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29 janvier 2016

En route pour Gythion (Γύθειο) - le pratique d’abord

Si l’on ne dispose que de quelques jours en hiver (eux-mêmes raccourcis par une durée d’ensoleillement rachititique - la nuit et les températures s’écroulant à 17h), impossible de visiter les deux doigts du Péloponnèse qui dessinent la région de la Laconie. Nous avons donc renoncé au dème de Monemvassia pour privilégier le Magne.

Le plus simple et le plus rapide consiste à emprunter le bus Ktel au départ du terminal A d’Athènes (odos Kifissou), toujours aussi sinistre, dans un quartier toujours aussi improbable, mais aucunement menaçant. Les bus sont confortables, fréquents et étonnement ponctuels. Même en plein hiver, il y a pléthore d’horaires pour relier Gythion via Sparte, où s'effectue la correspondance. Au final, comptez quatre heures et demie de trajet. Á l’aller, nous avons été accompagnés d’une pluie continue durant tout le voyage ; si le trajet n’est pas désagréable jusqu’en Argolide, la plaine de Tripoli, en janvier, par une matinée brumeuse, maussade et humide, est passablement lugubre : on se pendrait pour moins. Heureusement, à notre arrivée à Gythion, le grand beau était de retour et ne nous a pas lâchés du séjour.

Gythion, ancien port de Sparte, se trouve aux portes du Magne, posé entre mer et montagne - le golf de Laconie et la chaîne du Taygète. La petite ville, qui dégringole des hauteurs vers le quai, est absolument délicieuse ; pas de construction hideuse, de grand bazar à touristes, de verrue qui dénature et déshonore l’harmonie du lieu. Les toits de tuiles rouges, les façades colorées, les barques de pêcheurs, le bleu coupant du ciel et les neiges du Taygète composent un tableau délicat, gracieux et reposant. On s’y sent bien sur-le-champ et on a bien du mal à en repartir.

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Où se loger à Gythion ? C'est le point faible de la ville, de ne proposer aucun hôtel digne de ce nom. Le Routard s'extasie sur la Saga Pension, tenue par une Bretonne depuis des lustres. C'est bien tout le problème. Le lieu est vieillissant, la déco hors d'âge, la literie totalement périmée (de quoi vous coller d'office un bon lumbago). J'ai beau appartenir moi aussi à la Chouchen Connection, je ne trouve en toute franchise rien à sauver dans un hôtel* qui laisse ses clients sans chauffage en hiver (l'installation est bien là mais les tuyaux restent désespérément froids) ; rien ne sèche, tout empeste très vite l'humidité, des serviettes aux vêtements, même fraîchement lavés. Nous avons fui au bout de trois nuits à l'Aktaion Hôtel, autre établissement en front de mer, impersonnel au possible et aussi peu engageant, mais chauffé par une clim' réversible toute neuve ; une renaissance !

Côté table, dominance du poisson sous toutes ses formes, grillé, en soupe, en friture, et tout cela est très frais. La soupe de poisson à la grecque ressemble davantage à notre cotriade bretonne qu’à la soupe « moulinée », et elle tient bien au corps, croyez-moi. Il y a pas mal de tavernes le long du port, alimentées par les pêcheurs et les cartes se ressemblent toutes. Pas de coup de cœur réel, de repas mémorable, de plat remarquable (les pâtes aux langoustines de Pano Koufonissi auront du mal à trouver un challenger). On se nourrit correctement et richement mais « gustativement », ça manque un peu d’originalité et de finesse (je ne donne donc volontairement aucune adresse particulière).

Pour un « vrai » petit-déjeuner (puisque qu’aucun des deux hôtels n’en sert qui vaille le déplacement), nous passions rafler des douceurs à la pâtisserie de la place avant de nous attabler au café voisin pour le complément ; on se fait son petit coin entre le pope et les papis du quartier et on commence ainsi la journée avec le sourire.

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Petit-déj' de ma moitié, pourtant peu porté sur le sucre, les Dipla ; feuilles frites et roulées arrosées de miel... moi, je préfère les baklava !

Louer une voiture est obligatoire pour parcourir les environs (routes en excellent état) ; 25 euros la journée à l'agence Rozakis Travel, sur le quai, où le personnel est adorable, arrangeant, souriant. Pour le retour en bus vers Athènes, impossible d'acheter les billets dans cette agence. Il faut retourner là où le bus vous a laissés à l'aller et entrer dans la boulangerie pâtisserie qui fait office de bureau Ktel, à côté de la banque ; oui, c'est un peu bizarre mais c'est ainsi - et cela permet de perdre un bon en-cas avant de prendre la route.

Ah, contact important, Yorgos Hassanakos ! Son épouse et lui tiennent une boutique de souvenirs, journaux, livres… au pied de l’Aktaion Hôtel. Ce monsieur, charmant, accueillant, bienveillant et serviable, peintre et marionnettiste, est une mine de renseignements sur la région et se met en quatre pour vous faciliter le séjour. Il nous a véhiculés une demi-journée dans Gythion, ce qui nous a permis de pousser quelques portes. Mais ça, ce sera le sujet du prochain post…

 

* Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le jus de d'orange coupé d'eau au petit-déjeuner... du jamais vu en quinze ans de Grèce, dans une région plantée d'orangers...

 

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23 janvier 2016

Athènes avant la Laconie - un petit coin de ciel bleu en janvier, qui pourrait virer au noir...

Rebelote, les bons auspices, les jours alcyoniens (rappel de la légende, ici) furent de nouveau de la partie, comme il y a deux ans, en Grèce en ce début janvier. Tout le monde nous prédisait du froid, de la pluie et du vent dans le Magne ; que nenni, la parenthèse de beau temps, inespérée en janvier, s'est ouverte le 08, pour se clore le samedi 16, il est vrai. Et Athènes, par trois petits degrés, éteinte sous un ciel cendreux, parcourue de violentes rafales de vent, c'est tout de suite beaucoup moins agréable.

Petite info pour les lecteurs gays qui passeraient par ici ; si vous cherchez LA librairie gay d'Athènes, il faut aller au 6 Antoniadou, station de métro ligne verte Victoria, chez Polychromos Planitis. Nous sommes allés chercher en ce lieu un exemplaire du scénario de Strella, film de Pános Koútras dont nous sommes de grands fans (Koútras et Yorgos Lánthimos sont d'incroyables réalisateurs du cinéma grec actuel / si vous tombez sur le Canine de Lánthimos, n'hésitez pas mais accrochez-vous !). Il ne s'agit en fait pas d'une boutique mais d'un appartement planqué, transformé en librairie, à la sonnette très discrète. Je ne croyais pas les grecs aussi culs-serrés... y'a encore du chemin à faire au pays de Sapho et de Cavafy.

D'ailleurs, comment va-t-elle Athènes, lorsqu'elle n'est plus sous les feux de l'actualité ? Pas très bien. Elle a beau garder ses décorations de Noël encore allumées pour donner un air de fêtes et de légèreté à ses rues, peine perdue, ça craque de partout.

