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3 septembre 2016

Cythère, the last - une côte presque parfaite

Un temps trop venté nous a un peu éloignés des plages et totalement de la baignade. Pourtant, nous avons bien des fois louché sur des criques magnifiques et de grandes plages de sable blond, qui doivent être bien délicieuses dès que Éole s’en va souffler ailleurs. Pour ceux qui résideraient à Avlémonas, une très longue plage se déroule avant d’arriver au village. Nous la trouvons un peu tristounette lorsqu’elle est déserte mais elle est facile d’accès. En amont encore, on croise l’image de carte postale des "bains d’Aphrodite", grotte creusée dans le rocher où la déesse aurait eu ses habitudes. Aphrodite, Saint Jean (qui aurait armorcé son Apocalypse dans une grotte au-dessus de Kapsali), Hélène, Pâris... du bien beau monde s’est embarqué pour Cythère...

 

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Sur la côte Est, la montagne plonge doucement vers le village de Diakofti, sa longue plage blanche et ses eaux turquoises paradisiaques. On découvre le panorama en descendant, incrédules devant des tonalités de bleus dignes d’un atoll. La mer est ici peu profonde, translucide, toute calme, parfaite donc pour des vacances avec de jeunes enfants. Toutefois, les tempêtes d’hiver ne doivent pas être inoffensives, comme l’atteste cette carcasse imposante, accrochée à un tout petit caillou, témoin d’un naufrage spectaculaire à moins d’un miles du bord. Si vous effectuez la traversée de Neapoli, de Gythion ou de Monemvassia, votre ferry accostera sur l’îlot de Makrykythira, relié à Diakofti par une route étroite, qui enjambe un quasi lagon azuré. Le petit village de pêcheurs qui borde la plage nous a semblé bien accueillant, certes un peu endormi en cette fin de printemps, mais pas trop avarié par le tourisme et une surexploitation débridée.

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Je n’en dirais pas autant de la seule plaie de Cythère, un furoncle vraiment pas reluisant, Agia Pelagia, station balnéaire cheap et ratée. Sorti de terre pour l’exploitation de la plage déjà pas terrible de Firi Ammos (ne pas confondre avec l’autre Firi Ammos, beaucoup plus joli, au Sud, pas loin de Kalamos), et certainement pour dynamiser le Nord de l’île, le village factice est une succession d’hôtels, de tavernes, de bars sans âme et sans histoire, déjà défraîchis, sur laquelle flotte une vague odeur d’égout. Á fuir !

Si pour moi Limionas est l’endroit le plus agréable pour se baigner/rêvasser/lire/se couper du monde…, il faut bien avouer cependant que la plage emblématique de l’île, Kaladi, n’est en rien surcotée ; le site se situe un peu avant Avlémonas, en à-pic d’une falaise, où trois petites criques successives se sont lovées dans la pierre creusée. Se baigner ici se mérite, puisqu’il vous faudra descendre et surtout remonter une bonne centaine de marches pour y accéder ; avantage certain pour éviter une surpopulation en été, et obstacle majeur à l’envahissement de transats et de décibels incongrues.

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Tout au Sud, gros coup de cœur pour Kapsali, village en deux temps, qui s’étale le long de deux baies. La première est un peu pressurisée pour les visiteurs de l’été, mais un réel effort a été fait pour garder le front de mer ravissant et aéré. La seconde anse, où sont amarrés les bateaux de pêche, est restée dans son jus, plus brute, moins léchée. C’est un bon plan de loger ici, surtout lorsque la nuit tombe et que s’allume au-dessus de Kapsali le village de Chora.

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Pour nous, mise à part la situation géographique et l’évidente beauté du lieu en entier (un dédale de maisons blanches, une forteresse italienne en surplomb au-dessus de Kapsali), nul enchantement pour ce Chora trop lisse, devenu capitale après la destruction de Paliochora. Nous avons tant adoré l’authenticité, l’isolement, la déréliction, la brutalité même de la décrépitude de Katochora et de Paliochora, que nous baillons d’ennui à arpenter un village à l’esthétique si travaillée. Sans doute, Chora ressemble trop pour nous à un village cycladique qui n’a rien à faire à deux heures de bateau du Magne. Alors oui, c’est joli, c’est fleuri, tout mignonnet, mais déjà vu et revu. Au bout de Chora, la "Fortezza" italienne mérite qu’on s’y arrête ; construite par les Vénitiens en raison de sa position stratégique, elle forme avec ses bâtiments (prison, poudrière, églises) un bel ensemble cohérent.

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30 octobre 2015

Naxos ou les illusions perdues

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Pour faire simple, entre Naxos et nous, nulle divine idylle mais une rencontre désenchantée, une suite de tracasseries, de déconvenues et de déboires. Nous étions furtivement passés à Naxos pour un changement de ferry et je n’avais pour cliché de l’île que de belles images sur papier glacé de villages lovés au creux des collines, de plages de sable désertes, de chapelles byzantines aux fresques remarquables. Mais il arrive que la réalité soit toute autre.

Mon propos n’est en aucune façon de dénigrer à la hussarde une île qui possède malgré tout quelques atouts (et surtout celui d’être proche de Délos), mais ceux-ci ne seront perceptibles que pour les primo-visiteurs des Cyclades. Naxos me semble une bonne porte d’entrée, qui sait mettre sous les yeux du novice une synthèse de tout ce que les Cyclades peuvent offrir, mais rien de vraiment sidérant. En revanche, lorsque l’on a une bonne quinzaine d’îles au compteur, on devient très exigeant, sourcilleux, sans doute un peu sévère. Car à chaque curiosité, particularité, que l’île proposait, nous opposions une comparaison peu flatteuse pour Naxos :

            - Le port d’arrivée, le centre névralgique de l’île ?  Préférer Paros

            - Le castro médiéval ?                                                    Préférer Sifnos

            - Les chapelles byzantines ?                                          Préférer la Crête

            - Les villages intérieurs ?                                               Préférer Tinos

            - Les plages de sable ?                                                    Préférer Sérifos

            - Pour les balades ?                                                         Préférer Amorgos

            - Pour le calme ?                                                              Préférer Folégandros

            - Pour les espaces préservés ?                                       Préférer Koufonissia

            - Pour la "véracité" ?                                                       Préférer toutes les autres !!!

Île imposante par sa taille, sa population, le trafic de ferry, Naxos a surtout, vu de ma fenêtre, oublié de rester grecque. Certes, cet été, un nombre impressionnant de touristes a posé le pied en mer Égée. S’il faut s’en réjouir pour tous les Îliens qui vivent du tourisme, je crains que certaines Cyclades n’y laissent en route une bonne partie de leur séduction (comme la Crête, Corfou, Rhodes, devenus des hauts-lieux du tourisme de masse). Le développement effréné de Naxos sur sa côte Ouest, le bétonnage de 10 km de plages où les dunes sont liquidées au profit d’une urbanisation non maîtrisée et vilaine (hôtels, restos, bars, sans âme ni histoire) n’augurent rien de bon. Conséquence immédiate, un net changement de mentalité chez les habitants : business et rendement à tout crin, à l’opposé de l’hospitalité et de la chaleur des échanges que nous aimons tant. Même en septembre, l’usine tourne à plein régime et crache ses euros. Ainsi, une seule belle rencontre avec une "yiayia" hors d’âge sur les marches d’une église, durant les sept jours passés à Naxos, c’est bien peu.

Il faut aussi avouer que l’île ne nous a pas facilité la tâche ; elle s’est perfidement amusée à nous semer le séjour d’embûches, au point que je pourrais faire un Routard des pharmacies de l’île (chopper entre autre une bronchite par 30°, il faut tout de même le vouloir...). Nous n’avons retrouvé un peu de sérénité et d’enthousiasme que pour la côte Est, encore à l’abri du déferlement estival, calme et préservé.

C’est en découvrant nos photos au retour que je me suis rendu compte à quel point Naxos est une île aux couleurs ternes. Á l’opposé de sa voisine toute proche, Paros, qui claque de blanc, de bleu et de rose, Naxos est grise, grise comme son Castro, ses Kouroi couchés, ses églises byzantines aux portes closes, son béton déjà défraîchi. C’est certainement aussi pour cette raison qu’à aucun moment nous ne nous sommes imaginés sur une Cyclades, dont l’architecture est si caractéristique et enjôleuse. Sommes-nous seulement sentis sur une île, telles que nous les recherchons, telles que nous les aimons* ? Sans conteste, non et c’est bien regrettable.

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* Voir post précédent sur Kato Koufonissi

23 octobre 2015

Ode à Kato Koufo'

 

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La certitude que je tomberai en amour devant Kato Koufonissi allait de soi. Si d’aucuns se sentent à l’étroit sur une île, prisonniers d’une immensité d’eau, obligés de tourner en rond sur un territoire délimité, j’y ressens, moi, le bonheur considérable d’être isolée. Que les deux mots aient la même racine latine fait sens ; se retirer sur une île, c’est d’abord vouloir s’extraire du monde, se bercer de solitude désirée, se saouler de silence, et cultiver également, un peu, une certaine misanthropie. Il faut dire aussi que ma région d’origine est constellée de ces "cailloux" posés sur l’océan, certains toujours bien sauvages, dès la transhumance estivale achevée. J’ai voué durant toute mon adolescence un quasi-culte à Chateaubriand, l’écrivain-voyageur par excellence, qui choisit un « sépulcre bâti sur un écueil »*, comme dernière demeure. Impossible, durant les étés bretons, de faire l’impasse sur ce pèlerinage malouin, de délaisser celui qui a choisi d’être un îlien pour l’éternité, au gré des marées qui entourent le Grand Bé.

J’ai gardé ce goût des îles sauvages, pierreuses, minérales, même baignées par le bleu azur de la mer Égée. C’est pourquoi Folégandros, Amorgos, Ithaque, Chios savent répondre à mon imaginaire quand d’autres s’en éloignent irrémédiablement. Je garde de même une pensée tout émue pour Sercq (Sark), îlot anglo-normand fabuleux dans le genre "gros roché primitif sculpté par les vents et les tempêtes", visité en automne il y a quinze ans (et qui servit accessoirement de cadre à Maurice Leblanc pour son Île aux trente cercueils).

Kato Koufonissi est de ces îles qui vous attrapent le corps et l’esprit, qui réveillent des songes et des rêveries, et sur laquelle on revient sans cesse parce que l’on s’y sent évidemment chez soi. Toute en longueur, pelée, rasée, tondue par les vents et le ruissellement des pluies d’hiver, elle est un territoire revenu à l’état de nature depuis le départ des derniers habitants à la fin des années 60. L’île accepte l’été la présence humaine d’une famille d’agriculteurs, de quelques bergers et des visiteurs venus par caïque pour la journée, mais redevient silencieuse et sauvage dès le mois d’octobre. Pas d’eau, pas d’électricité, juste des chèvres et des moutons, deux sentiers qui longent chacun une côte, des criques et une grande anse de sable, les vestiges d’une ferme oubliée ; voilà pour le décor.

