussi à voler… Le manoir ne cesse de nous donner des ordres, notre vie aussi est volée, et nous devons chaque jour la voler à nouveau en nous aidant de toutes sortes de trucs et d’astuces, afin de rester vivants jusqu’au lendemain ».

* Andrus Kivirähk, écrivain estonien né en 1970 à Tallinn

 

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13 décembre 2015

Singing in the rain... ou la danse du balai

BoreaDVDLes Boréades (probablement 1762)

Jean-Philippe Rameau - enregistré à l’Opéra Garnier 2003 / DVD 2004

 

Comment le dernier opéra de Rameau a-t-il pu dormir plus de deux-cents ans d’un sommeil de plomb ? Pourquoi avoir dû attendre 1982 pour découvrir la toute première représentation scénique d’une œuvre aussi renversante ? Qu’avaient donc bien pu faire le librettiste Cahusac et le dernier des baroqueux pour mériter la colère d’un roi et l’implacable condamnation de la censure ?

Voilà ce qui arrive quand l’ultime partition d’un octogénaire (!) toujours subversif vient dynamiter, avec quelques années d’avance, l’ordonnancement depuis trop longtemps établi d’un monde appelé à disparaître ; si Rameau le pressent, Louis XV et sa clique s’en défendent, en mettant les agitateurs à l’index. Car tout sent la poudre dans cet opéra, le livret comme la musique. Pas étonnant donc que les répétitions des Boréades furent ajournées en 1763, un an avant la mort de Rameau, précipitant une amnésie générale.

La reine Alphise doit épouser selon la tradition l’un des deux fils de Borée, roi des vents du Nord. Aucun lien d’affection dans ce trio, seule la raison d’État les pousse à ce mariage arrangé. Alphise leur préfère un obscur serviteur d’Apollon, Abaris, lui aussi épris en secret de la reine. Celle-ci choisit d’écouter ses sentiments et renonce au trône pour épouser le "roturier" inférieur à son rang. Les fils de Borée n’entendent pas qu’on bouscule l’étiquette et invoquent leur géniteur divin, qui déchaîne les éléments sur le royaume d’Alphise, raptée au passage. Abaris, après quelques atermoiements, descend chez les Boréades muni d’une flèche magique reçue des mains d’Eros, mate les vents féroces, et emporte sa belle avec la bénédiction d’Apollon. Happy End. Pas étonnant que le roi et ses sbires aient toussé. Où irait la société si le libre arbitre menait le monde, si les femmes décidaient seules de leur devenir, si l’autorité royale était assimilée à de la tyrannie, et que la rébellion politique et sociale ait droit de cité ? Pour Rameau, l’abus de pouvoir n’engendre pas la crainte, elle déclenche des révolutions. D’ailleurs, vingt-sept ans plus tard, patatras ! Entendre claironner dans l’acte II « le bien suprême, c’est la liberté », était au delà du séditieux... hop, aux oubliettes les Boréades !

Présentée comme une énième tragédie-lyrique, nous sommes pourtant très loin des codes établis par Lully. Certes, on retrouve cinq actes traversés par des "divertissements", des ballets, des machineries pour des effets saisissants, bref, un spectacle pour les oreilles et les yeux, avec des héros, des dieux, des amours contrariés, du merveilleux. Mais, habilement reconsidéré par ce contestataire de Rameau.