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Toujours plus de sans abris, de rideaux baissés, d'immeubles désertés aux fenêtres définitivement closes ; passé la place Iroon, Psiri est devenue une zone fantôme, silencieuse, qui a déclaré forfait. Le quartier d'Omonia n'était déjà pas bien folichon, mais la capitulation est désormais bien palpable. Grève des bus le week-end de notre retour, manifestation d'agriculteurs et routes bloquées hier vendredi, le train de réformes délirantes et contreproductives imposées par les technocrates de Bruxelles entraîne encore la colère des Grecs mais quelque chose s'est éteint et cela se ressent. La gestion des migrants, abandonnée aux mains des Grecs sans qu'aucune aide ne leur soit apportée (sinon une bordée de reproches de ne pas savoir garder les frontières de l'Europe - sic !), laisse une lourde empreinte sur la ville ; d'Omonia à Victoria, donc dans le centre ville d'Athènes, les réfugiés s'entassent. Si la Macédoine décide de fermer sa frontière, la Grèce va-t-elle se transformer en un gigantesque camp de réfugiés sans moyens ? C'est la double peine pour Athènes, qu'on a saignée à blanc avant de lui refiler un problème sans solution. Si cet afflux continu commence à tailler des croupières à la seule ressource qui reste à la Grèce, le tourisme, c'est le chaos qui guette le pays. À se demander si tout cela n'est pas fait intentionnellement...

Je remonte, pour un peu de légèreté, le post vieux de deux ans sur les restos grecs, mis à jour. Car le fait de revenir sans cesse à Athènes permet d'être plus curieux gustativement et de laisser les incontournables Palia Taverna tou Psara et autres Scholarchio Ouzeri Kouklis pour de nouvelles rencontres.

To Kafenio, Epicharmou 1 Plaka

Tout à côté du Scholarchio, dans un quartier très touristique, table moyenne qui doit beaucoup à son emplacement calme et à sa jolie salle. Cuisine toute simple mais inégale (choisir les plats annoncés "maison" plutôt que les classiques beignets de courgettes ou croquettes de légumes, clairement industriels). Féta étonnamment caoutchouteuse. Préférez clairement le Scholarchio.

Evcharis, Adrianou 49 Monastiraki

Testé au déjeuner et au dîner. De l'ambiance, vu l'importante fréquentation. La salle du fond sous verrière est bien engageante avec sa jolie déco, musique le soir. Très bon agneau au four en papillote (arvaki), salades très fraîches. Beaucoup plus de Grecs que de touristes malgré l'adresse.

Dia Tafta, Adrianou 37 Monastiraki

Dans la même rue que le précédent, un peu plus loin lorsque l'on va vers la station Thissio. Malgré des chaises de paille inconfortables au possible, bon repas de taverne, sans surprise mais réconfortant. Assiettes généreuses, trois mezzés sont suffisants pour rassasier le soir deux estomacs.

Ciccus, Andrianou 31 Monastiraki

Ciccus est le lieu où nous prenons souvent un verre (pas sur sa terrasse très fréquentée mais à l'intérieur, sous sa verrière, pour la déco), ouzo pour J-P, Aperol Spritz pour moi. Coincés un soir de fin septembre par un temps exécrable, nous y avons dîné, faute de pouvoir mettre un pied dehors sans être immédiatement douchés. La carte est plus "moderne" que les tavernes habituelles et nous avons été assez étonnés de la qualité des plats, et surtout par la carte des vins (attention, l'addition peut très vite s'envoler). Un plan B (effectué de nouveau en janvier, par grosse flemme) qui s'est révélé plus que convenable.

To Steki tou Ilia, Eptahalkou 5 Thissio

Pas facile à trouver, cette psistaria ! Prendre à droite, dans le chemin sous les arbres, juste après la station de métro, ne surtout pas remonter Apostolou. Vous ferez un saut dans le temps et l'espace. L'établissement semble ne pas avoir bougé depuis des décennies, avec ses nappes à carreaux, ses murs couverts de lambris et ses tonneaux en hauteur. C'est Grec de chez Grec, ça parle haut, ça fume beaucoup et ça boit sec. Courte carte, les locaux viennent pour les païdakia de haute volée. J'en connais un qui s'en lèche encore les doigts... Deux merveilles trouvées dans la traduction très poétique des plats en français : Tirokafteri devient trempette dans le fromage épicé et les Païdakia,  lait de brebis... le repas n'a pas commencé mais vous êtes déjà de bien belle humeur... 

Nikitas, Agion Anargyron 19 Psiri

Ne cherchez plus To Zidoron, juste à côté, remplacé désormais par un café

Bonne cantine de déjeuner, blindée à partir de 14h30 par les employés du coin. Plats du jour à la craie sur l'ardoise murale, pas toujours faciles à déchiffrer. Le plus simple, aller en cuisine et choisir sur place. Service souriant. Bœuf mijoté à la tomate et aux petites pâtes (kokkinisto me kritharaki) goûteux. 

To Krassopoulio tou Kokkora, Esopou 4 Psiri

Voilà le genre d'endroit comme on les aime, où on se sent bien sans savoir pourquoi, où l'on revient sans se poser de question. Un lieu vite familier, où l'on a l'impression de dîner depuis des lustres, comme en famille. Très belle déco de chineur bien chargée (transistors collector, vieilles horloges, gravures de mode, affiches d'époque - en tout cas pas de la nôtre -, photos des années cinquante, certaines un peu coquines mais il faut s'approcher de très près pour les voir), bref, plus une place sur les murs. Produits d'excellente qualité (tourte à la courgette succulente, poulet au yaourt et au miel fondant, plats aux saveurs de l'Asie Mineure, desserts maison) et vin chaud à la cannelle en pousse-café. Propriétaire avenant qui aime papoter avec les étrangers et éclairer la crise grecque de ses réflexions toutes personnelles. Gay friendly aussi.

Pour prendre un verre, avant ou après, The Party, plus haut en remontant Karaiskaki.

Oineas, Esopou 9 Psiri

Dans la même rue que le précédent. Resto fréquenté par les Grecs et par les touristes. Belle déco chinée à l'intérieur et carte très sympa, qui propose de bonnes salades (boulgour, lentilles, tomates séchées), de la féta au miel, des légumes grillés et des plats de viandes savoureux ; ça ne désemplit pas jusqu'à très tard et pourtant le service reste sympa et souriant (patronne un peu portée sur la boisson qui peut devenir collante...)

Psistaria Achilléas, Valtetsiou 62 Exarchia

Taverne de quartier, fréquentée par les habitués et ce jour-là par quelques prof's de fac. Service un peu bourru mais l'assiette de briam nettoyée en cinq minutes mettra le sourire aux lèvres du serveur. Bons mezze. Sans surprise mais couleurs locales assurées.

Diporto Agoras, à l'angle de Théatrou et de Sokratou Omonia

Taverne à l'ancienne, en sous-sol, non indiquée donc, ouvrez l'oeil, les deux trappes sont marrons. Pas de carte, le patron débite les 5 plats du jour (ou vous demandera de le suivre derrière les fourneaux et vous renverra à votre table avec un "κάτσε" bien claquant !) Deux plats de légumes, deux de viande, une salade et des sardines. Simple, copieux, pas cher, mais on descend surtout pour un joli voyage dans le temps. Salle tapissée de tonneaux, ambiance typiquement athénienne, bonnes ondes, atmosphère détendue. Vous aurez du mal à remonter à la surface ensuite !

Athinaïkon, Thémistokléous 2 Omonia

Vieille taverne fondée en 1932, où l'on croise touristes et locaux. Bon assortiment de mezze, plats copieux, bonnes ondes, on en redemande et on y retourne.

O Andreas, Themistokléous 18 Omonia

Toute petite ouzeri cachée dans une ruelle qui coupe Themistokléous sur sa gauche, lorsque l'on descend d'Exarchia vers Omonia. On y vient pour sa longue carte d'ouzo, ses produits de la mer très frais (sardines, poulpes, calmars...) et son atmosphère vraiment grecque (pas un seul touriste à chacun de nos passages). Une bonne taverne de quartier où il fait bon se poser aussi sous l'auvent, quand la pluie tombe à pleins baquets.