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L’ancien hameau par lequel on accoste est le seul témoin d’une activité aujourd’hui révolue, même si les basses maisons usées ne servent plus qu’à abriter les bêtes. Une taverne d’un autre temps sert de repère et de sas de transition, entre la civilisation et les espaces préservés de la main de l’homme. Ensuite... on arpente les quatre kilomètres carrés à son rythme, on suit le tracé des sentes étroites, on coupe au travers des douces collines pour suivre les chèvres aux poils longs, on grimpe sur le plus haut rocher pour avaler de longues gorgées d’un air salé d’embruns, ou l’on se pose près d’une bergerie en ruines, pour rêvasser à ce qui n’est plus ; les heures glissent lentement, on s’imprègne de cette terre indomptée et tranquille, de cette quiétude qui baigne tout le paysage, comblé par ce retour à quelque chose d’inaltéré.

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* Gustave Flaubert, Par les champs et par les grèves (1881)

 

27 septembre 2015

Septembre 2015 en Grèce

Tout guillerets encore des onze jours passés à Lesbos en mai dernier, nous avons de nouveau sauté dans l'avion début septembre pour le programme suivant :

- 3 jours à Athènes

- 7 jours à Naxos

- 7 jours à Koufonissia (πανω et κατω koufonissi)

- 3 jours à Athènes.

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Ciel chargé d'Athènes après les gros orages de lundi 21/09

Sur le papier, ça tenait debout, les ferrys bien huilés, l'humeur au beau fixe, des images plein la tête, des rêves de bleu et d'ailleurs... Ah bah oui, mais non, pas tout à fait, car nous étions partis un peu en décalage avec la réalité, en mode illusion, voire un peu chimérique. Je noircis sans doute légèrement le tableau mais je m'accommode mal d'une île qui me déçoit, surtout lorsqu'elle pèche, d'abord par manque d'attraits, mais aussi par un certain asservissement au tourisme de masse, jusqu'à devenir un Land germanique. Je parle évidemment de Naxos, les deux Koufonissi m'ayant bien heureusement rappelé ensuite pourquoi j'aime tant ce pays et ses habitants.

Je reviendrais longuement sur le cas Naxos, île sur laquelle nous ne nous sommes jamais sentis bien. J'ai avec la Grèce un rapport presque physique ; j'en aime la lumière, les parfums, la musique, la chaleur des rapports humains, mais aussi sa nature âpre, sa dureté, et ses contrastes marqués. Et je sais lorsque je m'y trouve à ma place, mais aussi lorsque je suis en décalage avec elle. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'une île vous accepte ou vous est hostile, cependant, il faut bien avouer que l'on ressent immédiatement sur certaines, "l'impossibilité d'une île". C'est sans doute la première fois que nous avons enchaîné autant de pépins, de contrariétés, de déplaisirs, de contretemps. Je n'ai en fait pas grand' chose à vraiment reprocher à Naxos (sauf une certaine propension à bétonner sa côte Ouest),  si ce n'est que nous avons, à chaque fois, vu ailleurs en mieux, ce qu'elle propose. Pas de coups de cœur, de belles rencontres, de souvenirs mémorables, marquants, indélébiles, pas d'émotions (mais des visites régulières à la pharmacie, une voiture abimée, des randos qui partent en vrille et un stress constant qui ne nous lâchera que sur le ferry Skopélitis, en partance pour les petites Cyclades).

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Heureusement, les deux îles qui forment Koufonissia offriront un sacré contraste avec Naxos : des habitants adorables, de qui on se sent tout de suite proches, des espaces inviolés, le sentiment d'être enfin en Grèce, sur deux cailloux battus par les vents et la mer, d'être des insulaires, coupés du monde.  Ces deux petites Cyclades resteront le moment fort de ce voyage, encadré par des jours heureux à Athènes, que nous quittons avec davantage de peine à chacune de nos visites.

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Il me semble aussi que ce voyage clos une sorte de cycle consacré aux îles et qu'excepté les Sporades que nous n'avons pas encore rencontrées, c'est la Grèce continentale qui va nous occuper désormais.

Si je devais établir une sorte de hiérarchie des îles visitées, je crois qu'elle s'établirait ainsi :

            1 Santorin  - 2 fois (la plus belle, si on ne prend en compte que l'île)

            2 Folégandros

            3 Amorgos

            4 Koufonissia

            5 Paros - 4 fois

            6 Lesbos

            7 Ithaque

            8 Chios

            9 Céphalonie - 2 fois

            10 Sifnos - 2 fois

            11 Tinos

            12 Serifos

            13 Milos

            14 Naxos

            15 Leucade

            16 La Crête

            17 Corfou

            18 Santorin - 2 fois (la pire, si on prend en compte ce qu'on a fait de cette île)

Nous avons pour 2016 des projets pour le Magne et le Pélion, Thessalonique et la Chalcidique, même si un saut à Patmos devrait tout de même voir le jour. 

 

10 novembre 2015

Naxos - du centre à la côte Est

B. et F. m'ont fait remarquer que j'étais un brin vacharde avec Naxos et que l'île avait tout de même quelques ressources pour visiteurs exigeants. Certes. Mais il faut basculer à l'opposé du Chora, pour goûter d'une tout autre atmosphère.

Une fois passée "Halki-la-surfaite où il n'y a rien à voir", il est bon de se perdre dans les villages de l'intérieur, accrochés aux collines, dont la saveur toute simple vous raccommode sur le champ avec une certaine Grèce. Filoti, Apiranthos*, Keramoti, Koronos, Koronida distillent un vrai charme, l'air de rien, modestement.

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Il n'y a pas grand' chose de vraiment sensationnel à y voir mais c'est un délice de se perdre dans leurs ruelles, de retrouver les papous qui s'embrouillent à une semaine des élections, d'acheter du fromage aux bergers du coin, de faire une halte sucrée après une jolie promenade, bref, de repasser au rythme hellène ; même architecture de maisons blanches blotties les unes contre les autres, de tours vénitiennes, de passages voûtés, de placettes ombragées, de balcons décorés, omniprésence de la pierre et du marbre... et du silence. Toute cette région très vallonnée est bien verte, recouverte de vignes, de vergers et d'oliviers et relativement préservée des hautes températures, car rafraîchie par les vents qui glissent sur le mont Zas (Zeus) et sur les chaînes de montagnes qui hérissent cette partie de l’île.

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D'Apiranthos, il faut bifurquer vers la droite pour retrouver de superbes plages DÉSERTES, encore à l'abri des alignements hideux de transats et de parasols : Lygarida, Lionas, Kleidos et surtout Psili Ammos, grande étendue de sable blond bordée de tamariniers, qui nous rappellera Molos, notre plage favorite de Paros. Enfin de grands espaces, du calme, une poignée de familles grecques, quelques nordiques et c’est tout.

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Si nous avons fini par enfin trouver le lieu parfait pour faire trempette, c’est le petit port de Moutsouna qui nous fera regretter d’avoir choisi un hôtel sur la côte Ouest. Moutsouna est l’ancien port d’Apiranthos, d’où partait l’émeri, extrait des mines des montagnes de Koronos. On peut toujours admirer le « chemin de fer aérien », construit à la fin des années 20, long de 9 kilomètres, haut de 40 mètres, qui reliait les cinq sites d’extraction aux calles des navires ; le transport n’était plus tributaire du relief escarpé, des crêtes et des à-pics, et les mulets pouvaient enfin souffler. La ligne restera en service jusqu’en 1978,  quand l’émeri perdra de sa superbe. Sur le port en lui-même, demeurent comme à Sérifos, les rails, les grues, les souvenirs des entrepôts. Moutsouna, outre la richesse de son passé, est un adorable endroit, coquet et tranquille où nous serions bien restés.

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Donc, petit conseil à ceux qui n’ont pas envie de passer leurs vacances dans le stress, le vacarme et le béton, entourés de businessmen aux dents longues qui vous voient venir de loin, posez-vous là !

* village natal du héros national Manolis Glézos

 

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25 janvier 2015

Athènes, la vie d'après... variations.

81Qzo7a3oiLEva (Ευα), roman d’Ersi Sotiropoulos

Stock, « La Cosmopolite », 2015

Traduction Michel Volkovitch

 

Ersi Sotiropoulos aime décidément les personnages bancals, mal arrimés à leur vie ; après la culbute d’un sous-secrétaire d’État dans la courte parenthèse prospère que furent les années 2000, la romancière nous colle aujourd’hui aux basques d’une héroïne à la dérive pendant une nuit de Noël, dans une Athènes que la crise économique vient d’harponner. Ce portrait de femme en extérieur peut dérouter à la première lecture si on le considère comme un roman contemporain ordinaire à l’intrigue rondement menée ; or, Ersi Sotiropoulos rédige comme un diesel, faisant encore une fois le choix d’une longue mise en place ronronnante, avant de laisser ses personnages partir enfin en roue libre. Pour faire simple, Eva tiendrait d’Antonioni, de Losey et de Panos Koutras.

Entre Eva et son mari Nikos, le silence, l’ennui, l’incommunicabilité, ont remplacé l’euphorie des débuts. Le couple d’artistes ratés (elle, dans la littérature, lui, dans le dessin) s’est délité mais joue les prolongations, englué dans les déceptions, les revers et les factures qu’ils peinent à régler. Une première gifle vient de désagréger le peu qu’il restait. Le livre s’ouvre sur ce qui deviendra leur dernière soirée en commun, une fête dans une boîte de nuit où s’exhibe le gratin culturel et politique d’Athènes, ramassis de « bouffons, de pseudo-intellos et de détraqués ». Le couple traverse la soirée en invisible, « personne n’est venu nous parler, tous ceux qui passaient à côté nous bousculaient et tournaient les talons sans s’excuser … Nikos absorbait cette indifférence, ce mépris, par tous les pores de la peau ». Tous les deux flirtent tristement avec d’autres perdants, durant cette notte frelatée où l’on comble le vide avec des illusions. L’irruption des premiers laissés-pour-compte de la crise, venus quémander travail et nourriture dans l’antre des nantis titubants et vaseux, précipite les fêtards dans la ville.

Commence alors l’errance d’Eva en solitaire dans la nuit glaciale, dans une Athènes déserte, comme filmée en noir et blanc. Passablement défoncée, Eva mélange réalité et hallucinations, et contemple dans les magasins crasseux d’Omonia « des bestioles à carapaces dorées… des insectes capables de diffuser une lumière d’une immuable intensité. Un halo l’enveloppait comme une auréole et les rayons aveuglants embrasaient le corps minuscule ». L’atmosphère vire à l’étrange, la ville devient ruine mortifère, linceul grisâtre où s’étendent les sans-logis. L’Athènes de carte postale est écartée au profit de sa face cachée, un décor hostile, usé, pourri, bas-fond sordide devenu repère de marginaux en tout genre. « La chaussée était crevassée, de grands trous béaient, remplis d’eau stagnante… les dalles semblaient avoir explosé, des pierres, des fils électriques et des tuyaux rouillés émergeaient à la surface du sol comme d’un ventre ouvert. Les pierres louchaient…chaque flaque emprisonnait un œil d’argent dans ses eaux troubles ». L’hôtel du Parthénon n’abrite plus qu’une faune hétéroclite de vieilles putes sur le retour, de camés, de mediums boiteuses et de pickpockets, comme exilés dans un no man’s land oublié, que les promoteurs laissent se gangréner pour mieux spéculer.