les_boreades fleurs

D’abord, on oublie évidemment le prologue allégorique qui glorifie le souverain du moment. Ensuite, on brouille le découpage marqué des actes pour ne pas entraver la narration, comme un long continuum. L’intrigue est épurée, resserrée autour d’un seul événement dramatique et surtout, on ne lâche pas les deux protagonistes, dont on suit le parcours initiatique au travers d’épreuves, afin qu’ils découvrent qui ils sont réellement (comme le souligne William Christie dans une interview, Mozart et sa Flûte enchantée ont un illustre ancêtre en Rameau). Cette hardiesse de considérer d’abord le bonheur personnel et la réalisation de soi avant la gloire, la peur des Dieux, les conventions sociales et la déférence envers les puissants, se double d’une musique surprenante. Oubliés les longs récitatifs au clavecin, la pâte orchestrale parfois timorée, les instruments à vent s’en donnent ici à cœur joie. La force dramatique ne vient nullement du texte ou des péripéties de l’intrigue, mais de la partition, qui sait à elle seule représenter le cheminement intérieur des deux héros ; d’où de nombreux "divertissements" - ces moments où l’action se suspend au profit des chœurs, des danses, et des arias - tous remarquables, voire même étonnamment modernes. Certains musicologues voient ainsi dans les Boréades, "des motifs aussi disloqués, des harmonies aussi tâtonnantes que celles d’un Stravinsky ou d’un Varèse".

Alors, on ne pouvait que se réjouir de voir ces Boréades entre les mains de Robert Carsen, metteur en scène adepte des époussetages un peu rudes. Nombre de critiques lui sont tombés dessus, pointant une dichotomie trop caricaturale et binaire dans sa conception des deux mondes qui s’affrontent ; les Boréens prisonniers de leurs longs vêtements noirs, blafards et dépersonnalisés, opposés aux lumineux Apolloniens, de blanc peu couverts, folâtrant sous le soleil. Les premiers, raides comme la vertu et le protocole, les seconds, libres, désinvoltes et jouisseurs. 

boréades balais

Le cycle des saisons rythme l’action, s’ouvrant sur les Boréens arrachant les fleurs de l’été pour apporter les feuilles mortes de l’automne, puis la neige et la tempête, avant que le printemps ne revienne pour fêter le mariage de la reine Alphise et d’Abaris. Simple, peut-être, mais terriblement efficace. Le résultat est une succession de tableaux merveilleusement esthétiques et sublimement éclairés. On ne se lasse pas de ces sombres Boréens traversant le large plateau, essaimant de leurs parapluies retournés des feuilles mortes rouges et or, au son d’une contredanse bien rythmée. Honnêtement, c’est sublime. Ce jeu des oppositions propose une lecture limpide de l’histoire, pour nous permettre de nous concentrer sur la musique et ses subtilités. Sans oublier des clins d’œil humoristiques, comme ces Boréens balayant à tour de bras les fleurs de l’été, en même temps que les Apolloniens, comme pour rétablir l’ordre et l’autorité de leur dieu des vents. Ou ce tapis de parapluies frissonnants, figurant la bourrasque, le noroît ou le blizzard, vents du Nord tremblant de peur devant un simple mortel solaire, devenus incapables d’obéir à leur maître Borée.

Les-Boreadesneige

 

boreadesparapluie

Alors, certes, les nombreuses danses, tout aussi modernes que la mise en scène, posent un vrai problème de clarté ; cet art est déjà pour moi un sujet d’incompréhension et de questions sans fin, pour ne pas dire d’ennui profond, tant il me touche peu. Là, le chorégraphe a oublié de nous donner le mode d’emploi pour suivre un minimum ces mouvements d’hystérie collective, de gestuelle mécanique débridée et illisible, en décalage voulu avec la musique. Cette frénésie de mouvements décomposés ressemble pour ma part à ceux du préposé des ADP qui fait décoller les avions avec ses petits drapeaux. C’est incongru comme une danse de Saint-Guy, répétitif, fatiguant à suivre, disgracieux à vous fissurer la rétine.