Klimataria, Platia Theatrou 2 Omonia

Taverne traditionnelle à laquelle on s'attache vite ; décor sympa, vigne qui dégringole et barriques de vin, musique à partir de 22h certains soirs, fréquentée bien davantage par les Athéniens que par les touristes. Les plats mijotés cuisent des heures sous des espèces de grosses cloches pour un fondant et une saveur délicate. Selon mon carnivore, leur agneau talonne de très près celui d'Amorgos, pour le moment jamais égalé. Pour les mangeurs de verdure, très bon ragoût de légumes aux herbes et au citron. Cuisine sans chichi mais qui ouvre l'estomac et vous met de bonne humeur. Service enjoué et souriant.

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Karamanlidika, au croisement de Sokratous et d'Evripidou Omonia

Épicerie de quartier aux saveurs d'Asie mineure, où l'on déguste les produits phares, les fromages et la charcuterie. C'est brut, bien envoyé, on est à Omonia, que diable ! Comme les noms des produits étaient pour nous un peu nébuleux, on a laissé le garçon choisir à notre place ; assiette de fromages et de pastrami et deux sortes de saucisses de Cappadoce. Goûtez, picorez et on laisse loin derrière la moussaka et le tzatziki, pour d'autres saveurs, et des goûts plus épicés et marqués. Vraiment traditionnel, et super ambiance.

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Paradosiako Oinomageirio, Voulis 44A Syndagma/Plaka

Á deux pas de la flopée d'hôtels des rues Apollonos et Mitropoléos, toute petite taverne familiale sympathique, grecque à l'heure du déjeuner, fréquentée par les touristes le soir. Plats simples de taverne, poissons du jour, pas chers et copieux. Mais un peu bruyant car situé en angle de deux rues très fréquentées.

O Tzitzikas kai o Mermygas, Mitropoleos 12-14 Syndagma

Changement d'ambiance avec un resto plus jeune dans sa déco design et ses plats plus originaux. Salade d'épinards bien troussée, mille feuilles de légumes entre deux fromages de mastelo, feuilles de vigne fines et parfumées, riches d'herbes et de feta, une cuisine moderne et légère. Tsipouro avant le dîner, liqueur de mastic à la sortie. Desserts au poil !

The Greco's Project, Nikis 9 Syndagma

Si votre ferry arrive au Pirée vers 15h30, que vous avez huit heures de traversée à jeun dans les jambes et que votre petit-déjeuner pris à 6h00 vous semble bien loin, où grignoter dans le quartier de Syndagma vers 17h, après vous être dessalés sous la douche à votre hôtel ? Trop tard pour un vrai déjeuner, bien trop tôt pour un dîner, pas envie de sucre à la pâtisserie du coin, nous avons donc tenté ce nouveau lieu à l'angle de Mitropoléos et de Nikis. Un peu branchouille, mais l'assiette, sans être transcendante, s'est révélée honnête et pas chère. 

Sardelles, Persephonis 15 Gazi

Comme son nom l'indique, taverne de poissons de bonne tenue dont les prix varient selon le produit de la mer que vous choisissez. Il y en a pour tous les goûts, toutes les bourses, selon l'arrivage du jour (poissons frais, mais aussi salés ou fumés). Pour les viandards, alternative carnée avec Butcher Shop à côté, appartenant au même proprio.

Kanella, Konstantinoupoléos 70 Gazi

Resto découvert par hasard en arpentant le quartier. Rien à voir avec une taverne, il s'agit d'un lieu lumineux à la déco tout à la fois simple mais tendance. La carte est imaginative et propose des assiettes plus originales que la sempiternelle horiatiki et autres tiropites ; très bons plats de pâtes, viandes sautées relevées, salades sympas, saveurs méditerranéennes bien marquées en bouche, c'est vif et bien troussé. Service jeune et souriant.

 

17 janvier 2016

Pour faire taire les Cassandre...

Alors, spéciale dédicace pour Isabella, Dominique et Oana... tout faux les filles !

 

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La Laconie en janvier, ce n'est pas l'apocalypse, bien au contraire... parasol07a

  

10 novembre 2015

Naxos - du centre à la côte Est

B. et F. m'ont fait remarquer que j'étais un brin vacharde avec Naxos et que l'île avait tout de même quelques ressources pour visiteurs exigeants. Certes. Mais il faut basculer à l'opposé du Chora, pour goûter d'une tout autre atmosphère.

Une fois passée "Halki-la-surfaite où il n'y a rien à voir", il est bon de se perdre dans les villages de l'intérieur, accrochés aux collines, dont la saveur toute simple vous raccommode sur le champ avec une certaine Grèce. Filoti, Apiranthos*, Keramoti, Koronos, Koronida distillent un vrai charme, l'air de rien, modestement.

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Il n'y a pas grand' chose de vraiment sensationnel à y voir mais c'est un délice de se perdre dans leurs ruelles, de retrouver les papous qui s'embrouillent à une semaine des élections, d'acheter du fromage aux bergers du coin, de faire une halte sucrée après une jolie promenade, bref, de repasser au rythme hellène ; même architecture de maisons blanches blotties les unes contre les autres, de tours vénitiennes, de passages voûtés, de placettes ombragées, de balcons décorés, omniprésence de la pierre et du marbre... et du silence. Toute cette région très vallonnée est bien verte, recouverte de vignes, de vergers et d'oliviers et relativement préservée des hautes températures, car rafraîchie par les vents qui glissent sur le mont Zas (Zeus) et sur les chaînes de montagnes qui hérissent cette partie de l’île.

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D'Apiranthos, il faut bifurquer vers la droite pour retrouver de superbes plages DÉSERTES, encore à l'abri des alignements hideux de transats et de parasols : Lygarida, Lionas, Kleidos et surtout Psili Ammos, grande étendue de sable blond bordée de tamariniers, qui nous rappellera Molos, notre plage favorite de Paros. Enfin de grands espaces, du calme, une poignée de familles grecques, quelques nordiques et c’est tout.

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Si nous avons fini par enfin trouver le lieu parfait pour faire trempette, c’est le petit port de Moutsouna qui nous fera regretter d’avoir choisi un hôtel sur la côte Ouest. Moutsouna est l’ancien port d’Apiranthos, d’où partait l’émeri, extrait des mines des montagnes de Koronos. On peut toujours admirer le « chemin de fer aérien », construit à la fin des années 20, long de 9 kilomètres, haut de 40 mètres, qui reliait les cinq sites d’extraction aux calles des navires ; le transport n’était plus tributaire du relief escarpé, des crêtes et des à-pics, et les mulets pouvaient enfin souffler. La ligne restera en service jusqu’en 1978,  quand l’émeri perdra de sa superbe. Sur le port en lui-même, demeurent comme à Sérifos, les rails, les grues, les souvenirs des entrepôts. Moutsouna, outre la richesse de son passé, est un adorable endroit, coquet et tranquille où nous serions bien restés.

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Donc, petit conseil à ceux qui n’ont pas envie de passer leurs vacances dans le stress, le vacarme et le béton, entourés de businessmen aux dents longues qui vous voient venir de loin, posez-vous là !

* village natal du héros national Manolis Glézos

 

4 novembre 2015

Naxos - à boire et à manger

 

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Tout d’abord, où se loger à Naxos ? Pour ne pas être trop loin du Chora et du Kastro, nous avions élu le quartier d’Agios Giorgios, à 700 mètres au Sud du débarcadère, à un saut de puce de la plage du même nom. Le coin a dû être très beau, mais on a désormais beaucoup construit sur cette côte et vous n’y serez pas les seuls, même au milieu du mois de septembre. En fait, le cœur historique de Naxos s’est dilué, s’est étalé sur un bon kilomètre, avec des constructions modernes pas toujours de bon goût ; on est à des années-lumières de l’élégance de Parikia… de plus, le quartier d’Agios Giorgios est zébré de petites rues à angle droit où il est assez difficile de circuler en voiture, particulièrement de nuit. En conclusion, si je devais remettre les pieds à Naxos (non, cette éventualité confine en fait à l’impossibilité la plus absolue !), c’est sur la côté Est que je me poserais, j’en reparlerai plus tard.