Mais, c’est ici qu’a lieu la collision frontale entre le monde réel et les visions extravagantes d’Eva, dans un temps suspendu où surgissent des personnages trop burlesques pour être réels : comme Alice suivrait son Lapin Blanc sans se poser de questions, Eva se met à la remorque de quatre individus aussi improbables que leurs noms, comme cette Moïra, dont la jarretière pend entre les genoux « parce qu’il faut qu’un truc cloche, sorte des clous. Sinon, la vie est insupportable ». Cette parenthèse chaleureuse permet à Eva de remonter le fil de son mal-être dans des monologues sans concession, jusqu’à l’élément déclencheur, un contact furtif avec un voleur à la tire pas très doué qui a su «rappeler d’autres gestes et frôlements que je m’étais moi-même interdits. Des gestes oubliés mais bien réels ». Le souvenir de sa voix  « suffisait à me réchauffer, répandant un souffle de liberté, un espoir ». La longue flânerie à travers les rues d’Athènes singulières n’est en fait qu’un voyage dans le psychisme d’une femme qui redécouvre au bout d’une nuit de divagations ce qu’elle est réellement, et la solitude de son existence qui lui a échappé. Évidemment, dans le petit matin neigeux qui la ramène chez elle, cette introspection nocturne laissera plus que des désillusions, Ersi Sotiropoulos maniant d’une plume acide l’ironie et le pessimisme.

 

3 octobre 2014

Mode de survie à Santorin

Si vraiment vous tenez à passer par Santorin, malgré toutes les réserves évoquées précédemment, il est possible de quitter l’autoroute balisée (Fira, Oia, Red Beach) et de mettre à son emploi du temps un peu plus de Grèce, en suivant d’autres chemins  … enfin, si on n’est pas trop regardant.

Contrairement à nombre d’îles, les plages de Santorin ne laissent aucun souvenir éternel ; elles sont toutes du même acabit, tapissées de transats collés-serrés,  bordées de tavernes et de bars à fort potentiel de décibels, qui nourrissent et abreuvent les clients, sous leurs parasols : imaginez l’état vers 19h, lorsque les gobelets de Frappés et les bouteilles de Mythos s’entassent… Kamari, Perivolos, Périssa sont aussi noires de monde que leur sable volcanique et leurs eaux souffrent de cette sur-fréquentation*. Si vous êtes motorisés, tentez Vlychada ou Monolithos, moins bien desservies par les bus mais plus tranquilles.

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Les villages de l’intérieur permettent de retrouver un peu de calme, loin du bourdonnement continuel de la caldeira. Pyrgos, Akrotiri, Mégalochori méritent le détour, beaucoup plus sereins et moins trafiqués. Vous aimerez certainement, mais nous avons vu tant de villages à fort caractère dans les Cyclades ou les Ioniennes, tant d’endroits piquants, en relief, dotés d’une âme, que nous sommes devenus très difficiles. Disons qu’on y retrouve un peu de saveurs**, c’est déjà pas si mal.

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Même côté assiette, Santorin ne m’a laissé aucun souvenir fort. Je ne parle même pas en matière gustative, mais un repas dans une taverne grecque est toujours un moment d’échange avec les patrons, les voisins de table, on s’enquiert du plat du jour, des spécialités, du fromage local, on finit souvent dans les cuisines quand la craie sur l’ardoise rend les plats grec illisibles. Á Fira, c’est l’usine, il faut réserver sa table même à 23h, tant le monde défile, défile, défile. On sent le stress des serveurs, les tensions d’un service ultra-speed, le patron rompu au business et plus aucune de ces gentilles attentions de fin de repas que tous les visiteurs apprécient dans les tavernes (fruits, douceurs, petites parts de gâteaux, baklava…) : vous n’êtes pas un hôte, juste un client. Évitez donc tout ce qui s’est construit sur la caldeira et préférez des tables ou des cafés sans doute moins bien situés, mais qui ne facturent pas d’abord la vue au prix fort, sans se soucier de ce qu’ils mettent sur la table. Á titre de comparaison, un ouzo et un mojito coûtent 17 euros à Santorin, 10 euros à Paros et 9 euros à Folégandros… prévoyez large côté budget.

En relisant ces lignes, je me dis que je ne donne décidément aucune raison valable de venir à Santorin***. Il y en a pourtant une de taille, si vous aimez les histoires, les vieilles pierres et les mythes. Il s’agit du site d’Akrotiri. Le prochain post vous dira pourquoi il est incontournable….

 

* J’ai quitté Santorin sous antihistaminique et tartinée de pommade, suite à des bactéries contractées à Périssa. D’accord, je sur-réagis volontiers aux agressions cutanées mais notre gentille logeuse n’a pas été étonnée de voir mes avant-bras couverts de boutons…

** Même si aucune comparaison n’est possible avec les villages de Chios ou de Tinos

*** Que l’on cesse de nous vanter le coucher de soleil sur la caldeira ! La Concorde à l’heure de pointe, vous voyez ce que je veux dire ? Et pour un coucher de soleil, certes graphique, mais qui n’a rien de vraiment particulier. J’ai choisi, pour illustrer l’album photo de Paros, le ciel de notre arrivée vers 19h30, le long du quai. Ça, ça a de l’allure, comparez !

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26 septembre 2014

Septembre 2014 en Grèce

Après la douche corfiote (dans les deux sens du terme), quelles aventures allait nous réserver ce nouveau périple grec ? Nous sommes cette année partis en septembre et non en juin, à l’arrache, le projet initial tombé à l’eau pour cause de copieux merdier administratif kafkaïen (merci aux proches qui ont suivi la chose de m’avoir supportée). Plutôt que de passer les deux semaines dans deux îles différentes - comme c’est notre usage en été -, faute de temps pour bien combiner les ferries moins nombreux en septembre, nous avons fractionné nos 16 jours en sauts de puce, privilégiant des lieux certifiés ravissement prévu, avant de découvrir en fin de séjour une nouvelle Cyclade.

Le programme fut donc le suivant :

-         Athènes (deux jours)

-         Santorin (quatre jours)

-         Paros (quatre jours)

-         Folégandros (cinq jours prévus, quatre en réalité suite à un souci de ferry)

-         Athènes (un jour prévu, deux jours en fait)

Athènes, c’est comme un parfum qui agresse à l’ouverture du flacon, on trouve ses fragrances trop fortes, trop marquées, difficilement respirables ; pourtant, on y revient d’abord de loin, parce qu’on a jamais rien senti de pareil, on se familiarise avec son mélange de déliquescence et d’énergie, et sans s’en rendre compte, on est addict, pris dans ses rets. L’aversion première est devenue attirance, affinité, fascination. Si fort que j’aime les îles, si nombreuses et intenses sont les émotions que je peux y ressentir, Athènes demeure une source de profonde exaltation. Alors nous y passons de plus en plus de temps, ébahis par son bouillonnement permanant de vitalité contagieuse. Athènes a pour moi cette capacité à me remettre d’aplomb, à m’inoculer immédiatement enthousiasme et belle humeur. Peu de villes d’Europe peuvent prétendre à ce potentiel.

Cette mise en bouche athénienne devait donc ouvrir la voie à un festival perpétuel d’allégresse, heureux que nous étions de notre emploi du temps à venir, que l’on pourrait à posteriori cependant résumer ainsi :

-         revoir Santorin et s’enfuir (loin, mais alors très loin...)

-         revoir Paros et ne plus vouloir en partir

-         voir Folégandros et mourir

Deux sur trois, c’est plutôt un bon bilan. Je consacrerai à chaque île les pages qui lui sont dues, aux tonalités bien évidemment très différentes ; rouge colère pour Santorin, bleu azur pour Paros et toutes les nuances de l’amour pour Folégandros, qui a su détrôner Amorgos, juchée depuis de nombreuses années sur la première place des plus belles îles de Grèce, selon ma sensibilité toute personnelle. Et si cela ce n’est pas un tour de force…

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 Kouros du musée du cimetière du Céramique... n'est-il pas magnifique ?

 

17 décembre 2014

Folégandros – pour épargner vos mollets, prenez le bateau

Si vous venez à Folégandros avec de jeunes enfants, vous n’aurez pas pléthore d’endroits où aller vous baigner sans entendre moult récriminations : le port de Karavostasis dispose bien d’une petite plage de galets facile d’accès, mais patauger dans une eau où les bateaux font trempette n’est pas très engageant. Un bus relie Chora au village d’Agali et à sa plage de sable ; mais étant la seule accessible par une route asphaltée, cette dernière souffre vite de sur fréquentation et de nuisances sonores. Il faudra marcher une bonne demi-heure sur le chemin qui longe la côte pour relier la jolie crique d’Agios Nikolaos, toute calme en septembre, bordée de tamariniers.

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Le lieu est plaisant, les eaux bien claires, le silence souverain, notre plage durant le séjour. Pour le reste, il faudra jouer du jarret et supporter les remontées éreintantes sous le soleil après la baignade ; si les descentes des crêtes vers la mer se font sourire aux lèvres, les retours sur les hauteurs escarpées requièrent quelques efforts et de bonnes chaussures, de quoi y laisser tout le bénéfice du bain rafraichissant.

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De Karavostasis, partent de petits bateaux bien équipés pour une journée autour de l’île, balade très agréable en fin de saison lorsque vous vous retrouvez à dix, sur un bateau prévu pour trente. Chacun trouve son espace, l’équipage est détendu et le programme peut être aménagé sans souci. Nous avons suivi la côte Sud et ses falaises de craies rectilignes jusqu’au premier arrêt baignade dans la baie bien encaissée de Livadaki : une nature brute, vierge de toute construction, aux eaux turquoises illuminées de soleil. La joliesse, la sérénité, la quiétude du lieu, distillent de bonnes ondes dans notre petit groupe où la bonne humeur est contagieuse.

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Nous nous arrêterons ensuite dans une petite crique pour que les amateurs de plongée profitent des fonds rocheux et des grottes creusées dans les à-pics, avant de revenir vers Agios Nikolaos, où les amateurs de bronzette iront se faire rôtir la carnation à l’heure de la sieste, tandis que certains comme nous préféreront rester à bord du bateau pour multiplier les plongeons. L’après-midi prendra fin sur la belle plage de Katergo, dessinée entre les rochers, un peu longuette à rallier par un chemin de terre depuis Karavostasis, mais si délicieuse quand on vous y mène par la mer. J’imagine bien qu’en plein mois d’août, ce genre d’excursion n’a sans doute pas la même saveur. Mais économiser ses gambettes l’espace d’une journée, se baigner dans des eaux cristallines inapprochables à pied, appréhender une île par le tracé de ses côtes, accoster sur une plage totalement déserte, partager avec d’autres visiteurs notre attachement pour la Grèce autour d’un tsipouro bien servi après le dernier bain, est totalement délectable !

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3 décembre 2014

Chora de Folégandros… trois nuances de grâce.

Les « chefs-lieux » des îles sont souvent bâtis sur les hauteurs, pour préserver les populations des invasions et de la piraterie. Folégandros a posé le sien en à-pic d’une falaise de 200 mètres, malmenée par le vent et les déferlantes.