Heureusement, le plateau vocal masculin est digne, lui, de tous les éloges. Quel plaisir de retrouver Paul Agnew, Stéphane Degout, Laurent Naouri et Nicolas Rivenq, que l’on croise au gré des productions baroques. On a l’impression de retrouver de vieux complices, dont au connaît les qualités vocales, la présence scénique, les petits tics et les immenses qualités de diction. Parce que l’un des grands écueils d’un opéra de Rameau ou de Lully repose sur ce phrasé très particulier du français, cette articulation spécifique, ces voyelles muettes prononcées, cette manière de "chanter comme on parle" qui ne s’acquiert pas du jour au lendemain. Alors, la pauvre reine Alphise de l’américaine Barbara Bonney est à la peine ; physiquement (ben oui, elle a l’air d’être la mère de Paul Agnew/Abaris, la romance n’est pas crédible pour un sou !) et vocalement : aigus poussifs, ornementations inexistantes, souffle court, inertie émotionnelle, français savonné au mieux, inaudible au pire. On se demande ce qu’elle vient faire dans cette production d’experts de la déclamation baroque.

William Christie avait prévenu préférer les mises en scène modernes aux reconstitutions périmées, qui enferment les opéras dans un passé dépassé. Avec Robert Carsen, on est servi !

 

3 décembre 2015

La Machine Infernale, de Bursa à Détroit

MMiddlesex, roman de Jeffrey Eugenides  

Éditions de l’Olivier, 2003 - Prix Pulitzer 2003

 

Mais par où commencer ? Par quel bout prendre ces 667 pages serrées, denses, foisonnantes, qui, sous prétexte de nous coller aux basques d’une lignée grecque, exilée aux États-Unis après la Grande catastrophe, nous parle d’identité, de fatalité, d’apprentissage et de réconciliation avec soi-même.

La fresque familiale se double d’un long traveling historique, partant des collines du Mont Olympe en Asie Mineure et de Smyrne en flammes, jusqu’au brouillard de San Francisco dans les années 1970, en passant par le Michigan, la prohibition, les usines Ford, la naissance de la Nation of Islam, les émeutes raciales de 1967, le mouvement hippy. Voilà pour la toile de fond.

Mais surtout, pas d’hérédité grecque sans mythe, tragédie, oracle, Deus ex machina, et ces lois aveugles du destin, auxquelles aucun mortel ne peut se soustraire. Car si les Olympiens regardaient avec bienveillance les unions incestueuses, les travestissements, les flottements de genres, les changements brusques d’identités sexuelles, les indécisions de Dame Nature et les mariages consanguins rencontrent ici-bas moins d’enthousiasme, Œdipe en sût quelque chose. Alors, quand l’espièglerie des Dieux rencontre l’inexorabilité de la providence et l’ignorance des humains, l’histoire promet d’être explosive.

Il faut dire aussi que dans les petits villages des collines de Bursa, on n’est pas trop tatillon sur le livret de famille, et il arrive fréquemment, faute de prétendants nouveaux-venus dans ces territoires isolés, que l’on se marie entre cousins « à la mode grecque ». Mais après neuf générations de ces unions en vase clos, les chromosomes commencent à tirer la langue et à s’emmêler les pinceaux. Surviennent des bizarreries, des gènes récessifs qui somnolent en tapinois, attendant que la fatalité se mette en marche pour retrouver leur moitié perdue et devenir ainsi gènes dominants ; la Grande catastrophe en sera le détonateur.

Ainsi, Desdemona et Eleutherios Stephanides, à la fois cousins mais aussi frères et sœurs, profiteront de leur anonymat dans leur long voyage vers Détroit pour dépasser l’interdit et se marier en 1922. Leur fils épousera lui aussi sa propre cousine, qui donnera naissance à Calliope Helen Stephanides, narrateur* de la saga. « Récapitulons : Sourmelina n’était pas seulement ma tante, elle est également ma grand-mère. En plus d’être mes grands-parents, Desdemona et Lefty étaient ma grand-tante et mon grand-oncle. Mes parents étaient mes cousins au second degré, et mon frère était aussi mon cousin au troisième degré. » Alors certes, même si Ex ovo omnia**, l’arbre généalogique des Stephanides nécessite de prendre des notes.