Notre lieu de résidence était pourtant bien charmant (Hôtel Glaros), avec une déco soignée et recherchée, des matériaux nobles, une vaste salle de bain, le balcon sur la mer, un toit-terrasse bien aménagé… mais, de nouveau, ça n’a pas fonctionné. Tout simplement parce que nous avons rarement croisé une telle pingrerie : tout se facture à Naxos, même le sachet de thé ou la capsule de café de votre chambre, car il faut bien rentabiliser l’établissement au maximum. Le ticket d’entrée au 15 septembre est déjà pourtant de 100 euros la nuit sans le petit-déjeuner, mais le jeu est de faire fonctionner la machine à cash au maximum. L’hospitalité grecque, on repassera. Quand nous ferons la comparaison avec la générosité de notre Sophia à Koufonissi, quelques jours plus tard, l’addition de Naxos passera encore plus difficilement. L’anecdote finale est, je pense, assez révélatrice d’une mentalité en pleine mutation. Le jour de notre départ, en attendant le taxi (oui, on ne vient pas vous chercher au port, hein, faut pas rêver non plus !), le propriétaire nous fait le laïus de départ « j’espère vous revoir… blabla… », et envoie son acolyte nous chercher un calendrier aux couleurs de l’île, qu’il fait faire chaque année pour ses clients, spécialement, par des artistes locaux. Nous retrouverons en fait le même calendrier dans une des librairies de Naxos, à côté du port. Le fourbe ! Nous sommes restés ici pour la seule et unique raison que nous avons été bien secoués, moi par une intoxication alimentaire, ma moitié par une bronchite, et que nous n’avions aucune envie de refaire les valises à la recherche d’une autre chambre.

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Côté tables…

- Coup de cœur :

Nostimon Hellas*2 (www.nostimonhellas.gr), sur Ioannou Paparigopoulou, dans la rue des restos qui descend de la place Protodikiou. Accueil, déco, ambiance, rien à redire, on y revenait même pour le jus d’orange et le yaourt au miel matinal. Excellente Matsata (les tagliatelles de Folégandros) pour moi, bœuf au Mavrodafni pour J-P, aubergines au sésame et au miel… tout est délicieux. Les mets sont fins, agrémentés d’herbes, avec des sauces ou des pestos élaborés ; ici, on cuisine vraiment et on prend soin des clients avec un grand sourire. L’addition n’est pas celle d’une taverne mais sans exagération non plus.

- Vaut le détour : 

Scirocco*3 (www.scirocco-naxos.gr), place Protodikiou. 

Gros a priori devant ce lieu toujours blindé, qui bourdonne, qui s’agite, où le Grec est une langue ultra-minoritaire, bref, qui a tout de l’usine à touristes. Et pourtant, qu’est-ce-que c’est bon ! Une assiette de mezzés pour deux et une grande salade de figues et de fromages de Naxos suffisent largement à vous rassasier. On retrouve ici tous les plats traditionnels de taverne mais un peu « dégrossis », « revisités » et on y revient sans se poser de question. Accueil speed avant 22h30, venir ensuite pour entendre parler autre chose que l’anglais, l’allemand ou l’italien.

Taverne Nikos, tout près de la place Protodikiou

Taverne familiale typique où ça dépote ! Plats consistants, portions généreuses, excellentes viandes selon mon carnivore, bon niveau sonore, rien d’original en somme mais un lieu où l’on se sent bien et où l’on sait par avance que l’on ne sera pas déçu. 

- Peut mieux faire :

Maro, à côté du précédent… mais préférez le précédent.

Autre taverne grecque mais un peu brut de décoffrage. On vient dîner pour se nourrir, certes, mais aussi un peu pour faire danser les papilles. Là, on ne sort pas des Pastitsio/Moussaka/grillades et on aimerait un peu plus de prétention culinaire. Addition toute légère, au contraire de votre estomac bien lesté.

To Elliniko*2 (http://www.toelliniko.com), plus bas que Nostimon Hellas, dans la même rue.

Pour nous, un restaurant très surévalué et inégal. Certes, on dîne dans un petit jardin charmant et agréable mais le lieu devient une grosse machine à produire, où la qualité peut laisser à désirer. Si notre premier dîner de poisson était tout à fait correct (faire griller un calmar n’est pas non plus un grand exploit), le second a été moins réussi : entrée trop salée, agneau kleftiko trop gras et pas assez cuit (un comble) et tourte aux épinards mollassonne. Un soir "sans" ou un resto qui somnole sur son passé ?

- Á fuir :

Anna’s Organic Shop & Garden, la voisine de To Elliniko 

Présenté par le Routard comme le lieu rêvé pour un petit déj’ sain et savoureux. Quinze minutes se passent avant que la dame daigne s’intéresser à vous. Pas de jus d’orange frais et pas de yaourt, alors que l’île en produit de savoureux. On a décampé !

O Giannis, à Halki, sur la place.

Halki est le village touristique le plus surfait de Naxos, avec ses trois ruelles, ses deux placettes… et ses églises byzantines fermées. Les locaux attendent le chaland sur le pas de leurs boutiques de souvenirs sans intérêt et tout le monde finit par se retrouver sous la vigne qui pendouille dans la seule taverne ouverte en septembre le midi, assurée de faire salle comble. Service totalement à la ramasse (entre le détachement et le dédain) et cuisine limite. Je dois à cet endroit une nuit… difficile (la pharmacienne m’expliquera que c’est ce qu’il arrive avec des épinards mal ou pas lavés avant de les cuisiner !). De retour, j’ai vérifié sur un site bien connu le ressenti des autres touristes. Je me suis sentie soudain moins seule. 

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Enfin, si vous fréquentez Plaka Beach, le petit coin de plage non colonisé par les rangées de transats et de parasols, la Taverna Paradiso (www.naxos-paradiso.gr) est tout à fait recommandable, simple mais très sympa. Le propriétaire possède aussi les deux hôtels voisins, bâtis en front de mer (et au détriment des dunes…)

 

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30 octobre 2015

Naxos ou les illusions perdues

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Pour faire simple, entre Naxos et nous, nulle divine idylle mais une rencontre désenchantée, une suite de tracasseries, de déconvenues et de déboires. Nous étions furtivement passés à Naxos pour un changement de ferry et je n’avais pour cliché de l’île que de belles images sur papier glacé de villages lovés au creux des collines, de plages de sable désertes, de chapelles byzantines aux fresques remarquables. Mais il arrive que la réalité soit toute autre.