Le kastro, comme celui de Sifnos, marque le village d’une empreinte d’un autre temps. On y accède à partir de la deuxième place, bordée de ses remparts immémoriaux (la première mouture du kastro date du XIII ème). Les habitations sont là aussi enserrées dans l’enceinte extérieure, sur le côté mer directement à l’aplomb de la falaise. Á l’intérieur, c’est le même alignement de maisons blotties les unes contre les autres, de vieux balcons de bois, de passages dérobés, de ruelles étroites, de galeries qui relient entre elles certaines des demeures. L’organisation de l’espace raconte les dangers, les moyens de défense, les villageois tapis et à l’affût. Aujourd’hui, le kastro est le lieu le plus calme du chora, retapé mais pas trop, dépourvu de tavernes et d’hôtels, une enclave historique bien vivante, colorée, qui a su garder son relief.

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Le chora, qui épouse ensuite les courbes plus douces de l’intérieur des terres, est un beau village cycladique traditionnel construit autour de ses quatre places, abondamment fleuri, ponctué d’un nombre impressionnant de chapelles et d’églises, plus nombreuses que les tavernes. Le soir, le village s’allume, les terrasses des tavernes, bien à l’abri du vent sous les arbres, bruissent des conversations, les touristes s’interpellent, échangent leurs coups de cœur du jour ou leurs mésaventures dues à Air France, car on finit toujours par se croiser dans une île de 32 km2. Très peu de boutiques touristiques, deux, trois bars discrets pour siroter un ouzo, une boulangerie et un glacier excentrés dans les petites rues et c’est tout. Le matin, ce sont les marcheurs en route pour l’arrêt de bus qui arpentent les rues silencieuses.

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Tout en haut de la première place, au bout d’un lacis blanc qui serpente doucement sur la colline, se dresse l’imposante église de la Panagia, qui domine de toute sa masse crayeuse la côte Nord de l’île. Á l’abri de son mur d’enceinte, ses larges flancs abritent un lieu de culte un peu mastoc, qui manque de finesse et d ‘élégance. Mais l’essentiel n’est pas là ; il l’est, dans cette « citadelle sacrée» érigée, qui veille sur le chora et son kastro, vers laquelle on se dirige entre chien et loup pour regarder le soleil s’éteindre dans les flots. Ceux qui arpentent le chemin prennent leur temps, s’arrêtent à chaque méandre pour embrasser du regard le paysage sauvage et rude, s’imprègnent de cette nature brute comme on se fait doucher par des embruns. On sent que quelque chose nous dépasse, surtout lors de ses soirs de septembre déjà frais et venteux, où l’on se fait un peu malmener par les bourrasques. On se pose alors de longues minutes, les yeux fixés vers le large, un vague sourire aux lèvres, en affinité avec les éléments. Le soleil disparaît, les lumières fléchissent, le ciel se teinte d’un doux gris laiteux, les reliefs s’estompent et on se sent bien.

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10 juin 2014

Corfou - le centre et le Sud, de l'aigre et du doux

Corfou a essuyé un printemps particulièrement pluvieux, ce qui a conféré à sa campagne de très beaux paysages, des fleurs à foison, des collines bien vertes, des champs bordés de genêts et de coquelicots en pleine forme. C’est en suivant ses routes intérieures qu’on se souvient qu’elle est une ionienne, la grande sœur de Céphalonie, de part sa végétation et ses hauts cyprès qui pointent vers le ciel.

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Si on longe la côte Ouest en descendant après la plage de Glyfada, on traverse une forêt d’oliviers, puis une sorte de sous-bois, avant d’arriver au village de Pélékas, haut perché sur le « Trône de l’empereur »,  point de vue remarquable sur le littoral, où venait méditer Guillaume II. On y monte surtout à l’heure du couchant, lorsque le temps est bien dégagé (je radote, mais quand les nuages plaquent leur brumaille sur le panorama, c’est tout de suite moins enivrant…).

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Le soleil nous accordera une bonne heure de lumière et de relative chaleur à Sinarades, petit village de caractère où nous ferons une longue pause, ravis d’arpenter enfin des ruelles bordées de demeures relativement anciennes ; clocher du XVIIème, voûtes, arcades, escaliers de pierre, vigne en treille, café où des papis taiseux regardent défiler la journée, la Mythos à un euro cinquante, une parlote en trois langues, plus celle des signes, avec une mamie bien affable, tout ce qu’il faut pour nous redonner le sourire et redorer un peu le blason de Corfou. Comme indiqué sur le Routard, nous continuerons jusqu’à la falaise d’Aérostato, déserte, où la dispersion temporaire de la brume nous donnera enfin un bel aperçu de la côte et des plages en à-pic des falaises.

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Faites l’impasse sur Agios Gordis, toujours en descendant vers le Sud (front de mer en béton, constructions anarchiques…) mais arrêtez-vous au bout d’une route en lacets qui monte sec, dans le tout petit village de Pendati, silencieux, discret, modeste. On en fait vite le tour mais il respire au rythme nonchalant des lieux bien ancrés dans le passé, qui n’ont pas l’intention de se renier.

Toujours plus bas, on atteint le lac Korission, et la plage d’Agios Georgios avec ses dunes de sables, qui serait magnifique sans des monceaux de détritus qui dégradent le lieu ; c’est la première fois, en quinze ans de Grèce que nous avons à déplorer un tel laisser-aller, une si manifeste démonstration d’abandon, de je-m’en-foutisme radical qui ne semble pas gêner les locaux : infrastructures délaissées, carcasses de buvette, ossature de taverne, poteaux rouillés, piliers de bois solitaires, bouteilles, canettes, plastique, métal, l’incurie la plus totale ! Visiblement, tant que la saison n’a pas commencé, transformer les plages en dépotoirs ne choque pas les corfiotes, nous si ! Les plages de Gardenos et d’Agia Varvara nous ont semblé plus propres mais pas encore bien nettes… de toute façon, sous le ciel chargé, y’a plus que des canards pour s’y balader…

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Cette dégringolade le long de la côte Ouest prendra fin en bifurquant à l’Est vers le petit port (propre et silencieux) de Boukaris, où nous poserons enfin nos sacs. Le vieux village de Chlomos, accroché à son épieux rocheux mérite une visite, pour la vue que l’on a jusqu’en Albanie : la terrasse du café Balis est parfaite pour s’en mettre plein les yeux en dégustant un café (remarque pour les filles, le proprio a les mains bien baladeuses…).

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14 novembre 2014

Prélude à Folégandros

 

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En voilà une qui n’avait sur le papier l’air de rien : un caillou aride, trois villages, une seule route, des plages peu accessibles, un vent du diable et des habitants présumés tout aussi austères que leurs collines. En ce qui nous concerne donc, une promesse de bien-être permanent. C’est peu dire que nos aspirations les plus démesurées aient été comblées au-delà du nirvana attendu. Si votre petit cœur bat la chamade au seul nom d’Amorgos*, si vous avez élu plus beau castro des Cyclades celui de Sifnos, si vous soupirez de nostalgie en feuilletant vos photos d’Ithaque, Folégandros c’est un peu beaucoup tout cela, en mieux encore. C’est avant tout une île rurale escarpée, râpée, où la main de l’homme s’échine à modeler les terres peu arables à grand renfort de murets de pierres plates et de cultures en terrasses. Pas de constructions anarchiques, de paysages altérés par du bétonnage, l’habitat se concentre en quelques points et le territoire appartient aux ânes et aux chèvres. Á perte de vue, une terre brûlée par le soleil, d’où émerge une pagaille de pierres chamboulées. Rien de gentillet, de vraiment dompté, Folégandros est rêche, rugueuse mais jamais inhospitalière.

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Le Routard m’avait un tantinet refroidie en soulignant que l’île devenait courue et subissait un début de développement fracassant… est-il taquin ce Routard parfois ! Certes, quelques hôtels, plutôt haut de gamme, ont émergé à l’entrée du chora mais ça reste discret et très mesuré. Les spécificités de Folégandros l’éloignent d’un raz de marée touristique pour les simples raisons que l’île se découvre avec les pieds, et que les plages demandent de bons mollets. Peu de familles avec enfants, plutôt des quinquas en forme ou des jeunes, amateurs de marche et de calme ; les fêtards ne trouveront aucun bar branché, surtout pas en bord de mer, totalement préservé des tavernes bruyantes, des parasols et autres transats bien laids. On se lève et on se couche tôt, même quand on est grec (fermeture des tavernes à 23h fin septembre).  On y croise pas mal d’Anglais, beaucoup de Français, quelques Allemands et des Nordiques. Il est bon aussi de savoir qu’à Folégandros, on a tendance à oublier fréquemment son maillot de bain (bizarre !) et à se baigner alors sans problème, en tenue d’Éve ou d’Adam. La plage la plus facilement accessible l’interdit clairement, plage d’ailleurs beaucoup plus fréquentée, surtout par les familles grecques.

Si le relief de l’île est abrupt, ses côtes le sont tout autant ; à-pics, dégringolades de rochers, découpes tranchantes, rocs acérés, anses équarries, on plaindrait presque les pirates qui ont dû avoir fort à faire pour accoster sans y laisser leur chemise. Peu s’en faut que certains endroits me renvoient illico dans le Finistère, surtout lorsque le vent siffle entre les murets de pierre et que les rafales envoient valser les flots sur les brisants. La mer Égée a soudain un petit goût d’Atlantique très inattendu…

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Je voudrais pour clore ce préambule m’inscrire pleinement, totalement, entièrement en faux, contre cette réputation d’accueil supposé « frileux » des habitants de Folégandros. Les locaux que nous croiserons sur l’île, bergers, cultivateurs, éleveurs, âgés pour la plupart, ne sont pas différents des autres îliens, taiseux et impassibles. Si vous les saluez avec le sourire, si vous vous mettez un peu en retrait de leur activité, si vous prenez le temps d’apprécier leurs gestes séculaires, si vous leur demandez poliment dans un grec, même très approximatif comme le mien, de les photographier avec leurs bêtes « Με συγχωρείτε κύριε, μπορώ να σας φωτογραφίσω παρακαλώ** », vous ne devriez pas subir de rebuffades. Mais si on se comporte en touriste conquérant qui veut juste alimenter son compte Facebook…

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Le soir de notre arrivée tardive à Chora, nous nous sommes retrouvés sans bagages, suite à une fâcheuse inversion de sacs*** sur le ferry (A. a pris les bagages de B., qui a pris les bagages de C., qui n’a pas pris les bagages de A.…). Notre logeuse, pourtant maman d’un bébé, l’agence de voyage locale, la compagnie de ferry, le responsable de la taverne du coin, tous se sont mis en quatre pour nous aider. Il était 22h30, nous arrivions de Paros, nous étions de parfaits inconnus et pourtant, ils ont chacun mis un terme à leur activité pour nous trouver une solution et nous éviter ainsi un aller-et-retour au Pirée. Sans leurs interventions conjointes, je doute fort que le ferry suivant nous ait rapporté notre sac, ce qui fut pourtant fait. Comme marque tangible d’hospitalité, on ne peut pas faire plus et c’est une chose qu’on oublie pas…

 

*Amorgos, île où ma moitié refuse catégoriquement de retourner, conséquence sans appel de la soi-disant traumatisante et éprouvante remontée pédestre de la plage d’Agia Anna, au pied de la Panagia Chozoviotissa… grincheux, va !   