La transmission du gène maudit et les histoires de famille racontées comme une épopée font place, au milieu du livre, au « cas » Calliope, victime candide des turpitudes héréditaires, de cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de chaque berceau. On glisse alors de la saga classique au roman introspectif, réaliste, où le souffle de l’histoire fait place aux théories médicales et au road movie d’un adolescent parti à la recherche de lui-même. Si le médecin qui l’a mise en monde l’a déclarée « fille », il faudra à Calliope devenue Cal, une bonne dose d’hardiesse, de persévérance et de résistance à l’incommensurable bêtise et forfanterie des charlatans psycho-hormonaux pour reprendre sa vie en main et s’assumer en tant que garçon.

Car Calliope/Cal est un hermaphrodite parfait, mâle génétiquement mais doté de deux organes sexuels, élevé comme une fille dans l’ignorance absolue de sa spécificité, pour cause de cécité médicale. Si ces données contradictoires tenaient la route tant bien que mal durant la petite enfance, le bouleversement hormonal de l’adolescence va semer la pagaille dans le corps et le cœur de Calliope/Cal, qui ne s’y retrouve plus. Le livre vire à un réquisitoire au vitriol contre les psys, sexologues, endocrinologues de tous poils, qui regardent et tripotent avec une pitié malsaine ces hermaphrodites et les considèrent d’abord comme des malades qu’il faut soigner et « reconfigurer », évidemment sans leur demander leur avis. Le choix de leur attribuer un sexe ou l’autre, de les mutiler définitivement, de les gaver d’hormones, varie selon les modes, la résonnance d’un article, la renommée d’un sexologue, l’audace d’une nouvelle théorie.

Mais Calliope/Cal voit venir de loin le charlatan boursouflé d’ego qui fourrage dans son intimité et lui fait mater du porno au kilomètre pour « étudier » ses réactions (l’adolescent/e n’a alors que 14 ans et nous sommes dans les années 70’ !) ; elle/il joue avec les certitudes et les préjugés du pseudo-médecin avec une ruse consommée, avant de lui claquer dans les doigts et de fuir vers la côte Ouest pour partir enfin vers sa vérité, en laissant loin derrière son « sexe d’élevage ».

Jeffrey Eugenides possède, lui, la double appartenance culturelle, américain par sa naissance, grec par son ADN. Le romancier évite l’écueil du roman à thème un peu bourratif qui aurait plombé la narration. Il prend des chemins de traverse, s’autorise des digressions poétiques et subtiles, sait regarder le monde à hauteur d’enfant et d’adolescent, décrit avec une extrême délicatesse ce qu’il peut rester de grec dans la vie de frais émigrés, en notant avec un peu de mélancolie aussi le contraste entre le monde des hommes et celui des femmes, des blancs et des noirs, la vieille Europe et le Nouveau Monde, les traditions et le modernisme et bien évidemment, le destin et le libre-arbitre.  

Middlesex, c’est un peu tout cela, de la culture de la soie en Asie Mineure au début du XXe, jusqu’aux arguties des partisans de l’acquis contre l’inné un siècle et demi plus tard, au travers du regard d’un être un peu à la marge, donc particulièrement bien placé pour dévider le fil de la petite et de la grande Histoire. C’est surtout une réflexion sans dogmatisme ni réponse assénée brutalement sur ce sexe « intermédiaire » qui se fracasse sur la notion de « normalité », pas si normale que cela. « Il y a toujours eu des hermaphrodites, toujours. D’après Platon, le premier homme était hermaphrodite, moitié homme, moitié femme. Puis, les deux parties se sont séparées. C’est pourquoi, tout le monde recherche son autre moitié. Sauf nous. Nous avons déjà nos deux moitiés ».

 

*Calliope, muse de la poésie et de l’éloquence

**in les Métamorphoses – Ovide

 

Le Présent Défini
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