Mon propos n’est en aucune façon de dénigrer à la hussarde une île qui possède malgré tout quelques atouts (et surtout celui d’être proche de Délos), mais ceux-ci ne seront perceptibles que pour les primo-visiteurs des Cyclades. Naxos me semble une bonne porte d’entrée, qui sait mettre sous les yeux du novice une synthèse de tout ce que les Cyclades peuvent offrir, mais rien de vraiment sidérant. En revanche, lorsque l’on a une bonne quinzaine d’îles au compteur, on devient très exigeant, sourcilleux, sans doute un peu sévère. Car à chaque curiosité, particularité, que l’île proposait, nous opposions une comparaison peu flatteuse pour Naxos :

            - Le port d’arrivée, le centre névralgique de l’île ?  Préférer Paros

            - Le castro médiéval ?                                                    Préférer Sifnos

            - Les chapelles byzantines ?                                          Préférer la Crête

            - Les villages intérieurs ?                                               Préférer Tinos

            - Les plages de sable ?                                                    Préférer Sérifos

            - Pour les balades ?                                                         Préférer Amorgos

            - Pour le calme ?                                                              Préférer Folégandros

            - Pour les espaces préservés ?                                       Préférer Koufonissia

            - Pour la "véracité" ?                                                       Préférer toutes les autres !!!

Île imposante par sa taille, sa population, le trafic de ferry, Naxos a surtout, vu de ma fenêtre, oublié de rester grecque. Certes, cet été, un nombre impressionnant de touristes a posé le pied en mer Égée. S’il faut s’en réjouir pour tous les Îliens qui vivent du tourisme, je crains que certaines Cyclades n’y laissent en route une bonne partie de leur séduction (comme la Crête, Corfou, Rhodes, devenus des hauts-lieux du tourisme de masse). Le développement effréné de Naxos sur sa côte Ouest, le bétonnage de 10 km de plages où les dunes sont liquidées au profit d’une urbanisation non maîtrisée et vilaine (hôtels, restos, bars, sans âme ni histoire) n’augurent rien de bon. Conséquence immédiate, un net changement de mentalité chez les habitants : business et rendement à tout crin, à l’opposé de l’hospitalité et de la chaleur des échanges que nous aimons tant. Même en septembre, l’usine tourne à plein régime et crache ses euros. Ainsi, une seule belle rencontre avec une "yiayia" hors d’âge sur les marches d’une église, durant les sept jours passés à Naxos, c’est bien peu.

Il faut aussi avouer que l’île ne nous a pas facilité la tâche ; elle s’est perfidement amusée à nous semer le séjour d’embûches, au point que je pourrais faire un Routard des pharmacies de l’île (chopper entre autre une bronchite par 30°, il faut tout de même le vouloir...). Nous n’avons retrouvé un peu de sérénité et d’enthousiasme que pour la côte Est, encore à l’abri du déferlement estival, calme et préservé.

C’est en découvrant nos photos au retour que je me suis rendu compte à quel point Naxos est une île aux couleurs ternes. Á l’opposé de sa voisine toute proche, Paros, qui claque de blanc, de bleu et de rose, Naxos est grise, grise comme son Castro, ses Kouroi couchés, ses églises byzantines aux portes closes, son béton déjà défraîchi. C’est certainement aussi pour cette raison qu’à aucun moment nous ne nous sommes imaginés sur une Cyclades, dont l’architecture est si caractéristique et enjôleuse. Sommes-nous seulement sentis sur une île, telles que nous les recherchons, telles que nous les aimons* ? Sans conteste, non et c’est bien regrettable.

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* Voir post précédent sur Kato Koufonissi

23 octobre 2015

Ode à Kato Koufo'

 

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La certitude que je tomberai en amour devant Kato Koufonissi allait de soi. Si d’aucuns se sentent à l’étroit sur une île, prisonniers d’une immensité d’eau, obligés de tourner en rond sur un territoire délimité, j’y ressens, moi, le bonheur considérable d’être isolée. Que les deux mots aient la même racine latine fait sens ; se retirer sur une île, c’est d’abord vouloir s’extraire du monde, se bercer de solitude désirée, se saouler de silence, et cultiver également, un peu, une certaine misanthropie. Il faut dire aussi que ma région d’origine est constellée de ces "cailloux" posés sur l’océan, certains toujours bien sauvages, dès la transhumance estivale achevée. J’ai voué durant toute mon adolescence un quasi-culte à Chateaubriand, l’écrivain-voyageur par excellence, qui choisit un « sépulcre bâti sur un écueil »*, comme dernière demeure. Impossible, durant les étés bretons, de faire l’impasse sur ce pèlerinage malouin, de délaisser celui qui a choisi d’être un îlien pour l’éternité, au gré des marées qui entourent le Grand Bé.

J’ai gardé ce goût des îles sauvages, pierreuses, minérales, même baignées par le bleu azur de la mer Égée. C’est pourquoi Folégandros, Amorgos, Ithaque, Chios savent répondre à mon imaginaire quand d’autres s’en éloignent irrémédiablement. Je garde de même une pensée tout émue pour Sercq (Sark), îlot anglo-normand fabuleux dans le genre "gros roché primitif sculpté par les vents et les tempêtes", visité en automne il y a quinze ans (et qui servit accessoirement de cadre à Maurice Leblanc pour son Île aux trente cercueils).

Kato Koufonissi est de ces îles qui vous attrapent le corps et l’esprit, qui réveillent des songes et des rêveries, et sur laquelle on revient sans cesse parce que l’on s’y sent évidemment chez soi. Toute en longueur, pelée, rasée, tondue par les vents et le ruissellement des pluies d’hiver, elle est un territoire revenu à l’état de nature depuis le départ des derniers habitants à la fin des années 60. L’île accepte l’été la présence humaine d’une famille d’agriculteurs, de quelques bergers et des visiteurs venus par caïque pour la journée, mais redevient silencieuse et sauvage dès le mois d’octobre. Pas d’eau, pas d’électricité, juste des chèvres et des moutons, deux sentiers qui longent chacun une côte, des criques et une grande anse de sable, les vestiges d’une ferme oubliée ; voilà pour le décor.

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L’ancien hameau par lequel on accoste est le seul témoin d’une activité aujourd’hui révolue, même si les basses maisons usées ne servent plus qu’à abriter les bêtes. Une taverne d’un autre temps sert de repère et de sas de transition, entre la civilisation et les espaces préservés de la main de l’homme. Ensuite... on arpente les quatre kilomètres carrés à son rythme, on suit le tracé des sentes étroites, on coupe au travers des douces collines pour suivre les chèvres aux poils longs, on grimpe sur le plus haut rocher pour avaler de longues gorgées d’un air salé d’embruns, ou l’on se pose près d’une bergerie en ruines, pour rêvasser à ce qui n’est plus ; les heures glissent lentement, on s’imprègne de cette terre indomptée et tranquille, de cette quiétude qui baigne tout le paysage, comblé par ce retour à quelque chose d’inaltéré.

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* Gustave Flaubert, Par les champs et par les grèves (1881)

 

13 octobre 2015

Pano Koufonissi - mode d'emploi

Lorsque j’ai annoncé à Poulaki mou que nous partions une pleine semaine à Koufonissia, elle a manqué s’étrangler : « mais vous allez y faire quoi ? ». Alors, il est vrai que le minuscule caillou tout rond peut sembler insignifiant au premier coup d’œil : pas de kastro, de chapelle byzantine, de site archéologique, de beaux villages intérieurs. Pano Koufonissi est une pierre plate, discrète, aux côtes crénelées, élimée par le vent, dotée d’un Chora, de deux petits ports, d’un débarcadère de poche, de criques, de quelques plages et … de rien d’autre en fait. Paisible, calme, tranquille, oui, mais pour autant pas endormie. Les habitants vivent de la pêche et d’un tourisme de bon aloi, sobre, discret, respectueux de l’environnement ; pas de fêtards, de braillards, de malotrus ou de râleurs compulsifs. Si les visiteurs de septembre ont quelques décennies au compteur, rien à voir avec les plantureux groupes de retraités mufles et butors, que nous avons croisés à Naxos. On va à Koufonissi pour marcher, se ressourcer, bronzer sans marque de maillot, dans un certain « savoir-vivre ». Cette quiétude de fin de saison ne serait pas tout à fait de mise en juillet et août, quand des bateaux venus de Paros, de Naxos et d’Amorgos déversent sur les plages leur flot de touristes. Mais passé le 15 septembre, l’île est rendue à la sérénité. 