** j’ai bien dit approximatif

*** ça nous apprendra à avoir tous les gros sacs Cargo Eastpak NOIRS

 

1 novembre 2014

Parce que l'on passe toujours par Naoussa...

Non, Naoussa n’est pas seulement le lieu « chic et branché » de Paros, où quelques célébrités parisiennes ont posé leur sac. Si vous avez la chance de fréquenter le lieu hors saison, - mais ce présupposé est valable pour nombre d’îles -, ce vieux port de pêche de carte postale, croquignolet et photogénique en diable, saura exercer sur vous toute sa séduction. C’est vrai qu’il en fait presque trop, avec son petit fort vénitien en ruines, sa chapelle blanche, les barques des pêcheurs qui se gondolent doucement, les poulpes séchés au soleil, les petits volets bleus ou verts qui tranchent sur la chaux des maisons cubiques, les ruelles fleuries… on se dit à chaque visite qu’on ne va plus s’y laisser prendre et… peine perdue, on se laisse abuser comme deux bleusailles. C’est surtout le matin que la magie opère, lorsque Naoussa est encore silencieuse et que la lumière douce du soleil semble dorer la mer. Certes, les collines autour du village sont vilainement ankylosées de constructions passablement hideuses, mais le vieux port reste lui, délicieux.

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Sur le quai, des navettes font des allers et retours vers les plages de Kolymbithrès, de Monastiri ou de Lagueri. Kolymbithrès est la plus célèbre et l’une des plus fréquentées (même en juin et en septembre), avec ses rochers aux formes bizarres qui dessinent des petites criques bien abritées. C’est à faire au moins une fois, surtout avec des enfants qui s’amusent beaucoup à plonger dans ce désordre de pierres. Pour être plus au calme, nous préférons les toutes petites criques que l’on trouve avant la grande anse de Monastiri, (moyen de locomotion obligatoire). Comme les photos l’attestent, la fréquentation reste très raisonnable … et en continuant à pied vers le Nord, se dressent les falaises du cap Almiros, le monastère Agios Ioannis et le parc culturel de Paros, sorte de friche pour bateaux en cale sèche, où sont organisées des soirées et concerts de toutes sortes.

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1 juin 2014

Corfou, suite - le cas Kanoni

Image emblématique, tarte à la crème des guides, sempiternel symbole de Corfou, la presqu’île de Kanoni est un passage obligé pour tous les visiteurs. J’y suis allée avec un rythme cardiaque de junkie sous emphét’, découvrant dans le Routard que le site aurait inspiré Böcklin et ses différentes versions de L’Île des morts, tableaux qui illustraient, avec ceux de Friedrich, un grand nombre des œuvres littéraires du XIXe dans mes manuels de littérature du lycée. Cette plongée soudaine et inattendue dans les Nuits de Musset et le « luth constellé » de Nerval appelait sur-le-champ une visite matutinale.

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Le bus N°2 part du Liston et s’arrête dans son périple juste en surplomb du site : on descend alors à pied en pente douce, jusqu’au niveau de la mer. Deux îlots sont posés sur l’eau, chacun coiffé d’un lieu de culte (monastère de la Vlacherna, accessible à pied par une jetée pour le premier, église du Pantocrator, pour le second, au loin). C’est évidemment celui à l’arrière-plan, que l’on ne peut atteindre qu’en bateau qui sollicite toute mon attention (on le nomme en grec Pontikonissi - l’île de la Souris -, pour une vague ressemblance de forme avec le dos du rongeur)  … ah, il faut faire preuve de beaucoup d’imagination pour retrouver la vision du peintre suisse, qui a, dans ses toiles, ceint le bosquet d’arbres central de hautes falaises blanches. J’ai beau tenter de m’extraire du brouhaha ambiant, du va-et-vient des touristes, rien n’y fait, la magie ne prend pas.

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Outre le décalage entre la réalité de l’île et l’hallucination picturale qu’elle a su faire naître chez Böcklin, la présence de la piste d’atterrissage de l’aéroport à moins de 500 mètres perturbe violement ce qu’il reste de magie au site ; je ne sais dans quel cerveau moisi a germé cette idée scélérate d’accoler le tarmac à ce décor de carte postale, mais on aimerait lui dire deux mots, peu conviviaux. Tous les quarts d’heures, un charter survole à très basse altitude le clocher du monastère de la Vlacherna avant de se poser dans un hurlement de réacteur : on se pince pour y croire !

D’autant plus que Kanoni, serait aussi le lieu de la dernière halte d’Ulysse avant son retour pour Ithaque. On ne peut décidément pas mettre une demi-sandale sur une île ionienne sans retrouver la trace du protégé d’Athéna! Poséidon, très remonté contre Ulysse qui a sérieusement aveuglé son fiston, le cyclope Polyphème, le poursuit de sa vengeance et le retrouve sur les rives de Corfou (enfin, plutôt de Schéríe, comme la nomme Homère, l’île des Phéaciens) ; pour contrarier son retour, il retourne le navire de « l’homme aux mille ruses » et le pétrifie, le transformant en rocher. Seul survivant de ce désastre, Ulysse s’échoue sur le rivage où il sera découvert et secouru par Nausicaa, fille du roi Alkinoos.

Comme il est difficile aujourd’hui de s’immerger dans des univers mythiques, quand la main de l’homme a saccagé des lieux qu’il fallait préserver. Voilà l’état des lieux de la destruction du site de Kanoni (monastère de la Vlacherna en bas à droite) quand la seule vénalité règne sur la gestion d’une île, (photo prise dans le guide Toubis)… édifiant, non ?

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15 octobre 2014

Retour à Paros, l'île où tout va bien - Mise en bouche

C’est sans regrets ni nostalgie que nous avons quitté Santorin, dès potron-minet, debout à cinq heures pour ne pas manquer le ferry Blue Star ; nous laissons loin derrière le capharnaüm et le tintamarre, soulagés de nous retrouver bientôt « à la maison », de reprendre nos petites habitudes, de retrouver Parikia et son kastro, les plages de sable blond, le calme des villages intérieurs, un rythme de croisière plus nonchalant, qui pourrait rappeler celui d’un paresseux au sortie de sa sieste. C’est étonnant comme les journées peuvent défiler à Paros, alors que nous passons notre temps le museau vers le ciel, à respirer l’air du temps qui passe, sans risque aucun de surchauffe. Mon ressenti de l’île n’a pas bougé d’un iota au long de ces onze années, où nous sommes revenus régulièrement lorsque le besoin s’en faisait sentir : le même accueil, la même chaleur, un plaisant mélange de sérénité et d’allégresse. De plus, les sirènes du profit à tout crin et de la surexploitation immobilière sont passées très au large, préservant l’île des dommages constatés en Crète et à Corfou. Sages habitants de Paros !

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Inimaginable de ne pas nous poser de nouveau , pension maintes fois saluée par nombre d’internautes, qui ne tarissent pas d’éloges sur l’hospitalité, la gentillesse de Sofia et de Manolis. Nous avons vu leur fille et les arbres du jardin grandir, le français de Manolis devenir impressionnant, les lapins et les chats se multiplier, mais rien n’a changé dans leur manière de concevoir leur pension ; une grande famille où il fait bon vivre. Réservez très tôt, c’est plein de juin à septembre.

Aucune nouvelle table testée cette année à Parikia pour le dîner, tant nous aimons deux endroits que nous alternons, selon l’humeur du jour, l’Ouzeri Boudaraki et le Levantis. Le premier, situé très à droite sur le quai lorsque l’on a la mer dans le dos, est une petite taverne toute simple, pas chère, qui est restée fidèle aux plats traditionnels qu’elle sait faire. Mention spéciale pour les aubergines confites, plat modeste mais pourtant délicieux, qu’une certaine cliente québéquoise de ma connaissance prend même en dessert, c’est tout dire... surtout lors de soirées mémorables où la Suisse, la France et le Québec réunis, arrivent à faire plus de bruit que les tables de Grecs...content (108)

Avec le Levantis, au cœur du vieux Parikia, on monte en catégorie avec une cuisine plus élaborée et un cadre plus intimiste. Si les plats végétariens sont délicieux (linguine aux tomates rôties et sardines marinées, mijoté de légumes et d’olives, gnocchi maison à la roquette sauce aux noix), ma moitié se régale de l’agneau en feuille de vigne et féta aux herbes, du filet de porc aux pommes et aux raisins, sauce Mavrodafni, du ragoût de lapin au yaourt et aux aubergines. C’est aussi un des rares endroits où je prends un dessert, tout aussi pensé, construit, cuisiné, que les plats. L’addition s’en ressent mais reste en accord avec la qualité des mets.

Pour un petit en-cas, très bonne assiette de fromages grecs au Café Distrato, à savourer avec une Fix Dark, sous un arbre centenaire. Vous passerez obligatoirement devant ou dessous, en vous promenant dans les petites ruelles.

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Les bus se faisant plus rares en septembre, il est préférable d’opter pour la location d’une voiture où d’un scooter ; trois jours et demi de location d’un gros quad nous sont revenus à 55 euros, hors essence, ce qui reste accessible.

Pensez aussi à réserver très tôt votre ferry, si vous continuez votre périple vers une île moins bien desservie ou qui ne voit plus passer que la compagnie SeaJet. Les seuls billets restant en classe supérieure peuvent tout à coup sacrément grever votre budget…

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9 octobre 2014

Santorin, l’île qui renaît toujours de ses cendres – Akrotiri "dé-lavée"

Certains visiteurs posent le pied à Santorin avec la même émotion qu’ils ressentiraient à fouler le sol lunaire : l’île n’en est pas une, elle est une mémoire géologique, un marque-temps, un site issu des entrailles de la terre en colère, multiforme, instable et éphémère*. Plusieurs volcans sous-marins ont fait et défait Santorin, dans une succession ininterrompue d’éruptions ; à chacune d’elles, les volcans s’effondrèrent avant de se réédifier de nouveau, créant à chaque explosion une gigantesque dépression centrale, un cratère, une caldeira ; aujourd’hui, les parois de la caldeira, à demi-immergée, surgissent à 385 mètres au-dessus de la mer, et plongent d’autant sous l’eau. Santorin a plusieurs fois changé de visage, suivant les caprices et les ardeurs de ses volcans : d’un seul tenant, en plusieurs morceaux, ronde ou en croissant, agrémentée d’îlots, de cônes volcaniques brièvement surgis des eaux avant de replonger, elle reste turbulente, traversée de secousses et d’activités sismiques sous-marines.

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En 1630 av J.-C.**, le grand cataclysme a lieu ; l’éruption dantesque, biblique, envoie des panaches de scories à 35 km au-dessus de l’île, arrose la Méditerranée de cendres, engendre raz-de-marée et catastrophe climatique. On a longtemps lié le déclin de la civilisation minoenne à cette éruption apocalyptique. Une plus fine datation du désastre met à mal ce raccourci bien séduisant et l’éloigne de deux cent ans de la destruction et l’abandon des palais crétois, estimés vers 1450 av J.-C.

Cette effroyable éruption détruisit toute vie sur Santorin mais permit aussi de nous léguer un témoignage exceptionnel de la vie sur l’île, à l’âge du bronze : une ville entière, prospère, organisée, hiérarchisée, dotée d’infrastructures de haut niveau, dormait sous 15 mètres de cendres. On ignore son nom, on la désigne par celui du village voisin actuel. Même si le site n’a rien à voir avec Pompei, malgré ce que l’on peut lire, le site d’Akrotiri est particulièrement émouvant. Les archéologues n’ont retrouvé aucun corps ni aucun objet de valeur, ce qui laisse présager plusieurs séismes annonciateurs de la catastrophe, qui firent fuir les habitants vers des abris de fortune.  Sur les 20 000 mètres ² estimés de la cité, construite sur une petite plaine du Sud abritée des vents et dotée de deux ports naturels, seule la moitié a été fouillée. Le site révèle un ensemble de bâtiments pour certains dotés encore de leurs étages, des ruelles dallées, des places publiques, des édifices religieux, administratifs, des demeures particulières cubiques, un système d’évacuation des eaux usées, des magasins, des jarres et des poteries. Les hauts bâtiments aux façades en pierre de taille sont appelés xestes (taillés) et rappellent par leur volume, le nombre de leurs pièces, les bassins de purification, les agencements internes des chambres et leurs peintures murales, les palais crétois.

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Akrotiri soulève d’ailleurs plus de questions qu’il ne donne de réponses, quant à ses relations avec la civilisation minoenne : on ignore si la ville était habitée par des colons crétois ou bien si les habitants ont adopté, par imitation culturelle, certaines des habitudes des Minoens, artistiques, religieuses et administratives. Les chercheurs s’accordent tous sur une profonde influence crétoise et avancent la possibilité de familles puissantes, qui auraient pu servir les intérêts crétois dans un avant-poste cycladique***. Les peintures murales qui ornaient certaines chambres ont bien évidemment été déposées pour des soucis de conservation et sont visibles au musée de Fira. On est époustouflé par l’élégance de ces peintures, leur finesse, leur délicatesse : corps sveltes et racés, chevelures travaillées, costumes féminins audacieux mais aussi par une représentation étonnante de la nature. Lys, papyrus, antilopes, singes bleus, hirondelles, tout vibre, respire, bouge en liberté. Rien de figé, de normalisé dans ces peintures aux couleurs vives, riches de mille détails, inventives et expressives. Il serait vraiment dommage de faire l’impasse sur le site et le musée car ces fresques en disent long sur le tempérament, le caractère des habitants d’Akrotiri, sur leur quotidien, leur goût pour les arts, la beauté et leur cadre de vie.

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C

*Rappelons que certains voient en Santorin, la mythique Atlantide de Platon (après tout, les bretons ont bien leur Kêr-Ys, qu’on veut voir au large de Douarnenez ou dans la baie des Trépassés, selon les chapelles)

** Á peu près…

*** Pour en savoir plus : Art et Religion à Théra, Nanno Marinatos, Éditions Souanis (traduction française un peu fantaisiste).

 

30 septembre 2014

Santorin prend l'eau...

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L’île la plus mythique de la mer Égée fut ma porte d’entrée pour les Cyclades il y a une décennie. Comme tous ceux qui ont posé leurs pieds sur son sol, je fus éblouie, émerveillée, fascinée par sa splendeur. Je grinçais déjà un peu les molaires devant une exploitation touristique que je trouvais excessive, mais la magie était là, je cessais de maugréer dès que les gros navires de croisière levaient l’ancre et que le calme revenait à la tombée du jour. Même le coucher du soleil se faisait alors dans la sérénité, en cette mi-juin 2003.

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Aujourd’hui, l’île ouvre bien grand les bras au Yuan et au Rouble, se gave d’un déferlement de touristes irraisonné, s’engraisse de revenus douteux et accepte des comportements triviaux. Nul besoin d’un volcan pour anéantir de nouveau Santorin, l’appât du gain s’en est chargé. Une marée humaine grouillante, une masse compacte, une cohue débordante, un flux ininterrompu de visiteurs a pris possession des lieux, qui suffoquent sous l’envahissement. Que ce soit à 10 heures du matin ou à 23 heures, les ruelles de Fira et d’Oia sont engorgées de visiteurs débarqués par cars entiers, d’agences russes et chinoises. Entendre parler grec à Santorin devient une curiosité. Je sais que tout un chacun est en droit de venir admirer la beauté du site, mais Santorin n’est pas taillée pour amortir cette soudaine surdensité humaine au mètre carré. D’autant - j’assume le propos -, que ces nouveaux visiteurs ne surgissent pas forcément pour de bonnes raisons. Santorin est devenue the place to be, l’île où l’on vient se montrer, s’exposer, s’exhiber, se photographier, se marier. Son histoire, son mythe, ses sites archéologiques ne les intéressent en rien (sur le magnifique site d’Akrotiri, nous n’avons croisé que des Européens…). Conséquences de cette arrivée massive, une flambée des prix, des chambres prises d’assaut, une prolifération de boutiques de luxe, des eaux de baignade pas toujours très propres, des restaurateurs peu scrupuleux*, des vendeurs agressifs et l’inobservance des règles d’hospitalité, pourtant inhérentes à la Grèce.

Volontairement, je ne conseillerai aucune adresse à Santorin**. Parce que Santorin n’est pas la Grèce, comme Venise n’est pas l’Italie. Ce sont des enclaves à part, des territoires désormais vendus au seul rendement financier, où des comportements de requins mettent en péril la préservation d’un patrimoine exceptionnel et l’équilibre d’un écosystème fragile***. Comme Venise se cache parfois sous ses eaux pour ne plus voir les paquebots géants esquinter sa lagune, Santorin pourrait bien un jour en avoir assez de porter sur son dos sa couche de béton toujours plus vaste : le dernier séisme date de 1956…

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* Éviter à tout prix le Café Classico, à Fira, en guise d'ouzo, un alcool frelaté.

** A contrario, je tiens à souligner l’extrême gentillesse de notre logeuse et de sa fille, qui tiennent cinq petites chambres toutes simples, dans une ruelle qui descend en contrebas de la cathédrale orthodoxe : Rooms Sofi.

 *** Santorin ne possède aucune réserve d'eau, on désalinise à tour de bras. Gestion des eaux usées ?

 

12 juin 2014

Corfou - épilogue : un barbier, deux goyim, un romancier

Pour Ben et Linda

En flânant dans les ruelles de Corfou-ville, un samedi vers treize heures, notre regard s’accroche soudain à des bâtiments en ruines, qui dénotent nettement dans l’architecture italienne ; leur allure a je-ne-sais-quoi de déjà-vu, mais un déjà-vu* qui nous met un peu mal à l’aise, une impression de vague gêne, d’inconfort. Les maisons sont plus hautes, les fenêtres empilées, plus serrées, dessinent des pièces bas de plafond. Je sors mon APN pour isoler quelques détails quand le barbier du coin sort de sa boutique, un peu plus haut, et me demande avec le sourire pourquoi je veux photographier cette partie de la rue. Je n’ai aucune raison valable à donner, je bredouille en anglais une vague réponse, imaginant qu’il me prend pour une touriste un peu toquée. En réalité, il est ravi de nous voir préférer ces ruines étroites aux belles maisons joliment retapées, car dit-il, « c’est là que ça commence ». « Allez tout droit, tournez à droite et trouvez le passage, vous verrez, vous verrez… » .

Nous avons souvent rencontré dans les îles ce genre de passeur, un inconnu sorti de nulle part qui nous a orientés vers une chapelle, une ruine, un beau point de vue, comme on murmure un secret, une émotion personnelle que l’on souhaite partager. Nous suivons ses indications, repérons une ouverture dans la maçonnerie qui borde une petite place, nous nous faufilons entre deux pans de murs un peu affligés et nous comprenons que nous nous trouvons au cœur de ce qui reste du quartier juif, devant l’immeuble de naissance d’Albert Cohen, qui se dresse en hauteur, au fond d’une cour où la nature a repris ses droits. Le bâtiment n’a plus que ses quatre murs extérieurs, en très mauvais état mais il se dresse toujours vers le ciel, entouré de maisons qui abritent des familles et d’un petit jardin, où poussent des roses et un figuier. Le brouhaha de la ville semble loin, seuls les oiseaux viennent troubler le silence. On se souvient alors de ces romaniotes**, des juifs ni sépharades, ni ashkénazes, des juifs grecs, installés depuis plus de 2 000 ans autour de la Méditerranée, jusqu’en mer Noire ; la langue, les rites liturgiques les distinguent de leurs frères. Albert Cohen (1895 - 1981) est issu par son père de cette communauté et a passé ses cinq premières années là, à jouer dans cette cour où nous restons plantés. Corfou a été le théâtre de pogroms dès 1891 et la famille Cohen émigre à Marseille en 1900. Ce lieu respire aujourd’hui le souvenir, le calme, presque une certaine douceur. Une plaque commémorative est apposée sur la maison natale de l’écrivain, la placette porte son nom, cet hommage posthume passe un baume sur de terribles événements (87% des juifs grecs ne reviendront pas des camps).

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En quittant cet enclave riche en émotions, nous tomberons sur la synagogue, que le gardien nous ouvrira, tout sourire de nous voir sortir de ce pan d’histoire. Nous avons beau lui expliquer que nous ne sommes pas juifs et que sans doute, il est déplacé de déambuler dans un lieu consacré, il n’en démord pas et nous offre l’hospitalité. C’est sans doute la seule et unique fois de ma vie que j’arpenterais en totale liberté les allées d’une synagogue en activité et que l’on me laissera me pencher sur des « objets de culte » dont j’ignore tout, dans un élan sincère de partage et de fraternité.

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Nous n’avons pas pu remercier le barbier, qui avait dans l’intervalle fermé sa boutique, pour ce moment suspendu. C’est désormais chose faite.

 

* Déjà-vu à Venise, of course…

**ce mot viendrait de « Romaioi », qui signifiait « romain », ancien nom des Grecs byzantins.

In the provinces close to Constantinople, where the Greek language predominated over the Latin of Old Rome, the idea of Roman citizenship and identity appealed to a broad segment of the population. Greek speaking citizens were proud to be Romans: in Latin, "Romani," or, in Greek, "Romaioi." The word "Romaioi" became descriptive of the Greek speaking population of the Empire. The old ethnic name applied to Greeks, "Hellene", fell into disuse.

http://www.romanity.org/htm/fox.01.en.what_if_anything_is_a_byzantine.01.htm

19 mai 2014

Corfou (Kerkyra), la trop domptée des Ioniennes - Introduction

Cela devait bien arriver un jour ou l’autre, une première déconvenue, un léger désenchantement, un petit dépit, un rendez-vous manqué, un tête-à-tête ajourné, bref, une non-rencontre avec une île grecque. Si, c’est possible. Et avec une Ionienne, en plus, ce qui nous a bigrement tourneboulés, ma moitié vouant un culte incommensurable à Céphalonie, ma pomme contemplant Ithaque avec les yeux d’Ulysse. 