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Dans le Chora de poche, une seule ruelle « commerçante » bruisse vers 19h, quand s’ouvrent les trois ou quatre bars où se retrouvent les locaux. On trouve aussi une sorte d’écomusée minuscule, creusé dans le sol, où le village a déposé des objets du quotidien, des outils, des instruments de marine, d’un autre temps. C’est inattendu, touchant, mais révélateur de l’état d’esprit des îliens qui aiment échanger avec leurs hôtes.

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L’unique magasin de cartes postales et de babioles fait aussi office de Poste et abrite le seul distributeur de billets de l’île, dans la ruelle d’en-dessous. Les habitants fignolent leurs enseignes, la déco et soignent leur charmant village fleuri qui monte tout en douceur derrière la plage.

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Les deux coquettes baies, à gauche du débarcadère (Loutro et Parianos), abritent deux petits ports de pêche et un chantier naval en modèle réduit, qui entretient les caïques de retour vers 10h.

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On y vient chaque matin, d’abord un peu de côté, puis plus près et on finit par engager la conversation avec la femme du marin qui cogne ses poulpes sur les rochers. Nulle rebuffade, les pêcheurs sont fiers de nous montrer leurs prises et de nous faire réviser les noms de poissons en grec (y’a du boulot…).

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De la baie de Parianos, vous pouvez partir à l’assaut du point culminant de l’île, 113 mètres, - ça reste très raisonnable-, en montant au Prophète Ilias, sobre sanctuaire qui tache de bleu le vert des buissons de la colline. On pousse ensuite jusqu’à l’ancienne bergerie qui offre un beau point de vue sur le rivage de l’île, rudoyé par la mer.

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Si l’on part à droite du Chora, on peut utiliser le vélo jusqu’à la plage de Fanos. Ensuite, il faut continuer à pied le chemin qui longe la côte, creusée d’anses tapissées de sable. Pas d’ombre par contre, puisque les arbres sont aux abonnés absents. Les eaux sont vraiment magnifiques, surtout lorsque l’on remonte vers les « piscines », ces grottes sous-marines qui colorent la mer de nuances émeraudes. Plus loin, toujours plus loin, on arrive à la grande vraie plage de sable blond de l’île dans la baie de Pori. Ici, un peu plus de monde, des familles grecques sur les premiers mètres, les naturistes ensuite. La mer n’est pas toujours calme sur cette côte Nord Est et les courants sont traîtres - la toute petite plage du Chora me semble bien préférable si vous venez avec de jeunes enfants. Au bout de la baie de Pori, les flots ont fini par sculpter la falaise, la rabotant, l’excavant, jusqu’à former une « mer intérieure » qui se vide et se remplit selon la forces des vagues. 

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Avec ces presque riens, on passe de jolies journées qui s’écoulent lentement, on se crée des habitudes, et comme îliens et touristes fréquentent les même lieux de vie, ensemble, on se sent partie prenante de la vie de Pano Koufonissi, intégré, accepté et pas uniquement pour que les tiroirs caisse se remplissent. 

 

7 octobre 2015

Pano Koufonissi, gîtes et couverts

Pano Koufonissi ressemblant à un mouchoir de poche avec ses 3,5 km², pas d’usines à touristes, de grands bazars bétonnés, d’hôtels-clubs champignons. Les chambres à louer, les studios s’étalent à gauche et à droite de la plage, près du port, dans de petites maisons cubiques fleuries. L’offre étant de fait réduite, ne tentez pas le diable en débarquant sans réservation, même en septembre. Les visiteurs sont clairement des habitués qui reviennent chaque année.

Nous avons posé nos sacs chez Sophia (Glaros rooms), qui a transformé l’étage de sa maison en cinq chambres, dont trois regardent la mer. Entre la porte du jardin et la grande bleue, moins de 5 mètres. On dort fenêtre ouverte en écoutant le bruit des vagues, le ricanement des mouettes, et le vent aussi, car sur cette terre plate et pelée, ça souffle volontiers. Les chambres, à la déco légèrement désuète, sont simples mais impeccables, même si les dimensions de la salle de bain sont passablement étriquées. Mais on vient ici surtout pour Sophia, son hospitalité, sa générosité débordante. Cette mamie aux yeux bleus gris prend soin de ses locataires comme une mère poule, leur apporte le petit déjeuner maison tous les matins (gâteaux, toasts…), veille à leur bien-être, leur rend service. S’étant aperçue que nous sautions le déjeuner et que nous étions adeptes des yaourts au miel au retour du bain et des balades vers 17h - donc que nous avions un peu faim -, elle s’est empressée de garnir notre frigo de fruits, de chocolats, de riz au lait maison pour combler nos estomacs, et tout cela gracieusement. Ceci explique sans doute la sale tête de ma balance au retour… On se sent à la maison, faisant partie de la famille et non dans une relation pécuniaire. Délectable.

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Côté fourchette, on mange sacrément bien à Pano Koufonissi… Île de pêcheurs, le poisson arrive tout frétillant dans votre assiette, attrapé le matin même. On le sent tout de suite au goût prononcé de sa chair, très très loin des dorades d’élevage...

 -To Steki tis Marias (propose aussi des chambres à l’étage)

À gauche du débarcadère, en suivant la mer, premier petit port

C’est en suivant un matin la femme d’un marin venue apporter le contenu des filets que nous avons dîné là. Il ne s’agit pas d’une taverne, plutôt d’une ouzerie qui propose du calmar, des poulpes, des crevettes grillées minute et un choix de mezzés du jour. On dîne dans le jardin, entourés de toute la famille, des gamins qui cavalent, sous l’œil averti de Maria, encore une mamie prévenante mais qui dirige son petit monde d’une main ferme. C’est simple, très goûteux, même si l’accueil varie selon votre bouille, votre niveau de grec et votre patience devant le service un peu désordonné. On a adoré !

- Capetan Nicolas

Un peu plus loin, après To Steki tis Marias

Très fréquenté car le patron possède son caïque. On choisit son poisson en cuisine, le mode de cuisson, on le pèse et on attend son assiette. Très frais mais sous-cuisson chronique due au monde qui se presse en salle. Service speed et peu souriant. À tenter en tout début et fin de saison, lorsqu’il y a moins de monde.

- Neo Remetzo

Sous le moulin où on prend l’apéro.

Excellente table qui ne désemplit pas (là aussi, le patron va chercher poissons et fruits de mer à bord de sa barcasse), mais plats plus variés, plus élaborés, carte plus fournie. Jolie déco, personnel débordé mais adorable. J’ai élu leurs pâtes aux langoustines, meilleur festin du séjour. Aussi bon qu’à Penmarch, c’est peu dire.

- Fos Fanari

Dans la rue qui remonte de la plage, après le supermarché.

Il ne paie pas de mine ce grand machin un peu moche qui propose aussi souvlaki, pizzas, et dépôt de clopes. Mais pourtant, très bonne table, portions copieuses, le tout ultra-frais (vu le débit, ce n’est pas étonnant). Table préférée de ma moitié pour sa viande de chèvre kleftiko.

- Gastronautis

Dans la rue « commerçante », à côté de la pharmacie

Un brin de modernité dans la déco et les assiettes. Tout est préparé à la commande, donc service un peu alangui, mais l’attente est largement compensée par la qualité des plats. C’est léger, fin, travaillé, cuisiné, parfaitement assaisonné (légumes grillés, carpaccio de poissons, agneaux fondants, pâtes aux fruits de mer, risotto… ), excellents desserts et bonne carte des vins. Un peu plus cher qu’une taverne classique mais ça le vaut largement.

- Capetan Dimitri

Après Glaros rooms, donc à droite de la plage

De nouveau un pêcheur qui propose en direct les produits de son bateau. Ambiance moins agitée que chez le Capetan Nicolas, plus simple, plus conviviale. Votre dîner dépendra des prises du jour mais fraîcheur garantie.

- Ouzeri Aneplora

Deuxième petit port après la plage, sur la gauche - dix bonnes minutes de marche depuis le débarcadère, restez sur le chemin qui monte, ne pas bifurquer vers le moulin de gauche.

Mon coup de cœur pour la situation au bord de l’eau, la déco marine, la gentillesse des propriétaires… et la feta au miel. On y est venu prendre un verre au calme, on a papoté, écouté de la bonne musique, on y est resté pour le dîner. Pour un peu j’y serais encore.

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Pour siroter un verre avant le dîner ;

- Sokoros

Mon spot préféré, pas celui de ma moitié, hélas ! Après notre piaule, donc au bord de l'eau, sur des planches de bois flotté et de vieux gouvernails garnis de tapis, on s'assoie les pieds au dessus de  l’eau ; bonne musique, bougie, lampes tempêtes, ambiance cool, et très bon mojito.

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- Bar Kalamia

Avant Fos Fanari, dans la même rue

Indiqué pour l'apéro dans le Routard, plutôt un bon endroit pour le deuxième ou le troisième café du matin. Chouette atmosphère, très fréquentée à la fois par les jeunes qui y jouent au tavli que par les vieux marins. Très bon accueil et délicieux rakomelo (je n'aime ni l'ouzo, ni le raki, ni le machin au mastic, encore moins le Kitron mais le rakomelo chaud, c'est un peu ma faiblesse.)

- Nikita’s café bar

Bien placé, à côté de la plage, bon ouzo mais accueil un peu froid en fin de saison. Gin tonic passable, sans plus.

- Le moulin

Pas celui du bas, au bord de l'eau, mais celui en hauteur, transformé en bar branchouille, genre lounge - musique choisie - lumières tamisées pour les trentenaires. L'endroit est très beau, la vue sur le port, superbe, le coucher de soleil délicieux. Mais si vous demandez un ouzo, on vous rétorquera qu'il n'y en a plus... car de toute façon, l'ouzo, ce ne serait pas assez  "tendance"... Bon, d'accord, si vous le dites... leurs cocktails sont par contre très bons.

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- Chez Sophia

Dans la rue "commerçante", à l'opposé de Gastraunotis. Grande terrasse dont la vue est un peu rétrécie par de nouvelles constructions. Ici, c'est le temple de l'ouzo de Plomari, du Barbayanni, donc lieu de prédilection de J-P. Ambiance familiale, télé en fond sonore.

Nous y étions le dimanche 20, au soir des élections. Bide total auprès des habitants à qui nous avons demandé les résultats. Tous suivaient un match de basket, et les sujets de discussion étaient à mille lieux des problématiques politiques.

 

4 octobre 2015

Coup de foudre pour les deux Koufo(s)

Je mets en route les récits des deux îles visitées en septembre à l’envers, délaissant la première, Naxos et sa cohorte de désillusions, pour les toutes modestes Epano (ou Pano) et Kato Koufonissi (on emploie le pluriel Koufonissia lorsque l’on parle des deux îlots). Elles font partie des petites Cyclades, comme Iraklia, Schinoussa et Donoussa, situées entre Naxos et Amorgos. Là où Naxos affiche 430 km² pour 21 150 habitants, Pano Koufonissi atteint humblement 3.5 km² et 300 habitants… on change radicalement d’espace-temps, d’époque, de mentalité, de pays en fait. Le Routard souligne que les petites Cyclades s’ouvrent peu à peu au tourisme mais cela reste encore très raisonnable. Toutefois, en haute saison, les capacités de logement saturent vite, vu la petite superficie des îles. Ici, pas de tourisme de masse, de tours-operators qui expédient du grand blond à la tonne pour griller sur les plages. Pano Koufonissi est un bastion italien (aucune idée du pourquoi du comment ?), même si l’on croise aussi des Allemands, des Anglais, des Suédois, mais peu de Français. La taille réduite de l’île fait du vélo le meilleur moyen de locomotion sur les deux uniques routes, même si de traîtres faux-plats nous ont souvent fait cracher nos poumons. On parcourt à pied le chemin côtier, qui dévoile au gré des lacets une dentelure bordée de petites criques*, pour aboutir à la seule vraie plage de sable de l’île, tout au Nord.

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Pas de location de scooters et encore moins de voitures, la bicyclette et de bons mollets sont suffisants. En septembre, le visiteur est souvent retraité, paisible… et peu vêtu. Si à Folégandros, on oublie souvent son maillot de bain, à Koufonissia, on l’a carrément laissé à la maison... Le Chora concentre la poignée d’hôtels, les chambres à louer, les tavernes et c’est tout. Deux moulins, des petits ports bien protégés, un prophète Ilias sur les hauteurs, des chèvres et des moutons et on a fait le tour. C’est encore trop pour vous ? Alors, direction Kato Koufonissi, l’île grecque la plus sauvage sur laquelle j’aie jamais posé le pied. Seulement habitée en été par une famille d’agriculteurs - qui tient aussi l’unique taverne ouverte en saison -, et une dizaine d’habitants, elle est rendue aux chèvres sauvages dès le mois d’octobre. Et il n’y a rien, mais rien de rien. On y vient en caïque de Pano Koufonissi pour s’oxygéner, respirer, marcher, pour le silence, le vent, les paysages vierges de constructions et se baigner dans l’eau la plus limpide de toute la mer Égée. Alors, certes, je me doute que l’endroit doit être un brin moins idyllique en juillet et août, mais passé le 15 septembre, c’est l’extase.

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Totalement inhabitée et inaccessible, l’île de Kéros, voisine de Koufonissia, complète le tableau. Si vous êtes passés par le Musée national d’Athènes et/ou le musée de Naxos, le nom de Kéros, comme de Koufonissi d’ailleurs, doit éveiller des souvenirs de statuettes de marbre blanc aux bras croisés. Car ces trois cailloux arides furent un centre majeur de la civilisation cycladique. Les nécropoles renfermaient des objets, des bijoux, des armes, des poteries et ces figurines étonnantes, ces idoles épurées aux pieds pointés qui ne tiennent pas debout. Plus d’une centaine furent trouvées sur Kéros, dont le joueur de flûte et le joueur de harpe (les deux exceptions à cette posture insolite) que l’on peut voir à Athènes (2 800-2 300 av J.-C.).

* Koufonissi  = κουφιο (creux) + νησι (île) 

 

30 septembre 2015

Entrée et dessert à Athènes 2015

Impossible de partir à la découverte de nouvelles îles sans un petit séjour athénien, préambule pour se replonger dans l’ambiance et postface consolante avant le vol du retour. Nous y reprenons nos marques, évaluons l’avancée des travaux du quartier (je désespère de voir un jour la cathédrale déshabillée de ses échafaudages), arpentons nos rues de prédilection, allons saluer le barbier, l’antiquaire et le glacier. Ensuite, visite de courtoisie pour Psiri, Exarchia, les librairies de l’université, le marché d’Omonia… le temps file sans s’en apercevoir. La liste des restos d’Athènes - post de janvier 2014 - a été remise à jour (ici), puisque nous avons ajouté un Gazi nocturne à nos mises en jambe athéniennes.