Corfou pâtit lourdement des symptômes déjà observés en Crête, le bétonnage, le tourisme bas de gamme, le non-respect de l’environnement, le laisser-aller ; elle donne la sensation d’une île sur son déclin, qui ne peut plus entretenir son rang et qui mise désormais sur le vol incessant des charters venus d’Allemagne, d’Angleterre et de Russie pour survivre : hôtels low cost déjà défraîchis, villages de vacances sinistres, infrastructures vilaines, plages jonchées de détritus, nombre d’endroits transpirent la fin de règne. On enrage d’autant plus que la côte Nord recèle quelques sites de toute beauté, qui auraient dû être laissés à l’état sauvage et non transformés en protectorats de buveurs de bière. 

Autre source de déception pour une île qui a vu défiler nombre d’occupants (Rome, Byzance, Venise, Maison d’Anjou-Sicile, Venise à nouveau, les Français, les Britanniques…), l’absence quasi-totale (à l’exception de Corfou ville, j’y reviendrai longuement dans d’autres posts) de vestiges, de sites archéologiques, de monastères, de chapelles, de fresques, de tout ce qui donne à une île sa tonalité particulière. On cherche fébrilement un village typé, singulier (après Tinos et Chios, la barre est très haute, mais tout de même…), on veut respirer une atmosphère originale, unique, distincte des autres îles et … ça ne vient pas, l’insatisfaction s’installe. 

Alors, faut-il bouder Corfou ? Eh bien non, malgré toutes ces réserves, l’île nécessite une visite pour son « chef-lieu », sa « capitale », Corfou-ville étant pour moi un joyau incomparable. Nous sommes tombés sous le charme immédiat de sa saveur italienne, de ses couleurs, de son dédale de ruelles, de sa richesse culturelle, de sa gastronomie. On flâne des heures entières, le nez en l’air pour capter les détails d’une architecture superbe, où chaque « prédateur » a laissé sa marque. Alors que nous devions loger au Nord, après les deux premiers jours passés à l’arpenter en tous sens, nous y sommes revenus à fond de train, tant elle a su nous ravir par sa simplicité, son naturel, sa sincérité.  

Je crois qu’il s’agit, en quinze ans de Grèce, du premier voyage qui ne se déroule pas du tout comme nous l’avions prévu. En neuf jours nous avons fait et défait quatorze fois nos sacs et mangé du kilomètre : pas de vrais coups de cœur, d’innombrables atermoiements sur nos lieux de chute, une météo capricieuse, comme si l’île devenait un brin revêche, voire hostile. Nous avons alors écourté notre séjour et rappliqué plus tôt que prévu à Athènes, sous un franc soleil qui nous a redonné la pêche et le sourire. 

Quand ça ne veut pas, c’est que cela ne devait pas… on aura plus de chance en septembre, du moins je l’espère !

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4 juillet 2012

Ithaque - en passant par Anogi (Ανωγή)

Après le goulet d’étrangement qui ceinture l’île comme un corset bien sanglé, deux routes permettent de relier Stavros selon votre humeur du jour. Soit vous restez au niveau de la mer, Céphalonie bien visible à main gauche, sur une corniche qui sinue parmi une dense végétation verte et touffue, soit, vous prenez de la hauteur en partant à droite, en suivant une saillie de la roche qui vous monte sur les flancs du mont Neritos, culminant à 806 m. Cette route est bien plus attachante, même si elle vire souvent sec. Domaine des quadrupèdes à poils, plus ou moins longs, et à laine, il est recommandé de ne pas dépasser le 30 à l’heure, pour éviter de freiner comme un sauvage devant des biquettes qui traversent nonchalamment devant votre pare-chocs. Elles sont chez elles et leur regards hautains, voire dédaigneux vous le font vite sentir. Le paysage s’assèche, les oliviers et les pistachiers se raréfient, on circule dans une quasi garrigue brossée par les vents, constellée de pierres imposantes qui émergent des broussailles.

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Le premier arrêt, à 600 mètres, sera pour le Monastère de la Panagia ton Katharon, lieu de pèlerinage des habitants de l’île. La vue sur Vathi est époustouflante, mais attention au souffle d’Éole, redoutable, qui vous empoigne sans ménagement. Un moine venu du Mont Athos s’est établi dans le monastère, en grands travaux pour le moment, mais il est toujours possible de visiter l’église, qui protège l’icône sacrée de la Nativité de la Vierge, attribuée à Saint Luc ainsi que l’hôtellerie, qui nous a laissés comme deux ronds de flan. Le long bâtiment blanc, décrépi et vétuste repose en l’état. Les cellules à l’abandon, qui accueillaient les pèlerins, sont encore encombrées de lits et de couvertures, le tout poudré d’un bon centimètre de poussière, de toiles d’araignées épaisses, qui ne datent pas d’hier. On parcourt ce corps de logis dans le silence, le vent sifflant à travers les vitres brisées et les portes disloquées. Ambiance singulière…Mais c’est aussi dans ce Monastère qu’on redoute visiblement de voir s’envoler les cloches…le Moine, qui ne manque visiblement pas d’humour, ouvre t-il la cage à Pâques, au moins ?

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Si vous êtes gourmand des belles découvertes, il faut reprendre la route jusqu’à Anogi, village médiéval tranquille, où les belles maisons de pierre se sont endormies depuis des années. La petite centaine d’habitants, âgés pour la plupart, parlerait encore un dialecte fortement influencé par la présence dans l’île des Italiens ; le campanile vénitien se dresse d’ailleurs à côté de l’église de la Dormition de la Vierge, bâtie au XIIème siècle. Et si vous arrivez à une heure orthodoxe, allez chercher la clef au café d’à coté : boom, vous allez en prendre plein les yeux. Au XVIIème siècle, tous les murs furent recouverts de fresques byzantines, par un artiste de l’école de Vraggiana Agrafa, qui perpétuait alors cette tradition. Restaurées après le tremblement de terre de 1953, les peintures murales alignent La Vierge et les Martyrs, les Saints et les Anges, Sainte Hélène et Constantin, dans une débauche de couleurs. On s’agite d’un bout à l’autre de l’église, on tourne, on s’approche, on veut tout voir, on s’émerveille et on s’y attarde sans voir le temps courir.

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Ce qui est étonnant, c’est qu’Anogi est davantage réputé pour ses énormes rochers qui se dressent autour du village, dans un sol désolé et stérile, certains dotés même d’un petit nom, - Psilolithari, Irakles – que pour son église. Ce n’est pas la première fois que nous soupçonnerons les Ithaquiens, un peu taquins, de se faire discrets sur les trésors cachés de leur île, et qu’il faudra quelquefois mouiller le tee-shirt pour tomber nez à nez avec des splendeurs. Un post suivant le confirmera.

 

2 juillet 2012

Ithaque - les trois villages du Nord

Village le plus important de la partie Nord de l’île, Stavros n’a rien d’original ou d’attractif et pourtant, on s’y sent très bien ; église solide, grande place centrale ou trône un arbre centenaire - lieu de rassemblement des habitants dans la fraîcheur du soir -, buste d’Ulysse, musée archéologique, point de vue sur la baie de Poli, rien de frelaté. Un des rares endroits où la présence du roi d’Ithaque aurait laissé deux empreintes, un fragment en terre cuite d’un masque portant l’inscription « Vœu à Ulysse » datant de 300 av et la colline de Pilikata, conforme à la description d’Homère et sur laquelle le palais aurait pu se dresser.

Comme une benête que je suis, j’ai suivi moutonesquement les commentaires des guides et sites internet pour le choix de notre point de chute. Tous décrivent Kioni comme le plus beau village de l’île, classé et protégé, blotti au fond d’une baie croquignolette : et de vanter ses trois moulins à l’entrée du port, ses maisons traditionnelles, son site séduisant et gracieux. Même le Routard enfile les lieux communs, dévotement. Alors, tout cela est vrai… et ennuyeux au possible. Il est extrêmement compliqué de mettre des mots sur une impression, surtout quand on ne peut l’illustrer par des exemples concrets et vérifiables : or, Kioni, c’est très pittoresque, mais ça sent le factice, le ripolinage trop coquet, le trafiqué pour plaire aux touristes et la magie n’opère pas (en tout cas pour nous). Le village qui dégringole au-dessus du port pourrait se situer dans n’importe quelle anse de la Méditerranée : c’est un peu comme si les spécificités grecques avaient été gommées au profit d’une standardisation touristique, d’une neutralité pratique, faussement idyllique, sans aspérités (mais cela semble ravir les Anglais qui y accostent vers 18h00 leurs voiliers de location). As far as we are concerned,  c’est bien fâcheux.

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Si vraiment vous voulez séjourner ici, je ne peux honnêtement que vous recommander notre lieu de villégiature, Likoudis Villa, qui propose des studios avec de grandes terrasses privatives, piscine d’eau de mer, pierres du pays, poutres apparentes, fresques sur les murs… c’est limite « too much », tant ça se veut folklorique. Mais impossible d’y trouver quoi que ce soit à redire, on sent que l’adorable propriétaire (Pénélope…si si !) s’est mise en quatre pour que ses visiteurs soient rassasiés.

Si Kioni nous a laissée sur notre faim, Frikes a su combler notre appétit de simplicité plus modeste. Imaginez un port minuscule, collé au bas de deux falaises qui contrarieraient les velléités de toute nouvelle construction, où rien n’a changé depuis un demi-siècle (à l’exception gourmande et sucrée d’un fringuant Δωδώνη). Les ruines des belles demeures écorchées durant les tremblements de terre de 1953 sont toujours là, pas question de faire table rase pour construire un hôtel, les villageois vivent avec le souvenir de la colère de Poséidon sous leurs yeux.

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Je crois que je pourrais y passer des heures à ne rien faire, humant le temps qui passe, suivant la course du soleil, la journée rythmée par la vie calme des quarante habitants. Le matin, les pêcheurs aux visages bien burinés remaillent leurs filets après avoir frappé les poulpes sur le quai, les mamies papotent, leur balai à la main, les hommes repeignent de vieilles barques, les chats cavalent, les voiliers prennent la mer. Le soir, les papis refont le monde en prenant le frais, les enfants jouent pendant que les femmes bavardent, savourant leur Frappé, les voiliers sont de retour. Ce Katapola* en miniature agit comme un analgésique, un baume réconfortant, une dimension parallèle où l’on flotte, béat, dans un continuel bien-être, un sourire permanent aux lèvres.

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* l’un des deux ports d’Amorgos, le plus attachant des deux

 

28 juin 2012

Ithaque, l’unique (prologue)

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« Garde toujours Ithaque présente à ton esprit.

Y parvenir est ta destination finale.

Mais ne te hâte surtout pas dans ton voyage.

Mieux vaut le prolonger pendant des années ;

et n’aborder dans l’île que dans ta vieillesse,

riche de ce que tu auras gagné en chemin,

sans attendre d’Ithaque aucun autre bienfait.

 

Ithaque t’a offert ce beau voyage.

Sans elle, tu n’aurais pas pris la route.