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Ce quartier est construit autour de l’ancienne usine à gaz réhabilitée : elle abrite désormais un musée, pour raconter ce patrimoine industriel qui a fourni énergie et éclairage dans Athènes au sens large, pendant 130 ans. Si les bâtiments se visitent de jour, le site reste accessible et illuminé la nuit. Tout Gazi en fait s’allume au crépuscule (alors qu’en journée, c’est morne plaine… ) pour accueillir la jeunesse dorée d’Athènes.

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Á partir de 22h00, la station Keramikos déverse des wagons de jeunes vêtus à la dernière mode (et quelques excentriques), qui exhibent les signes d’une richesse en rien entamée par la crise économique ;  on y vient, on  s’y fait voir, c’est branché, tendance, bruyant et ultra cher - mais l’ambiance vaut le coup d’œil. Fuyez un lieu recommandé par le Routard, le Gazarte, librairie au rez-de-chaussée, salle de concert et bar à cocktails / resto sur le toit. Alors certes, la vue sur l’Acropole, au travers des bâtiments de l’usine flamboyant de jaune et de rouge, est fort jolie mais ce qu’il y a dans les verres est en qualité inversement proportionnel au montant de l’addition : deux doigts d’ouzo et un mojito où j’ai cherché le rhum, 17 euros… le prix et la crapulerie de Santorin, en fait.

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Le lundi 21, le ciel a copieusement arrosé toute la Grèce, Crète comprise. Nous étions sur le ferry du retour, partis aux aurores de Koufonissia pour le Pirée. Le Blue Star Ferry égrène les petites Cyclades avant de rejoindre Naxos, puis Paros jusqu'au port d'arrivée. Á l'escale d'Iraklia, de bien vilains nuages sombres s'accrochaient aux collines de l'île, ne présageant rien de bon.

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Calme plat jusqu'à Paros, mais ensuite... un orage aussi soudain que violent a chambardé le bateau tout entier. Le pont supérieur où nous nous trouvions était alternativement douché de côté par les trombes d'eau de pluie, les embruns des déferlantes et les fuites du toit de fortune du pont, juste pensé pour atténuer le soleil. Le mot "trempé" me semble bien léger pour décrire notre état, nous donnions l'impression de sortir d'une machine à laver qui aurait omis le programme essorage. Á notre condition de dégoulinants grelottants de froid, il faut ajouter le boucan des crises de panique des jeunes Anglaises, l'hystérie des Allemandes et les capacités vomitives sans limites des Asiatiques. Et les Grecs, comment ont-ils géré le déchaînement des cieux ? En bons fils de Poséidon, ils ont donné à tous les touristes une leçon d'indifférence totale au tumulte des flots. Une famille au sens large, montée à Naxos, de retour apparemment d'un mariage - les dragées passaient de main en main -, s'est très vite réfugiée près du bar, à l'abri des plus gros baquets d'eau. L'ouzo, le vin blanc, des vivres, ont surgi des paniers des mamans, toute la tablée a opposé au chaos sa bonne humeur, ses blagues... et la musique. Car dans ses bagages, la noce ramenait un joueur de bouzouki, qui sût apaiser la colère olympienne. Il faut dire que le Κανείς εδώ δεν τραγουδά* repris à plein poumon, avait de quoi calmer à la fois les cieux et les passagers paniqués. Une heure de concert improvisé, de belle énergie, de chaleur, d'enthousiasme communicatif nous remit d'aplomb et transforma une situation "inconfortable" en très beau souvenir.

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  Photo prise avant l'orage, of course !

* première piste de l'album Chansons Nomades - Angélique Ionatos

 

27 septembre 2015

Septembre 2015 en Grèce

Tout guillerets encore des onze jours passés à Lesbos en mai dernier, nous avons de nouveau sauté dans l'avion début septembre pour le programme suivant :

- 3 jours à Athènes

- 7 jours à Naxos

- 7 jours à Koufonissia (πανω et κατω koufonissi)

- 3 jours à Athènes.

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Ciel chargé d'Athènes après les gros orages de lundi 21/09

Sur le papier, ça tenait debout, les ferrys bien huilés, l'humeur au beau fixe, des images plein la tête, des rêves de bleu et d'ailleurs... Ah bah oui, mais non, pas tout à fait, car nous étions partis un peu en décalage avec la réalité, en mode illusion, voire un peu chimérique. Je noircis sans doute légèrement le tableau mais je m'accommode mal d'une île qui me déçoit, surtout lorsqu'elle pèche, d'abord par manque d'attraits, mais aussi par un certain asservissement au tourisme de masse, jusqu'à devenir un Land germanique. Je parle évidemment de Naxos, les deux Koufonissi m'ayant bien heureusement rappelé ensuite pourquoi j'aime tant ce pays et ses habitants.

Je reviendrais longuement sur le cas Naxos, île sur laquelle nous ne nous sommes jamais sentis bien. J'ai avec la Grèce un rapport presque physique ; j'en aime la lumière, les parfums, la musique, la chaleur des rapports humains, mais aussi sa nature âpre, sa dureté, et ses contrastes marqués. Et je sais lorsque je m'y trouve à ma place, mais aussi lorsque je suis en décalage avec elle. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'une île vous accepte ou vous est hostile, cependant, il faut bien avouer que l'on ressent immédiatement sur certaines, "l'impossibilité d'une île". C'est sans doute la première fois que nous avons enchaîné autant de pépins, de contrariétés, de déplaisirs, de contretemps. Je n'ai en fait pas grand' chose à vraiment reprocher à Naxos (sauf une certaine propension à bétonner sa côte Ouest),  si ce n'est que nous avons, à chaque fois, vu ailleurs en mieux, ce qu'elle propose. Pas de coups de cœur, de belles rencontres, de souvenirs mémorables, marquants, indélébiles, pas d'émotions (mais des visites régulières à la pharmacie, une voiture abimée, des randos qui partent en vrille et un stress constant qui ne nous lâchera que sur le ferry Skopélitis, en partance pour les petites Cyclades).

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Heureusement, les deux îles qui forment Koufonissia offriront un sacré contraste avec Naxos : des habitants adorables, de qui on se sent tout de suite proches, des espaces inviolés, le sentiment d'être enfin en Grèce, sur deux cailloux battus par les vents et la mer, d'être des insulaires, coupés du monde.  Ces deux petites Cyclades resteront le moment fort de ce voyage, encadré par des jours heureux à Athènes, que nous quittons avec davantage de peine à chacune de nos visites.

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Il me semble aussi que ce voyage clos une sorte de cycle consacré aux îles et qu'excepté les Sporades que nous n'avons pas encore rencontrées, c'est la Grèce continentale qui va nous occuper désormais.

Si je devais établir une sorte de hiérarchie des îles visitées, je crois qu'elle s'établirait ainsi :

            1 Santorin  - 2 fois (la plus belle, si on ne prend en compte que l'île)

            2 Folégandros

            3 Amorgos

            4 Koufonissia

            5 Paros - 4 fois

            6 Lesbos

            7 Ithaque

            8 Chios

            9 Céphalonie - 2 fois

            10 Sifnos - 2 fois

            11 Tinos

            12 Serifos

            13 Milos

            14 Naxos

            15 Leucade

            16 La Crête

            17 Corfou

            18 Santorin - 2 fois (la pire, si on prend en compte ce qu'on a fait de cette île)

Nous avons pour 2016 des projets pour le Magne et le Pélion, Thessalonique et la Chalcidique, même si un saut à Patmos devrait tout de même voir le jour. 

 

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Le Présent Défini
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