Elle n’a rien de plus à t’apporter. »

 

Κωνσταντίνος Καβάφης          

Extrait Ιθάκη, 1911

 

Pour nombre de voyageurs, l’évocation de cette toute petite île ionienne, séparée de Céphalonie de quelques brasses, fait naître des images épiques, des envies d’errance, des aventures fabuleuses, des héros nobles et intrépides, une épopée légendaire. On aborde Ithaque lesté du mythe, en retenant son souffle, avec un mélange de respect et d’exaltation. La traversée entre Sami et le modeste port de Pisaetos ne prend que 20 minutes, bien courtes pour changer d’époque et d’ambiance. Ithaque, c’est une rencontre forte, une tombée en amour, aussi brutale et définitive qu’a été pour moi la plus belle des Cyclades, Amorgos (d’ailleurs, les deux îles, bien qu’ancrées dans des archipels contrastés, ont bien des points communs).

Les querelles d’archéologues, les empoignades des exégètes homériques, les chicanes entre habitants des ioniennes, les fouilles sans résultat ou si peu, entretiennent le flou sur le lieu exact de l’île d’Ulysse. Chacun se forge sa mythologie selon sa lecture de l’Odyssée. En ce qui me concerne, que ce tout premier routard ait construit son palais ici ou là-bas m’indiffère. Les quelques lieux qui corroboreraient la présence du vagabond de la Méditerranée sur Ithaque, sont bien chiches et déprimeraient par leur discrétion n’importe quel prof de grec. Quelques pièces de monnaie, une unique pierre gravée portent son nom, un lieu désigné en haut d’une colline cerclée de murailles de pierre, habitée des Mycéniens aux Romains, aurait été l’emplacement de choix pour la demeure d’un roi. Mais rien de probant.

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Ithaque, c’est avant tout une terre, deux émeraudes posées sur un saphir, reliées par un isthme de quelques mètres, un havre épargné du développement touristique (pas de plages de sable, quelques criques de galets et de cailloux, les plus belles accessibles uniquement par bateau... que tout l'Olympe en soit remercié !), cinq villages au Nord, une route qui fait le tour de l’île, un chef-lieu au Sud, des monastères, des fresques byzantines, pas de constructions anarchiques, des falaises abruptes (le paradis des chèvres), des zones boisées et de douces collines où le travail de dame Nature reste intact. Je ne sais pas à quoi ressemblait la Grèce il y a 50 ans mais nul doute qu’Ithaque offre encore une sincérité incontestable. Les habitants n’ont pas vendu leur âme au tourisme de masse, à l’argent facile, à une croissance artificielle qui n’entretient que les faux semblants. Les villages restent isolés et silencieux (bémol pour Kioni, j’y reviendrai), les hôtels et les restaurants ne poussent pas comme des mauvaises herbes, l’homme reste discret et humble face à son environnement. Et les quelques touristes qui posent leurs sandales à Ithaque, comme les voileux qui viennent mettre leurs bateaux sous la protection des baies bien abritées, respectent ce caractère unique de l’île.

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Ithaque, c’est un rythme particulier, une atmosphère sereine et paisible, une lenteur communicative, une mise entre parenthèse, une rêverie en solitaire tout éveillé dans un calme permanent, un écrin sauvage, peint de vert et de bleu.

 

22 juin 2012

Délaissez Skala pour Old Skala

Les guides touristiques balisent couramment pour nous les curiosités des pays que nous découvrons, mais il arrive parfois qu’un hasard espiègle enraye l’emploi du temps prévu et nous envoie sur d’autres chemins, bien plus émouvants.

Á la pointe Sud-Est de Céphalonie, on trouve un village anglais*, Skala, station balnéaire sans charme, bâtie récemment dans une totale cacophonie (et son expansion continue de plus belle), un chaos de constructions bétonnées plus hideuses les unes que les autres. Les tour-opérateurs d’outre-Manche y cantonnent leurs ressortissants, qui y rôtissent leur blanche carnation en vase clos. Si vous entendiez parler grec à Skala, ce serait de l’ordre du prodige. Cette édification à marche forcée est d’autant plus dommageable que la plage qu’elle borde est magnifique. Seules, une imposante villa romaine du IVème et ses mosaïques, sont une raison de s’y arrêter.

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Nous préférons poser nos serviettes un peu plus loin sur la petite plage de sable de Kaminia, à Ratazakli, lieu de ponte des tortues de mer. Des jeunes d’une association écologique passent d’ailleurs vers 18h pour ramasser les déchets « oubliés » par les gorets et qui risqueraient de polluer le site.

En rentrant un soir vers Poros, nous avons souhaité essayer un autre chemin, à l’intérieur des terres. On va dire que ma lecture de la carte un peu personnelle et mon sens inné de la désorientation nous ont menés … à Old Skala, ancien village construit sur les hauteurs, totalement ravagé par les tremblements de terre de 1953. Il en reste encore aujourd’hui des ruines, de vieux murs de pierre écroulés, des vestiges poignants, un petit cimetière où certains rescapés d’hier ont choisi de revenir pour l’éternité. Il n’y a en fait plus grand-chose à découvrir sur ce champ du souvenir, la nature reprenant peu à peu ses droits. Mais ce retour en arrière, cette promenade silencieuse sur les traces des premiers habitants de Skala, est comme un modeste hommage que l’on adresse à ceux qui ont tout perdu le 12 août 1953** et que l'on vient saluer, avec amitiés.

 

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* encore que…. Albion n’est pas fils de Poséidon pour rien…

** vous pouvez trouver à Skala une petite monographie de Jean Baker « Memories of the Earthquakes of 1953 », très bien faite et riches de photos d’époque.

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8 juillet 2011

Milos, île des contrastes

Au sud des douces et sereines Serifos et Sifnos, s’étale une grande île volcanique, en forme de fer à cheval, vive, colorée et… moderne. Rien à voir avec ses consœurs, on change de monde et d’époque. Si Santorin dégage une forte présence géologique, elle est avant tout cycladique (architecture, atmosphère), ce qui n’est pas le cas de Milos. La richesse actuelle de Milos vient de ses mines, d’extractions dantesques, dans la partie Est : des complexes industriels massacrent l’île, la creusent à ciel ouvert sur des centaines de mètres, pour donner un ensemble de cratères béants d’où sans relâche, sont prélevés perlite, bentonite, kaolin, souffre, baryte, gypse. Le va et vient des gigantesques trucks flambant neufs monopolise les routes et vous ne ferez alors pas le fier à bord de votre petite Fiat Punto. Nous sommes tombés sur cet enfer de bruit, de poussière, de machines absolument par hasard. Evidemment une facette de l’île peu décrite sur les dépliants touristiques…

 

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Mais la générosité de ses sols a aussi façonné Milos et l’a dotée de falaises, de côtes insolites et saisissantes, de rochers aux formes très inhabituelles et aux couleurs tranchées. Il est conseillé d’effectuer le tour de l’île par bateau pour admirer ses curiosités : immenses falaises d'orgues basaltiques, écueils de pierres déchiquetées, blocs vertigineux où on peut lire l’histoire géologique de l’île en suivant les strates colorées, petites criques camouflées sous les escarpements, cette balade est vraiment un enchantement.

Milos est aussi reconnu pour ses petits ports atypiques très colorés (Klima, Mandrakia ou Firopotamos), des anciens garages à bateaux, construits au raz de l’eau, creusés dans la roche, devenus des habitations, à un ou deux étages.

 

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Passage obligé sur le site de Sarakiniko, le plus visité de l’île : cette petite partie de la côte est formée de rochers blancs, tout nus, lisses et arrondis, comme charnus, bulbeux, sans aucune forme de végétation. Le vent y souffle souvent en rafale et la mer perd sa douceur égéenne pour des bonnes vagues dignes de l’Atlantique.

 

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Ses plages entourées de formations rocheuses rouges, ocres ou vertes, portent évidemment l’empreinte de cette vie volcanique et on est parfois surpris de découvrir des remontées d’eau chaude, des émanations de gaz ou des senteurs de souffre. Paliochori est un cours de géologie à elle toute seule.

Milos offre aussi de bonnes tables avec une mention spéciale à « Erghina », village de Tripiti, cuisine vraiment typique de l’île avec des plats jamais vus ailleurs. Pour moi une des meilleures tables de toutes les cyclades.

Cette île possède de très beaux atouts pour séduire le visiteur. Néanmoins, il lui manque pour moi une unité, une bienveillance et une rondeur. C’est bien la première fois que la « capitale » d’une Cyclade (le plaka, ou le chora) ne me séduit pas. Le port d’arrivée est déjà une petite ville contemporaine, pas un assemblage de cubes croulants sous les bougainvilliers. C’est une île moderne, offrant tout le confort possible mais manquant d’élégance et d’enchantement, à mon goût. Je traîne peut être aussi une image un peu désuète d’une certaine Grèce figée dans un autre temps (merci Lacarrière), agricole, humaine et préservée.

15 juillet 2011

Céphalonie, la douce

Grande sœur de Leucade, située plus au Nord, Céphalonie/Kefalonia est la plus grande et la plus montagneuse des Ioniennes. On la connaît pour une espèce particulière de pins qui ne pousse qu’ici, pour son mont Aïnos qui culmine à plus de 1600 mètres, pour son parc national où vivent en liberté des chevaux sauvages, ses côtes où viennent se reproduire tortues de mer et phoques moines. On y ajoute un vin local très reconnu (le Robola), des grottes et des lacs souterrains, la plage de Myrtos la plus photographiée de Grèce, des villages de pêcheurs de carte postale… une île donc qui mérite le détour.

 

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Tout ceci est bien réel mais reste digne du dépliant touristique. Il se dégage de cette île un sentiment d’apaisement, de respiration profonde et facile en même temps, grâce à ses grands espaces ouverts : les hautes collines n’étouffent pas, les vallées s’épanouissent  sans asphyxier, les routes de montagnes dégagent à chaque large lacet des rivages amples et généreux. On y enverrait bien quelques phtisiques s’y refaire les poumons. Ces 1 000m² permettent aussi à chacun d’y trouver le point de chute qui convient le mieux, selon ses attentes et son niveau de misanthropie : du chef lieu très touristique, vivant et animé (Argostoli), aux stations balnéaires pensées pour les touristes qui pratiquent la bronzette à outrance (Skala, Lassi), en passant par les villages de montagne intérieurs, calmes et silencieux et les petits ports dissimulés aux trop pressés, il serait étonnant de ne pas dénicher son havre de paix. Cette mosaïque permet au voyageur de ne jamais s’ennuyer à Céphalonie.

 

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Si cette île n’a rien de mémorable, de remarquable (Oui, je sais, Assos, Fiskardos...mais très touristiques tout de même), elle est paradoxalement celle d’où on a le plus de mal à s’extirper. Elle accueille, elle reçoit, elle propose et on s’y fond paisiblement, comme si notre empreinte nous y attendait déjà. Ardu ensuite de détacher la patelle de son rocher.

Je soulignerai pour finir l’extrême gentillesse des habitants de l’île qui vous adoptent très rapidement (je parle hors saison…), heureux de vous voir ressentir leur île avec autant de délice et de béatitude.

 

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